Le nouveau Ministre de l’Economie, sans doute éloigné un temps des dossiers industriels, s’indigne sur le dossier Areva de la « gestion indigente des deniers publics. » On ne peut que lui donner raison quand il compare l’impasse budgétaire actuelle avec les apports à réaliser …sans espoirs démesurés d’efficacité ! Mais il n’est pas si facile d’analyser les causes du mal et surtout d’y porter remède sauf à élargir le champ de réflexions en prenant de la hauteur par rapport à la simple gestion en parlant à la fois mauvaises habitudes et stratégie.

 

Pourquoi en sommes-nous venus à cette catastrophe technique, industrielle et financière ? En grande partie à cause de l’incompétence de l’Etat, incapable de prendre depuis vingt ans des décisions conséquentes et de choisir des dirigeants performants ! Manque de vision, manque de stratégie, erreurs de castings, abus de postures et de communications trompeuses, tout a conduit, et encore récemment à cette mauvaise utilisation de l’argent public. S’étant appuyé pendant l’après-guerre sur des Grands Corps de l’Etat, ingénieurs des Mines et Inspecteurs des Finances, et avec succès en ce qui concerne l’énergie, la collectivité nationale a cru pouvoir poursuivre avec le même type d’hommes, mais les temps avaient changé et il fallait des profils plus pointus,  moins conformistes, plus portés sur le risque, plus « techniques » , alors que ceux qui arrivaient se faisaient généralistes, arrogants et « communicants ». Ils, ou elles, se considéraient comme « sachant » et ils n’avaient plus l’aptitude de leurs anciens d’écouter tous les corps de métiers qui concouraient à bâtir l’édifice d’ensemble.Notre échec collectif est donc d’abord celui d’une caste, et c’est ce que j’appelle des « mauvaises habitudes ».

 

Plutôt que d’exiger une stratégie long terme avec des constructions de réacteurs échelonnées et donc un appareil industriel en fonctionnement régulier, les responsables de la filière nucléaire ont accepté un sommeil long, une veille inactive et douloureuse qui a conduit à l’extinction de certaines compétences et à la disparition de la motivation. Le virage du numérique, pris chez nos concurrents, en particulier russes, a été non seulement raté chez nous, mais ignoré ! Ce n’est pas la seule cause de nos échecs, mais c’est la principale et elle  exige de nous une transformation profonde de l’intégralité de notre potentiel industriel et de nos organisations. L’argent demandé pour combler les trous n’intègre pas encore cette dimension fondamentale qui conduit non à des sous-traitances après appels d’offres dispendieux en argent et en temps  mais à des partenariats choisis et désirés . Dans le monde de l’énergie, aussi, on est en train de changer de monde.

 

 

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July 15, 2017 at 12:26PM