Dans une circulaire du 30 juin 2016, le directeur du Service interacadémique des examens et concours (SIEC) des académies de Créteil, Paris et Versailles constatait la coïncidence entre le premier jour de l’oral de rattrapage du baccalauréat et la fête musulmane de l’Aïd el Fitr qui figure dans le calendrier des fêtes légales arrêté par le ministère de l’Education nationale.

Appliquant la réglementation en vigueur, la circulaire posait que les candidats convoqués le 6 juillet et qui invoqueraient la fête de l’Aïd el Fitr devraient être reconvoqués le lendemain. Les enseignants invoquant la même fête devaient être remplacés.

Cette situation donna naissance à une polémique dans la mesure où certains interprétèrent le texte comme une atteinte au principe de laïcité en ce qu’il invitait l’administration à interroger les élèves sur leur pratique religieuse. Les principaux syndicats de chefs d’établissement firent savoir qu’ils n’appliqueraient pas la circulaire controversée.
L’arbre de l’indignation, feinte ou réelle, cachait mal cependant la forêt de difficultés auxquelles l’école est aujourd’hui confrontée, et qui relèvent de pratiques communautaristes.

La nécessaire adaptation du système éducatif

La IIIe République a posé les principes sur lesquels elle entendait bâtir le système éducatif : Liberté, laïcité, neutralité, gratuité et obligation scolaire. Le principe d’obligation scolaire a été conçu dans le contexte d’une France majoritairement rurale, où le catholicisme restait la principale religion et où la pérennité de la forme républicaine du gouvernement n’était pas acquise. La situation actuelle est fort différente. La France est désormais urbaine et péri-urbaine, le catholicisme a décliné au profit de l’irréligion et les immigrations originaires d’espaces civilisationnels autres qu’européens ont entraîné l’apparition de religions nouvelles. L’islam est la deuxième religion pratiquée en France. Quant à la forme républicaine du gouvernement, nul ne la conteste plus sérieusement en ce début du XXIe siècle.

Les « aménagements » liés à la pratique de religions nouvelles, mais aussi à des revendications parfois très fortes de nature communautaire amènent à s’interroger sur la pertinence des solutions apportées par le droit issu des lois de Jules Ferry. Sachant que le fond du problème reste toujours de nature identique : voulons-nous d’une France multiculturelle et, donc, forcément, communautarisée ? ou préférons-nous que l’identité de la France se manifeste par un fort sentiment de cohésion nationale ?

Les fondements républicains et patriotes de l’école…

Qu’est-ce que l’obligation scolaire ? C’est un principe qui a été imposé par la loi du 28 mars 1882 « sur l’enseignement primaire obligatoire ». L’article 1er de la loi définissait l’enseignement primaire qui comprenait, dans l’ordre : L’instruction morale et civique, la lecture et l’écriture, la langue et la littérature françaises, la géographie, l’histoire, quelques notions usuelles de droit et d’économie politique, les sciences naturelles, physiques et mathématiques, les éléments du dessin, du modelage et de la musique, la gymnastique et, pour les garçons, les exercices militaires. L’esprit national est évident. Il fallait former des Français républicains, et des Français patriotes.

L’article 4 précisait l’étendue de l’obligation scolaire : « L’instruction primaire est obligatoire pour les enfants des deux sexes âgés de six ans révolus à treize ans révolus. » L’obligation fut portée à quatorze ans en 1936, puis à seize ans en 1959. A l’origine, l’obligation scolaire ne concernait que les enfants de nationalité française car « la loi du 28 mars 1882 n’est ni une loi de police, ni une loi de sûreté et, comme elle atteint plus ou moins la puissance paternelle, elle ne saurait être imposée à des étrangers dont nos lois respectent l’état et la capacité ». Toutefois, l’obligation fut étendue en 1936 aux enfants des deux sexes, français et étrangers, sous l’impulsion de Jean Zay.

L’article 2 de la loi réglait la question des convictions religieuses des familles en dégageant une journée par semaine : « Les écoles primaires publiques vaqueront un jour par semaine, en outre du dimanche, afin de permettre aux parents de faire donner, s’ils le désirent, à leurs enfants, l’instruction religieuse, en dehors des édifices scolaires. » Sans distinguer entre les confessions, la loi permettait donc que les enfants reçoivent une instruction religieuse, dans le cadre d’une stricte séparation avec l’école publique.

Le corollaire de l’obligation scolaire était bien évidemment l’assiduité. La loi de 1882 était coercitive. Lorsqu’un élève était absent sans justification admise quatre fois dans le mois, le responsable légal était invité à comparaître dans la salle des actes de la mairie devant la commission municipale scolaire qui lui rappelait le texte de la loi et lui expliquait son devoir. En cas de récidive dans les douze mois, les nom, prénom et qualités de la personne responsable, avec indication des faits relevés contre elle, étaient inscrits pendant une période de quinze jours ou un mois à la porte de la mairie. En cas de nouvelle récidive, la commission ou l’inspecteur primaire devait adresser une plainte au juge de paix qui constatait la contravention et qui pouvait prononcer une peine de police.

La solennité et la sévérité de la loi permirent un fonctionnement convenable du système éducatif aussi longtemps que la société française demeura globalement équitablement répartie sur le territoire national, dominée par la religion catholique et confrontée à une immigration régulière. Mais l’exode rural, l’apparition de nouvelles religions liées à l’immigration et la présence de plus en plus constante d’étrangers en situation irrégulière ont bouleversé la situation. Ainsi, même si la loi Haby a réaffirmé, en 1975, le droit de tout enfant à l’éducation ; même si la loi d’Orientation, en 1989, a confirmé l’obligation d’assiduité ; même si une circulaire du 12 décembre 1989 a précisé les règles de suspension des allocations familiales, il faut bien admettre que les enfants des immigrés clandestins ne satisfont que rarement à l’obligation scolaire, et surtout que la présence à l’école d’importants contingents originaires d’autres espaces civilisationnels, dont les références culturelles, religieuses ou simplement traditionnelles sont différentes de celles qui font l’identité française, doivent amener à s’interroger sur ce que l’on attend du système éducatif dans son ensemble.

