» title= »Crise migratoire : 250 000 clandestins demain chez nous | Valeurs actuelles »>

C’est le pire cauchemar des autorités françaises : 250 000 migrants supplémentaires chez nous. C’est aussi la prévision la plus crédible du nombre de clandestins qui peuvent arriver en France dans les mois qui viennent. À partir du 12 novembre. Efficaces, les dispositions de l’état d’urgence décrété il y a deux ans permettaient jusqu’à présent aux préfets des départements frontaliers de rétablir les contrôles systématiques aux frontières. Concrètement, tous les véhicules traversant la frontière pouvaient être contrôlés sans discontinuité, à Vintimille ou à Modane. Autre disposition : les migrants interpellés aux points de passage autorisés, quel que soit leur âge, étaient refoulés et reconduits immédiatement dans le pays d’où ils venaient. C’est ce qu’on appelle la “non-admission”.

Avec l’expiration, le 12 novembre, de l’état d’urgence et du contrôle aux frontières, tout change. Les policiers ou douaniers n’auront plus la possibilité de mettre en place un système de contrôle que pendant six heures d’affilée… maximum. Ils pratiqueront aussi la “réadmission” telle qu’elle est prévue dans l’accord de Chambéry, c’est-à-dire qu’ils devront fournir des indices de passage dans un pays pour renvoyer un migrant dans ce pays. Faute de quoi, à la frontière franco-italienne, par exemple, la police de Vintimille peut refuser d’accueillir un migrant interpellé par les Français.

La différence se sentira à Calais ou à Paris

Pour illustrer le fossé qui sépare le droit commun de l’état d’urgence, un ponte de la police explique : « [Avant les attentats, les Italiens récupéraient] 60 % des migrants que nous interpellions, contre près de 100 % aujourd’hui grâce à la non-admission ! » Un officier de la police aux frontières (PAF) s’alarme : « Comme la vague ne va pas s’arrêter, la différence se sentira à Calais ou à Paris. »

Contrairement à ce qui est dit, ce n’est pas le gouvernement actuel qui souhaite la sortie de l’état d’urgence. En effet, les accords de Schengen ne permettent pas de prolonger le dispositif au-delà de deux ans. L’échéance arrive donc en novembre prochain. Conséquence : le gouvernement n’a d’autre choix que de chercher une solution. C’est pour cette raison que le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, travaille sur un projet de loi afin d’inscrire dans le droit commun un certain nombre de dispositions de l’état d’urgence, comme la possibilité de rétablir les contrôles pendant douze heures au lieu de six. C’est un progrès. En revanche, on s’interroge sur la manière de pouvoir faire échec aussi efficacement contre les tentatives de contournement du droit parfois utilisées par les migrants. Et là, la réflexion n’est pas encore aboutie.

Macron parle de devoir

À chaque fois, le discours droit-de-l’hommiste, loin des réalités, est le même. Voici ce que déclarait Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle : « Le devoir de l’Europe est d’offrir l’asile à ceux qui sont persécutés et demandent sa protection. […] Dans ce contexte, la France doit prendre sa juste part dans l’accueil des réfugiés. Elle doit délivrer des titres à tous ceux dont elle juge qu’ils ont droit à l’asile sur son territoire. » Le même expliquait par ailleurs que « la France ne peut pas accueillir tout le monde », qu’il agira « avec la plus grande fermeté contre les réseaux de passeurs ». Le discours passe auprès des médias et des associations. Il est pourtant inefficace. Pourquoi ? « Seules les mesures extrêmement fermes de quotas, de refoulements et d’expulsions systématiques [sont] efficaces en matière d’immigration », explique un préfet qui s’inquiète d’une telle naïveté : « On fait face à plusieurs centaines de milliers de personnes qui arrivent chez nous, pas une cinquantaine ! »

Conséquence immédiate de cette politique : plutôt que de renvoyer dans leur pays d’origine les migrants qui n’ont pas déposé de demande d’asile, ils sont “répartis” sur le territoire, comme ce fut le cas le 7 juillet, porte de la Chapelle, lors de la… 34e évacuation d’un camp de migrants à Paris.

250 000 nouveaux migrants pour 2017 !

Et pourtant, tous les voyants sont au rouge. Depuis le mois de janvier 2017, ce sont plus de 100 000 migrants qui ont franchi les portes de l’Europe en traversant la Méditerranée via les côtes italiennes, d’après l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le ministère italien de l’Intérieur. Le mouvement est tel que les services de police italiens prévoient, d’après nos sources, l’arrivée de plus de 250 000 migrants pour la seule année 2017. La mise à disposition d’une réserve de 1 500 personnes supplémentaires, dont 170 Français, pour renforcer la nouvelle Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes n’aura — sans surprise — pas permis d’endiguer le flux. Les autorités italiennes le reconnaissent elles-mêmes : « 250 000 migrants est le seuil. Après on ne sait plus gérer », indique, désabusé, un préfet italien.

