Atlantico : Les apparitions de requins dans des eaux dans lesquelles on ne les connaissait peu ou pas sont de plus en plus fréquentes. Est-ce que cette présence de grands prédateurs près de nos côtes ne s’explique-t-elle pas par le réchauffement climatique ?

Pierre Mollo : L’apparition d’espèces nouvelles comme les requins qui se rapprochent de nos côtes n’a rien d’un phénomène nouveau. Si les requins viennent, c’est qu’il y a à manger. Il faut bien connaître la chaîne alimentaire des requins pour voir que l’on remonte vite jusqu’au plancton. A chaque fois que le plancton végétal « monte », d’ailleurs « plancton » vient du grec ancien « plagktós » qui veut dire « errer », tout l’écosystème qui est au-dessus de lui l’accompagne. Au fur et à mesure que les températures montent on remarque cette migration du plancton et donc la migration de toute la chaîne alimentaire va suivre.

Ce qu’on observe donc aujourd’hui, c’est-à-dire l’apparition de requins proche de nos côtes qui est donc directement liée au réchauffement climatique. Mais encore une fois ce phénomène n’a rien de nouveau, le réchauffement climatique et ses conséquences s’observe déjà depuis plus de 20 ans dans les océans.

Si les requins évoluent de plus en plus près de nos côtes quelles conséquences cela pourrait avoir sur les activités humaines ?

D’abord il ne faut pas avoir peur des requins et faire la différence entre ceux dangereux pour l’Homme et les autres. Par exemple, il y a toujours eu des requins pèlerins près de nos côtes et ils sont inoffensifs pour l’Homme. Bien sûr que l’on doit faire attention mais on est encore loin d’avoir des chasses aux requins près de chez nous en métropole. Ce qu’il faut faire, c’est surtout tout faire pour freiner le réchauffement climatique. On ne pourra rien faire si l’on n’intervient pas en amont. Les premières victimes de ces requins ne seront pas les baigneurs mais tous ceux qui dépendent d’une activité liée à la pêche. Les requins chassent, ils chassent énormément et mangent les proies des pêcheurs. Toujours lié à la pêche les requins endommageront les filets et je vous laisse imaginer les passes d’arme entre les ONG qui protègent les requins d’un côté et les pêcheurs de l’autre qui considèrent les requins comme une menace à leur activité.

Pour protéger les baigneurs, outre les mesures de précaution élémentaires, il y a des expériences d’envoi d’ultrasons pour éloigner les grands prédateurs qui s’aventureraient trop près des côtes.  Toutefois si c’est mauvais pour les requins cela doit être mauvais pour d’autres espèces.

Est-ce que cette situation est pour autant définitive ?

On peut freiner ce phénomène qui est engagé depuis des dizaines d’années. Le réchauffement climatique ne date pas d’hier. Si l’on ne change pas nos comportements de tous les jours on va vers des catastrophes. Je ne parle pas que des industriels, il faut une vraie prise de conscience collective sur ces sujets. Ici ou là on voit des initiatives d’associations qui font un travail extraordinaire, malheureusement elles ne sont pas écoutées ni aidées financièrement.

 

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July 15, 2017 at 11:50AM

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