Dans une vaste enquête photographique, Mathieu Asselin* nous livre un témoignage effroyable des conséquences des produits chimiques de Monsanto sur la vie de milliers de personnes. « Indigné » par les activités contre-natures de l’entreprise, souvent menées en toute impunité au nom du libre marché, le photographe franco-vénézuélien livre une série aussi terrifiante que touchante.

Géant de l’agroalimentaire décrié pour la nocivité de ses produits chimiques et pour son implacable volonté de contrôler le marché des semences, notamment par l’intermédiaire du développement massif des OGM, Monsanto a pourtant réussi à étendre ses bras aux quatre coins du globe. La multinationale a ainsi participé, avec une poignée d’autres compagnies, à l’uniformisation de l’agriculture et à la marchandisation du vivant, imposant une agriculture intensive polluante qui a profondément bouleversé les modes de vie locaux. Si Monsanto (détenu aujourd’hui par Bayer), est loin d’être la seule entreprise du secteur, son nom est devenu comme un symbole d’un « monde ancien et révolu » pour nombre d’écologistes.

Photographie : Mathieu Asselin. David Baker (65 ans) devant la tombe de son frère Terry. Terry Baker est mort à l’âge de 16 ans des suites d’une tumeur au cerveau et d’un cancer du poumon causés par l’exposition aux pcb. Le taux moyen de présence des pcb à Anniston est 27 fois supérieur à la moyenne nationale.

« Une enquête minutieuse de plusieurs nivaux qui rassemble faits et dates illustrant l’histoire de Monsanto »

L’expansion de Monsanto, entreprise centenaire créée en 1901, n’a rien d’un conte de fée, malgré un discours particulièrement marketé pour vanter les mérites des pesticides sans lesquels l’agriculture conventionnelle moderne ne pourrait pas exister. Tout au long de son histoire, l’entreprise alimentaire laisse derrière elle un bilan humain très contrasté. « Cette enquête photographique est le résultat d’une indignation qui est devenue de longues heures de voyages et en rencontres sincères. Elle se présente plus comme un recueil de témoignages visuels d’individus et de paysages profondément affectés par cette entreprise. Et ce projet est la traduction de ces témoignages et de mon indignation. » déclare Mathieu Asselin.

Dans une enquête qui a duré 5 ans, Mathieu Asselin est parti sur les traces du géant des États-Unis jusqu’au Vietnam. Avec critique, il met en lumière les contrastes évidents entre le discours de Monsanto et la réalité de terrain. L’enquête débute à Anniston dans l’Alabama, où la firme a produit des PCB (polychlorobiphéniles) pendant des décennies. Dans cette zone, la présence de ce produit chimique reste 27 fois plus élevée que la moyenne nationale, selon le reporter. Son enquête au Vietnam dévoile au public les conséquences de l’usage de l’agent orange, l’herbicide utilisé par l’armée américaine à des fins militaires entre 1959 et 1971. Sur plusieurs générations, les enfants ont été victimes de déformations à leur naissance.

Photographie : Mathieu Asselin.

“Un périple photographique à travers plus d’un siècle d’irresponsabilité à grande échelle de l’entreprise Monsanto »

Difficile de chiffrer le nombre exacte de victimes des produits Monsanto, mais les estimations donnent le vertige. S’appuyant sur les travaux de Marie-Monique Robin, Mathieu Asselin écrit qu’au Vietnam, « plus de 500 000 bébés sont nés difformes, le nombre de fausses couches et d’enfants mort-nés étant difficile à déterminer » et « plus de 2 millions de personnes dans le pays souffrent aujourd’hui de cancers ou de maladies liées à l’exposition chimique. 400 000 sont mortes ou handicapées« .

Le photographe, qui revendique son engagement, rappelle qu’il est possible à chacun d’entre nous de faire bouger les lignes : « en tant que consommateurs, on a un pouvoir incroyable que l’on n’utilise pas. C’est celui de dire : vos produits, je n’en veux plus chez moi. Ils pourraient s’effondrer du jour au lendemain. Le véritable pouvoir, c’est celui des consommateurs, plus que les journalistes ou les photographes ».

Monsanto © : une Enquête Photographique, exposée du 3 juillet au 24 septembre 2017 à Arles. Le livre est publié aux éditions Acte Sud.

Photographie : Mathieu Asselin. En 1996, Monsanto® introduit ses premières semences transgéniques. Il fait en sorte que les fermiers ne puissent pas récupérer les graines, ne faisant ni plus ni moins que les déposséder de leurs propres semences.

*Mathieu Asselin a commencé sa carrière dans la production de films à Caracas avant de se tourner vers la photographie. C’est aux États-Unis qu’il affûte son style de photographe. Attiré par le reportage, ses travaux apparaissent dans The New Yorker, GEO et Freitag et ont été exposés en France, à New York, à Miami, à Washington ou à Caracas. Son projet Monsanto © : une Enquête Photographique s’est vu attribuer en 2016, entre autres récompenses, le premier prix aux Dummy Awards du festival FotoBook de Kassel. Mathieu Asselin vit et travaille aujourd’hui entre New York et Arles.

Source : mathieuasselin.com

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July 16, 2017 at 04:14PM