Tout se passe à l’Assemblée maintenant. Il n’a pas été élu. C’est un idéologue qui s’est fait beaucoup d’ennemis… Il ne veut pas se remettre en question. La confidence, cruelle, est signée d’un responsable de premier plan du Front national. Elle vise Florian Philippot. Depuis plusieurs semaines, le vice-président du FN navigue en eaux troubles, dans un parti de plus en plus fracturé. Le débat raté d’entre-deux-tours et le score, plus faible qu’espéré, obtenu par Marine Le Pen au second tour de la présidentielle ont précipité les critiques de tous ceux qui n’attendaient qu’un faux pas de Florian Philippot pour mieux ouvrir les hostilités contre sa ligne et sa position inébranlable sur la sortie de l’euro, responsable selon plusieurs cadres du coup de frein donné aux ambitions de leur championne.

Les élections législatives et la vague En marche! sont aussi passées par là, douchant froidement les espoirs du numéro deux du FN ou de ses lieutenants d’entrer au Palais-Bourbon, malgré de bons scores obtenus dans certaines circonscriptions réputées difficiles. À cela s’ajoutent la sanction de Marine Le Pen contre la très philippotiste eurodéputée Sophie Montel et les petites phrases par presse interposée, pour obtenir une ambiance délétère…

Les Patriotes en ordre de marche pour l’opération refondation

Mais gare à celui qui annoncerait trop vite le départ de Philippot. Certains l’ont d’ailleurs bien compris : « C’est un peu fort de lui faire porter le chapeau de la défaite. Il n’a pas à supporter cet échec seul, ce serait trop facile. Il n’y a pas un seul responsable… c’est ridicule », explique Sébastien Chenu, transfuge des Républicains et fraîchement élu député du Nord. Le maire de Béziers, Robert Ménard, qui n’a pourtant jamais ménagé l’hémisphère gauche de Marine Le Pen, ne dit pas le contraire : « Certes, il sait travailler, c’est vrai, c’est indiscutable […] mais on ne peut pas éternellement critiquer la ligne Philippot sans rien proposer d’autre, et sans rien dire devant Marine ! »

Dans le premier cercle de “la présidente”, en tout cas, le choix est clair : c’est haro sur Philippot. Les critiques se font rarement à visage découvert, tant les ténors du parti sont conscients de son poids médiatique et des liens forts qui unissent Marine Le Pen à son numéro deux, bien que leurs relations soient moins faciles que par le passé.

Florian Philippot n’ignore pas que sa tête est mise à prix et que beaucoup rêveraient d’instruire son procès dès le séminaire des 21 et 22 juillet prochains. Mais si certains voudraient le pousser vers la sortie, lui entend prendre une part active à la refondation du Front national. Et quand ses opposants avancent en ordre dispersé, Florian Philippot, au contraire, s’organise. De longue date.

Au mois de mai, il fonde Les Patriotes. Il prévient Marine Le Pen de son initiative par SMS, quelques heures à peine avant le lancement de son association. La présidente du FN fulmine. Qu’importe pour Philippot. L’objectif, déjà, est de mettre à profit cet outil pour peser dans la refondation du parti. Selon nos informations, Les Patriotes organiseront dans les semaines à venir des groupes de travail sur diff érents sujets, régaliens comme sociétaux, mais aussi des consultations sur Internet, où militants et non-encartés pourront donner leur avis, échanger et proposer. Florian Philippot compte même mettre en place des “dîners patriotes”, où les militants pourront communiquer avec différents intervenants issus du monde politique, économique, ou de la société civile… Une vraie machine militante, donc.

Un “bosseur” acharné qui cultive discrètement son réseau

L’autre objectif affiché est de rassembler. Au-delà du Front national. « Je vais continuer à oeuvrer au rassemblement des patriotes. Je suis d’ailleurs très heureux de la proposition lancée il y a quelques semaines par Nicolas Dupont-Aignan de discuter avec Thierry Mariani [ex-député LR des Français de l’étranger, NDLR], Laurent Wauquiez et moi-même », nous confie-t-il. Avant d’avertir : « Mais ce n’est pas avec un Front national “retour aux origines” qu’on arrivera à élargir notre base électorale. » Discrètement, il cultive ses réseaux. Dans le plus grand secret, il a rencontré il y a quelques semaines Jean-Louis Borloo pour évoquer son projet d’électrification de l’Afrique.

C’est bien là une qualité que tous lui reconnaissent : Philippot est un bosseur. Un travailleur acharné. « Le seul qui sache faire des fi hes sur des thèmes précis en un temps record », qui peut s’enfermer des heures pour travailler un sujet afin de fournir les synthèses les plus claires et précises à Marine Le Pen, confie un proche de la présidente du FN. Au point de s’être longtemps rendu indispensable. Mais est-il pour autant indéboulonnable ? Le cas Philippot est symptomatique de la tempête que traverse le parti : deux Front se font face. Afin d’éviter des confrontations publiques, c’est à Marine Le Pen que revient la (lourde) tâche de trancher et de calmer les esprits. Reste à savoir comment, maintenant, celle-ci compte entamer la refondation de son parti.

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July 15, 2017 at 11:51AM