Dans un entretien à France 24, Fethullah Gülen admet qu’il a rencontré dans le passé un personnage lié à la tentative de coup d’État de l’été 2016 en Turquie. Mais le prédicateur exilé nie avoir fomenté la tentative de putsch contre Erdogan.

Première diffusion sur France 24 mardi 18 juillet, 17 h 15 (heure de Paris)

C’est en Pennsylvanie que France 24 a rencontré l’homme le plus recherché de Turquie. Le prédicateur musulman Fethullah Gülen, 76 ans, reçoit sans enthousiasme dans une vaste pièce qui fait aussi office de salle de prière. Arrivé aux États-Unis en 1999 pour raisons médicales, Fethullah Gülen y vit depuis en exil dans un complexe sécurisé, à la fois centre d’études et de prière, le « Golden Generation Retreat and Worship Center » dans les montagnes Poconos.

Fethullah Gülen est devenu depuis un an l’ennemi n°1 du président turc Recep Tayyip Erdogan, qui l’accuse d’avoir fomenté le coup d’État manqué du 15 juillet 2016. Sa confrérie, appelée Hizmet par ses disciples de l’homme pieux, est d’ailleurs surnommé FETO, c’est-à-dire « organisation terroriste güléniste » par le gouvernement turc.

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Gülen semble d’ailleurs certain de finir sa vie à Saylorburg et fait peu de cas de la demande demande d’extradition formulée par le pouvoir turc et jusqu’ici refusée par les États-Unis. « Je crois que ni Donald Trump, ni aucun autre président américain ne prendra le risque de ternir la réputation des États-Unis dans le monde et de se plier à aux demandes insensées du président turc. Donc, je ne m’inquiète pas de cette possibilité », répond l’intéressé.

Adil Oksuz, un mystérieux personnage lié au coup d’État

Un an après la tentative de putsch visant à chasser du pouvoir Recep Tayyip Erdogan, l’enquête pointe vers un mystérieux personnage : Adil Oksuz. Le gouvernement turc affirme que ce disciple güleniste a fomenté la tentative de coup d’État. La nuit du 15 juillet 2016, il a été vu près d’une base militaire d’Ankara puis arrêté aux premières heures du jour avant d’être présenté à un juge qui, dans la confusion, l’a relâché en l’absence de preuves incriminantes. Disparu sans laisser de traces, Adil Oksuz est, depuis, recherché par les forces de l’ordre.

Selon le gouvernement turc, Adil Oksuz se serait rendu par le passé aux États-Unis pour rencontrer Fethullah Gülen. Des clichés d’Adil Oksuz et de son fils aux côtés du prédicateur en Pennsylvanie ont d’ailleurs été présentés par la presse turque comme une preuve de l’implication personnelle de Fethullah Gülen dans la tentative de coup d’État.

De son côté, Fethullah Gülen se souvient avoir rencontré Adil Oksuz il y a une trentaine d’années, alors qu’il était étudiant : « Adil Oksuz, à une occasion, lorsqu’il était à l’école je crois, a fait partie de notre groupe d’étude au sein du mouvement ». Il reconnaît également qu’Adil Oksuz lui a rendu visite au « Golden Generation Retreat and Recreation Center », mais rejette les allégations qui présentent cette visite comme une preuve de son implication dans la tentative de putsch. « Il y a quelques années, Adil Oksuz est venu ici une fois. J’ai ensuite vu dans les médias cette photo de son fils avec moi. C’est quelque chose que des centaines de gens font. Prendre une photo, puis faire ce genre de connections, ce serait tirer des conclusions hâtives », fait valoir Fethullah Gülen.

« Il y a des photos de moi avec tout le monde »

Fethullah Gülen cite d’ailleurs la liste des membres de l’AKP, le parti du président Erdogan, qui lui ont également rendu visite en Pennsylvanie avant la tentative de coup d’État. Car jusqu’en 2013, les gülenistes et l’AKP étaient alliés, avant que les gülenistes présents dans l’appareil judiciaire et les services publics turcs ne commencent à accuser de corruption les proches de Recep Tayyip Erdogan.

Fethullah Gülen, cite même au rang des illustres visiteurs dans son exi américain l’ancien président Abdullah Gül ou Hakan Fidan, l’actuel chef du renseignement turc (MIT). Le prédicateur reprend également à son comptes les accusations circulant dans certains cercles de l’opposition selon lesquelles Adil Oksuz serait lié aux services de renseignements turcs. Des liens qui ne sont pas confirmés officiellement et ne le seront sans doute jamais.

“Si vous prenez Adil Oksuz, ils l’ont trouvé quelque part, je ne me souviens plus où, ensuite ils l’ont relâché, puis il s’est avéré qu’il y avait un lien entre lui et les renseignements turcs. Le chef du renseignement turc, Hakan Fidan, est aussi venu me voir à deux reprises. Il a mangé chez mon neveu. Tout le monde est venu ici. Il y a des photos de moi avec tout le monde. Donc, formuler des accusations sur la base de visites chez moi ou de photos avec moi est absurde. »

« Ce mouvement va perdurer »

Un an après la tentative de coup d’État, l’état d’urgence qui se traduit par la répression massive des opposants, des journalistes et des défenseurs des droits de l’Homme est toujours en vigueur en Turquie. Plus de 150 000 juges, fonctionnaires, et employés d’institutions publiques ont été renvoyés pour leurs liens supposés avec la confrérie güléniste ou avec le PKK, le parti des travailleurs du Kurdistan, considéré comme terroriste.

Parmi les victimes de la purge en Turquie, les gülénistes semblent payer le plus lourd tribut. Et Ankara presse les gouvernements étrangers de fermer les écoles du mouvement à travers le monde.

Malgré la répression, Fethullah Gülen ne doute pas de l’avenir de son mouvement : « Dans 170 pays, les écoles de notre mouvement fonctionnent toujours, notamment aux États-Unis, à Bruxelles, en Europe », fait-il valoir. « Je pense que c’est un signe que ce mouvement dont la valeur centrale est l’amour va perdurer. Le temps des politiques est compté. Ils s’en iront par des moyens démocratiques. Mais ce mouvement, ancré dans l’amour, va durer ».

Traduit de l’anglais par Alcyone Wemaëre

Première publication : 18/07/2017

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July 18, 2017 at 07:41PM

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