Quarante-cinq bêtes. Pas plus.

L’exploitation de Thibaut Goret sera de petite taille. « Des Parthenaises, détaille le nouveau fermier, une race rustique française qui possède de belles qualités pour une approche biologique« . Les veaux ne doivent pas naître par césarienne, contrairement à la race reine de nos élevages, le blanc bleu belge et sa célèbre musculature.

Le jeune agronome ne part pas de rien. Il reprend une petite exploitation dans la Famenne namuroise, dans le village de Feschaux (Beauraing). Et développe la logique agro-biologique déjà amorcée par le précédent fermier.

Sa ferme sera autonome, promet-il. « Les vaches, ce sont des herbivores. Je les nourrirai avec de l’herbe. Rien d’autre. J’ai une quarantaine d’hectares de prairies. Je ferai assez de foin pour nourrir mes bêtes toute l’année, excepté quelques compléments nécessaires pour engraisser certaines bêtes. »

Ne pas se mettre la corde au cou avec les banques

L’autonomie visée par Thibaut Goret est aussi financière. Ces dernières années, la spéculation a fait exploser le prix des terrains agricoles. Beaucoup d’agriculteurs se sont surendettés pour devenir propriétaires d’une partie au moins de leur terre.  « Je ne me suis pas mis la corde au cou avec d’énormes emprunts bancaires pour acheter les terrains. Je suis un paysan sans terre« , sourit Thibaut. La médaille a tout de même un revers : l’incertitude. « Pour certaines prairies, j’ai un bail à ferme, de longue durée donc, mais pour d’autres je dépendrai du bon-vouloir des propriétaires. »

Autonomie encore à l’égard des grands réseaux de distribution et des prix fixés par les marchés internationaux. « Je vise le circuit-court, explique Thibaut Goret. C’est-à-dire vendre directement la viande à mes clients, en préparant des colis à la ferme. »

Du crowdfunding pour une ferme bio

Des clients, il y en avait déjà parmi les quelque cinquante personnes qui ont pu visiter l’exploitation ce week-end. Les invités du jour ont tous participé à l’opération de crowdfunding initiée par Thibaut. « J’habite Bruxelles, explique Laurence, mais j’ai une maison de campagne pas très loin d’ici. J’essaye d’acheter au maximum en circuit-court. Mais plus largement, donner un peu d’argent pour une ferme biologique, c’est aussi du militantisme écologique, comme on donne de l’argent à des ONG.« 

« Oui, c’est un peu comme soutenir une ONG, appuie Maxime, lui-même agronome de formation, mais c’est beaucoup plus concret : on connaît l’agriculteur, on sait ce qu’il va faire avec l’argent, cela se passe à une heure de chez moi… »

« Je viens d’une famille d’agriculteurs, témoigne encore André, et j’ai vu à quel point la reprise d’une exploitation agricole est difficile, à cause du coût des machines et des terres. Au niveau de ma génération, il y a juste un cousin qui a repris la ferme des parents. Il a 65 ans, il est très endetté alors qu’il est pensionné. Le projet de Thibaut est intéressant parce qu’il va à contre-courant. C’est ça le progrès. »

Retour un siècle en arrière

Un progrès qui, paradoxalement, rapproche une exploitation moderne d’un modèle qui a existé chez nous au début du 20e siècle. « Je n’invente rien, reconnaît Thibaut. C’était le modèle agricole de la première moitié du siècle passé, une agriculture autonome, de proximité, avec un maximum de produit écoulé localement. » La science agronomique en plus. Elle a fait d’énormes progrès depuis 50 ans et elle permet tout de même aux fermiers de 2017, même ceux qui se lancent dans l’agrobiologie, d’être moins dépourvus que leurs ancêtres de 1917, face notamment aux maladies du bétail ou aux caprices météorologiques.

« Qui voudrait vivre aujourd’hui comme un agriculteur du début du siècle passé ? », interroge, dubitatif, un des crowdfunders de l’exploitation de Thibaut Goret.

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July 16, 2017 at 02:39PM

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