Car il n’est effectivement aujourd’hui plus question d’une vague de migrants qui fuient la guerre, cherchent l’asile politique ou encore un travail. Comme le décrit une source diplomatique : « On fait face à l’un des plus grands déplacements de population de l’histoire. » Les guerres, l’explosion de la natalité en Afrique, l’absence d’espérance économique, le rêve de la vie occidentalisée et… le sens de l’histoire. Déjà, au Forum de Dakar en décembre 2016, où se sont réunies les élites françaises et africaines préoccupées par la paix et la sécurité en Afrique, des spécialistes de l’Onu ont alerté : « Quand il n’y a pas d’emploi en Afrique, il n’y a que deux solutions : la migration ou la radicalisation. » Le président sénégalais, Macky Sall, rappelait à cette occasion : la population africaine représentera en 2050 25 % de la population totale de la planète. Un ministre malien avançait de son côté qu’en l’espace de cinq ans le nombre d’enfants par femme est passé de 5 à 7. Que la natalité est si peu maîtrisée que le recensement de la population est désormais devenu impossible. Que l’alphabétisation est dans certaines régions en net recul depuis la décolonisation. Loin des polémiques partisanes, les élites africaines mettaient en garde le vieux continent : le risque de submersion approche à grande vitesse. Personne ne réagit.

Désormais le flux continu est donc double : les vagues de migrations déclenchées tout d’abord par les réfugiés irakiens et syriens pour fuir la guerre ont été suivies par les migrants venant de la Corne de l’Afrique, pour trouver du travail.

De nombreux enjeux périphériques à cette crise

À la manoeuvre derrière cette situation : principalement l’État islamique, qui, bien que défait à Mossoul, continue de faire en sorte que les migrants partent de la Libye (voir carte page 32), divisée entre les partisans de Fayez al-Sarraj et ceux du général Haftar. D’après nos sources dans les services de renseignements, 96 % des migrants qui quittent le sud de la Méditerranée viennent de Libye. En échange d’une place sur un bateau de fortune, des sommes d’argent importantes : entre 2 500 et 15 000 euros. Des revenus qui sont immédiatement injectés dans l’achat d’armes pour l’État islamique.

On retrouve aussi les ONG et les associations d’extrême gauche, comme celle du passeur de migrants de la vallée de la Roya, Cédric Herrou, qui sert avant tout un projet politique : celui de la disparition des frontières et de l’affaissement de l’autorité de l’État, considéré comme violent et illégitime. Pour servir ce projet réfléchi, ils s’emploient avec talent depuis plus d’un an à tenter de saisir les angles morts et les failles de l’état d’urgence.

Un flux migratoire mis au service de causes diverses…

L’information fait froid dans le dos : une fois arrivés sur les côtes italiennes, principalement la Sicile, la Calabre, les Pouilles et la Sardaigne, les migrants sont souvent pris en charge par des réseaux de trafic d’esclaves et la Mafia. Estimé à 35 milliards de dollars par an, ce commerce est le troisième secteur le plus lucratif dans le crime organisé, après celui des armes et de la drogue. En Italie, il est estimé à plus de 3 milliards d’euros par an. Une manne considérable pour la Mafia calabraise, la N’dranghetta, responsable de plus de 80 % du trafic de cocaïne au niveau mondial. Celle-ci, qui n’avait pas hésité à investir financièrement dans le camp de Lampedusa, se sert d’ailleurs des routes empruntées par les migrants pour organiser ses trafics de drogue, depuis l’Afrique de l’Ouest, principalement le Niger, le Mali et le Sénégal. Des échanges téléphoniques interceptés entre Mafia, passeurs et ONG intriguent depuis plusieurs mois les autorités italiennes qui remontent difficilement ces filières.

En dépit de ces signaux alarmistes et de la crainte d’une submersion migratoire, à Rome comme à Paris, la coopération transfrontalière est saluée, malgré des « tentatives de déstabilisation venues de l’extrême gauche », avance une source italienne. Alors que l’été est souvent le moment où il y a le plus d’arrivées de migrants, en marge de la réunion, à Rome, le 6 juillet, de ministres des Affaires étrangères européens et de représentants des États africains les plus concernés, l’Italie a annoncé la mise en place d’une white list des ONG dont les financements sont transparents. Et dressé une black list des ONG douteuses… pour lesquelles elle préconise une interdiction d’exercer dans les eaux italiennes et dans les ports. Autre chantier prioritaire : que l’ensemble des pays européens se répartisse les migrants qui continuent d’arriver, toujours plus nombreux. Des solutions qui ressemblent plus à des rustines qu’à des solutions durables et qui illustrent à quel point les dirigeants européens n’ont pas pris la mesure de la menace. De l’autre côté, les réseaux de passeurs et l’État islamique ont bien compris le message et vont « passer la vitesse supérieure pour industrialiser leurs pratiques », comme l’exprime, de manière pressante, une note interne de prévisions de la police aux frontières, adressée la semaine dernière au ministre de l’Intérieur. La balle est désormais dans son camp.

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July 14, 2017 at 04:23PM