Atlantico : Comment jugez-vous les coupes budgétaires dans l’armée vous alors qu’Emmanuel Macron les a qualifié de légitimes et faisables ? Quelles conséquences directes, avez-vous des exemples concrets

Dominique Trinquand : Concrètement il faut rappeler qu’il s’agit du budget en cours, celui de  2017. Le président a annoncé les augmentations de budget de 2018. Les coupes qui sont faites pour 2017 correspondent à la situation particulière dans laquelle le président Macron a trouvé des comptes particulièrement détériorées. Pour respecter les engagements qu’il veut prendre des 3 % de déficit il devait récupérer 4 milliards et demi. Donc il a demandé à tous les ministères de participer dont le ministère de la Défense. Voilà l’explication.

Je rappelle : augmentation du budget à compter de l’année prochaine, diminution cette année mais on parle de 850  millions d’euros alors qu’il y avait eu une rallonge de 620 million d’euros qui avait été donnée. Deuxièmement le budget pour les OPEX était budgétisé à hauteur de 450 millions, il les rallonge à 650 millions. Donc il faut reprendre sa machine à calculer et savoir quelle et la réalité de la baisse qui est demandée pour cette année aux armées et quels en sont les conséquences sur les programmes d’armement et sur l’entrainement des forces. Car c’est simplement ça qui va être touché.

La question va être essentiellement de savoir si les opérations vont être touchées. Je ne le pense pas. Et si les programmes qui ont été lancés cette année vont être repris ou ralentis. C’est ça la question. En revanche il est vrai que les armées sont dans une situation critique, il faut impérativement appuyer sur l’accélérateur et c’est ce que le président prévoit dès l’année prochaine. Nous sommes sur une revue stratégique qui se termine au mois de décembre et qui permet de prendre une loi de programmation dès l’année 2019 et le budget 2018 et d’ores et déjà annoncé. Donc on a quand même une visibilité sur les choses.

Il y a trois type de problèmes immédiats : le problème des équipements à renouveler, la capacité d’entrainement des forces qu’il faut continuer à entrainer à partir en opération et enfin l’infrastructure pour la vie quotidienne des soldats. Car celle-ci n’est pas bonne et le président lui-même le reconnait. Voilà les trois facteurs sur lesquels il faut avancer. Aujourd’hui je compte sur les 1,7 milliards qui ont été ajouté au budget pour l’année prochaine.

Comment réagissez-vous au « recadrage » de Macron qui s’en prend à ceux qui se plaignent des coupes budgétaires

C’est le chef des armées et il dit à son chef d’état-major que ce n’était pas des choses à étaler dans la presse pour faire précisons sur lui. Le général de Villiers est allé face au public, le président a fait de même. Peut-être est-ce la violence des propos qui ont été repris dans la presse qui ont semé la perturbation dans tout ça. Ce qui a en revanche marqué, c’est que nous ne sommes pas habitué, nous militaires, à voir des hommes politiques réagir comme cela. Le président Macron n’est pas vraiment un président comme les autres. Il va falloir s’habituer à un président qui est un président qui commande, qui dirige. C’est un sacré décalage par rapport à notre précédent chef d’état.

 

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July 15, 2017 at 01:01PM