Jean-Luc Mélenchon, le 18 juin 2017 à Marseille.

Jean-Luc Mélenchon, le 18 juin 2017 à Marseille. — Claude Paris/AP/SIPA

  • Jean-Luc Mélenchon utilise le terme «les gens» lors des meetings ou dans les médias
  • Cette utilisation répond à une logique politique, explique son entourage

« Les gens qui ne veulent pas se laisser tondre, leur devoir, c’est de manifester comme citoyen et de dire je marche. Alors venez les gens, le 23 septembre ». Sur le plateau de TF1 lundi soir,Jean-Luc Mélenchon a appelé à un « rassemblement populaire » à Paris pour protester contre la réforme du Code du travail par ordonnances.

Une nouvelle fois, le député de La France insoumise (LFI) utilise l’expression « les gens » pour parler aux Français. Vous l’aurez peut-être remarqué, depuis quelques mois, le terme revient très souvent dans le vocabulaire du tribun. 20 Minutes a tenté de savoir d’où venait cette expression.

« Une expression pensée politiquement »

Manuel Bompard, ancien directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon, reconnaît que l’expression n’est pas anodine. « Ça a été pensé politiquement. Je ne me souviens pas d’une réunion où ça a été décidé, mais il y a eu cette réflexion. Notre volonté était de nous adresser au plus grand nombre, pas qu’à la gauche de la gauche. « Les gens », c’est le peuple. Ça s’inscrit dans la logique d’une stratégie politique, on doit parler grand angle, et pas seulement à des catégories particulières ».

Quelques jours avant le premier tour de la présidentielle, le candidat de la France insoumise expliquait déjà à 20 Minutes que le remplacement du drapeau rouge par le bleu-blan-rouge et l’Internationale par la Marseillaise répondait à cette idée. « Nous voulions impulser un mouvement qui ne soit approprié par aucun parti [et] faire que tous les gens qui viennent à nos rassemblements se sentent à l’aise ». L’utilisation du terme « les gens » plutôt que « camarades » n’est donc pas anodine.

« C’est dans la même logique », confirme Manuel Bombard, « il ne s’agit pas de masquer ou d’abandonner des références. Mais de créer une atmosphère dans lequel tout le monde se sent bien, quelles que soient ses références politiques. Je me souviens d’un meeting à Boulogne-sur-Mer en septembre 2016, où l’on avait mis l’Internationale, mais les gens ne la connaissaient pas. On s’était dit « attention à ne pas faire des événements de campagne dans un cadre trop inclusif » ».

Une inspiration de Podemos ?

Reste à savoir d’où vient « les gens ». Lors des législatives, Paul Vannier, candidat LFI à Paris, nous donnait une piste : « C’est un mot que Podemos a beaucoup utilisé en Espagne. La France insoumise est un mouvement, pas un parti. Certains mots comme camarades peuvent être codés, il nous fallait produire un nouveau langage ».

Barbara Loyer, spécialiste de l’Espagne, confirme l’origine du terme. « Le terme gente est une marque de fabrique très nette de Podemos. Ils l’utilisaient en permanence, « ce que les gens veulent, les gens savent ce qu’il faut faire, on veut un pays pour les gens », etc. », avance l’enseignante à l’université Paris 8.

« Le parti, qui s’appuie sur la démocratie participative, s’adresse d’abord aux jeunes, étudiants, et aux classes populaires traditionnelles. La gente, ça leur permettait d’opposer les gens à la caste des élites, la casta. Le terme
a beaucoup été commenté en Espagne par les politiques ou les intellectuels. Il y a eu des discussions entre Mélenchon et Podemos, je ne sais pas si l’idée vient de là », poursuit-elle.

Alors, verdict ? Manuel Bombard répond : « On n’a pas copié le mot. Mais la réflexion est la même, Podemos a théorisé ça aussi, pour parler au plus grand nombre. On est arrivés aux mêmes conclusions et au même terme, la gente, les gens. On discute et on apprend les uns des autres ».

Via: 20Minutes – Une — http://ift.tt/2uF6uMp

July 18, 2017 at 07:36PM

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