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En 2016, dans une longue interview, l’historien et rabbin Alain Michel évoquait avec Jean-Patrick Grumberg la période de Vichy et la rafle du Vel’ d’Hiv.

Alain Michel, qui vit en Israël depuis 1985, a dirigé le centre Yaïr d’études du Judaïsme créé par Manitou, et travaille, entre autres, à Yad Vashem. Il est également éditeur.

« Si on peut montrer que Vichy est le mal absolu, ça permet de combattre l’extrême droite »

Dire que Vichy a programmé la rafle du Vel’ d’Hiv, ou que Vichy a cédé aux Allemands, qu’il pouvait s’y opposer, est complètement faux, toutes les archives montrent que c’est exactement le contraire. Mais si on peut montrer que Vichy est le mal absolu, ça permet de combattre l’extrême droite.

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Première raison, parce que la rafle du Vel’ d’Hiv est programmée par les Allemands dès le mois de juin, donc avant les accords avec le gouvernement français. Pourquoi ? Parce qu’ils savent très bien qu’ils peuvent faire arrêter les juifs, à Paris, par la police. Ils l’ont déjà fait 3 fois en 1941 sans demander l’avis de Vichy.

Ils n’ont pas besoin de demander l’avis de Vichy, puisqu’ils sont la puissance occupante, l’administration française doit leur obéir. Elle doit aussi obéissance à Vichy, mais seulement en deuxième ressort. Et d’ailleurs, dans la réunion de préparation de la rafle du Vel’ d’Hiv, le 7 juillet, donc après les accords, Dannecker, le représentant d’Eichmann, dit au préfet de police et au représentant de Bousquet :

« Je sais qu’il y a des négociations en ce qui concerne l’autonomie de la police mais pour le moment ces négociations n’ont pas aboutiMais, dit Danneker, de tout façon en attendant, les choses continuent comme avant et vous avez l’obligation de nous obéir ‘au doigt et à l’œil’ ».

(Un autre accord, qu’on confond tout le temps, qui est un accord sur l’autonomie de la police, ne sera conclu entre les deux parties qu’en août 42, un mois après le Vel’ d’Hiv)

La rafle du Vel’ d’Hiv aurait eu lieu que Vichy s’en mêle ou non

La rafle du Vel’ d’Hiv aurait eu lieu que Vichy s’en mêle ou non, parce qu’elle était programmée par les Allemands, et que les Allemands pouvaient la faire avec les forces de police française, car ce sont les conséquences à la fois des accords internationaux signés au début du 20e siècle quand un pays en occupe un autre, et une conséquence de l’armistice.

C’est une première chose qui rend complètement absurde l’idée que la rafle n’aurait pas eu lieu si Vichy n’avait pas donné son accord.

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Pourquoi Vichy s’est mêlé de cette opération ?

Parce que dans la programmation de la rafle en juin (les Allemands le disent à plusieurs reprises à leurs interlocuteurs français), ils ont prévu que sur les 22 000 personnes arrêtées, 40% seront des juifs français.

La première réaction de Laval est de dire :

« que les nazis fassent ce qu’ils veulent en zone nord, c’est eux qui administrent, ils n’ont pas à nous dicter ce qu’on fait en zone sud (sous-entendu, nous on ne leur fera passer aucun juif) ».

Ça c’est la réaction fin juin.

Et tout d’un coup, en quatre jours, les choses changent… Pourquoi ?

Parce que les juifs français en zone nord vont être arrêtés par des policiers français. Bien-sûr ce sont les Allemands qui donnent les ordres, mais l’opinion publique, qu’est-ce qu’elle va voir ?

Elle voit des policiers en uniforme, qui arrêtent des juifs français, et qui les déportent. Or ce n’est pas du tout la même chose d’arrêter des juifs français que d’arrêter des juifs étrangers…

L’idée de faire « le troc » apparaît à ce moment-là.

L’idée est de dire aux nazis « vous ne touchez pas au juifs français, en échange, en compensation en quelque sorte, on va vous faire passer 10 000 juifs apatrides de zone sud, et comme ça vous aurez suffisamment de gens à évacuer ».

Comme Vichy cherche déjà depuis 2 ans à évacuer des milliers de juifs étrangers de la zone sud, notamment les juifs apatrides, et qu’ils ont tenté des négociations avec les États-Unis qui n’ont pas abouti – il y a même eu un plan de Darlan qui prévoyait de faire passer ces juifs étrangers en Afrique du Nord – finalement ils sont toujours là. Et ils sont un poids – enfin ils sont vus comme un poids – notamment un poids économique, par le gouvernement de Vichy.

Les Allemands leurs proposent de prendre une partie de ces juifs là. Vichy est très content, ils n’ont aucun problème avec ça. Ils n’ont encore aucune conscience de ce que veut dire « déporter à l’Est ».

Au début de l’été 1942, personne ne peut concevoir qu’on va prendre ces gens, les amener à Auschwitz, et les gazer. C’est une chose que personne ne sait. D’ailleurs Auschwitz n’a commencé à fonctionner comme centre d’extermination qu’en mai 1942, deux mois avant. Il n’y a encore aucune rumeur qui est arrivée de là-bas.

« Que les Allemands fassent ce qu’ils veulent avec ces juifs, ils nous les avaient envoyés, ils nous les reprennent, tout est très bien », pense Vichy.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Alain Michel pour Dreuz.info.

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July 16, 2017 at 09:26PM