Selon Serge Klarsfeld, Emmanuel Macron ira encore plus loin que Jacques Chirac dans la reconnaissance de la responsabilité de la France dans la rafle du Vél d’Hiv.

L’historien et avocat qui, avec son épouse Beate, a voué sa vie à poursuivre en justice les criminels nazis sera présent aujourd’hui à la cérémonie organisée à l’emplacement de l’ancien vélodrome d’Hiver à Paris. Un jardin-mémorial sera inauguré portant les noms, prénoms et âges des enfants qui ont été déportés puis assassinés à Birkenau après avoir été arrêtés par la police française.

 

La commémoration de la rafle porte-t-elle cette année une signification particulière ?

Serge Klarsfeld. Absolument. Comme Jacques Chirac, Emmanuel Macron a tenu à prendre la parole, et ce qu’il va dire aura une portée particulière dans la mesure où, pendant la campagne présidentielle, Marine Le Pen avait rouvert une controverse sur la responsabilité de la France dans cette rafle. Le président précisera sa pensée sur le sujet et aussi, peut-être, en quoi la France était, bel et bien, complice de ce génocide.

 

LIRE AUSSI

> Macron commémore ce dimanche la rafle du Vél d’Hiv avec Netanyahou

 

Si la responsabilité de la France dans le génocide a été reconnue, la population française, selon vous, a fait preuve au contraire d’humanité…

Elle a été le principal rempart contre la coopération politique de Vichy avec la Gestapo. Si la population n’avait pas manifesté son hostilité aux mesures antijuives de Vichy, les arrestations de dizaines de milliers de juifs seraient allées à un rythme différent. Les dirigeants des Eglises catholique et protestante et tous les braves gens ont fait preuve, et sans aucun mot d’ordre de la Résistance, de sentiments d’humanité. Surtout à partir de 1942. Alors que l’Allemagne semblait l’emporter sur tous les fronts, de la Russie à l’Egypte, la population française a vu qu’on n’arrêtait plus seulement des hommes,dont on pouvait penser qu’ils partaient pour les travaux forcés, mais aussi des femmes, des enfants des vieillards. Les enfants juifs ont été protégés en France comme dans aucun autre pays en Europe.

 

Est-ce que l’Europe est à la hauteur du devoir de mémoire de la Shoah ?

Je le pense. De nombreuses initiatives ont été prises en matière d’éducation, d’enseignement de la Shoah. Même si des progrès restent à faire dans les pays de ce qu’on appelait l’Europe de l’Est.

 

La disparition de Simone Veil accentue-t-elle la force mémorielle de cette cérémonie ?

Je pense que le chef de l’Etat y fera allusion dans son discours. En outre, l’un des fils de Simone Veil prendra la parole au nom de l’association de Yad Vashem qui célèbre les Justes parmi les nations.

 

La présence du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, soulève un début de polémique en raison de sa politique vis-à-vis des territoires palestiniens. Qu’en pensez-vous ?

Il est naturel que le Premier ministre d’Israël, l’Etat qui a accueilli le plus de survivants de la Shoah, prenne la parole dans les pays d’où les victimes étaient originaires. La polémique n’a pas lieu d’être. Lorsque Donald Trump a été reçu à Paris, c’était le président des Etats-Unis qui était convié. Aujourd’hui, c’est le Premier ministre de l’Etat d’Israël.

Via: Le Parisien – Toute l’actualité — http://ift.tt/2tfOM1R

July 16, 2017 at 12:19PM

Publicités