…sont confrontés à des contestations communautaristes…

Concernant l’obligation et l’assiduité scolaire, ce sont plus souvent des motifs liés à la pratique d’une confession religieuse qui sont invoqués pour justifier des autorisations d’absence, voire des absences constatées sans demande d’autorisation préalable. Le principe est que les élèves peuvent bénéficier d’autorisations d’absence nécessaire à l’exercice d’un culte reconnu par la République sous réserve que ces absences soient compatibles avec l’accomplissement des tâches inhérentes à leurs études et à l’ordre public dans les établissements d’enseignement. Les pouvoirs publics reconnaissent les fêtes catholiques et protestantes, ainsi que les fêtes orthodoxes, arméniennes, musulmanes, juives et bouddhistes. Le premier problème qui se pose concerne les écoles « ethniques » liées à une politique d’immigration inconséquente qui a abouti à la constitution d’espaces, souvent urbains, de regroupement de populations issues d’une ou plusieurs immigrations. Les enseignants peuvent alors se trouver en « chômage technique » faute d’élèves, tous absents à l’occasion d’une fête religieuse.

Un autre problème se pose lorsqu’une prescription religieuse impose des obligations contraignantes qui s’inscrivent dans la durée. Le ramadan en est un exemple typique, où l’observance du jeûne, parfois draconien sous l’influence des surenchères de diverses organisations religieuses, doit être poursuivie pendant tout un mois lunaire, soit 28 jours. L’institution scolaire est alors confrontée aux récriminations d’élèves qui se plaignent d’une fatigue, réelle ou feinte, pour se soustraire à tout ou partie des tâches inhérentes à leurs études. Les fêtes marquant la fin du carême sont aussi l’objet d’un absentéisme de plus en plus massif de la part des élèves, pouvant pour certains se prolonger plusieurs jours en dehors de toute autorisation. L’absence de prise en compte du ramadan dans le calendrier scolaire est aussi prétexte de la part de certaines organisations à contestation du calendrier ou les fêtes scolaires. La pratique religieuse tend alors à devenir une manifestation identitaire, allant de la scansion sacrée du temps à la remise en cause des programmes scolaires.

Cette remise en cause se manifeste dans pratiquement toutes les disciplines. La plus courante consiste dans le refus de porter les tenues sportives réglementaires, et tout particulièrement de participer à la pratique de la natation. En mathématiques, on a observé le refus d’utiliser tout symbole ou de tracer toute figure ressemblant de près ou de loin à une croix. En français et en philosophie, les œuvres s’inscrivant dans la période des Lumières, et spécialement Voltaire et Rousseau, sont contestées. Mais aussi Molière pour le Tartuffe, Chrétien de Troyes pour la promotion de la religion chrétienne ou encore Flaubert pour Madame Bovary qui promeut la liberté de la femme. L’histoire est également contestée parce qu’elle exprimerait une vision « judéo-chrétienne », mais elle peut aussi l’être lorsqu’elle aborde l’existence de religions préislamiques en Egypte ou l’origine sumérienne de l’écriture. En éducation civique, le principe de laïcité peut être mis en cause parce que cette dernière est considérée comme étant antireligieuse. Les sciences de la vie et de la terre sont, elles aussi, contestées sur le programme d’éducation sexuelle, mais aussi au nom du créationnisme opposé à l’évolutionnisme. Concernant les disciplines artistiques, on note des refus de dessiner un visage, de jouer de la flûte ou de pratiquer le chant choral. Enfin, les sorties scolaires peuvent également faire l’objet de contestation : Sur leur organisation pour ce qui est de la mixité de l’encadrement ou la conformité de la nourriture aux interdits religieux ; sur le fond lorsque le programme comporte la visite et l’étude d’édifices architecturaux du patrimoine tels que les cathédrales, les églises ou les monastères.

…que réfuterait un recours au roman national

Le constat que la France est « plurielle » religieusement et culturellement pose à notre société le défi d’un système éducatif qui peine désormais à remplir la mission que la Nation lui a assignée. La loi sur la refondation de l’école du 8 juillet 2013 a fixé comme mission première à tous les niveaux de scolarité de transmettre les valeurs de la République, de redéfinir les programmes, de développer le numérique éducatif et de reconstruire la formation des enseignants. La lutte contre le décrochage, l’éducation prioritaire, l’amélioration des rythmes scolaires sont aussi des objectifs affirmés au service de la réduction des inégalités. Enfin est soulignée l’importance de rapprocher l’éducation et l’économie pour favoriser l’emploi des jeunes. Ces objectifs ambitieux peuvent-ils être atteints dans le cadre d’une France multiculturelle et communautariste où certaines valeurs de la République, où des pans entiers de la littérature, de l’histoire, de la science, ou le genre de vie même sont contestés ?

L’identité de la France repose sur son patrimoine, son histoire, sa littérature, son folklore, ses traditions ancestrales, son genre de vie et sa cohésion nationale. L’identité de la France plonge ses racines dans le passé et se projette dans l’avenir. Ce qui fait l’identité de la France ne peut pas être contesté.

André Murawski

Texte repris du site Polemia

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July 15, 2017 at 05:11PM

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