La Russie est redevenue une puissance qui marque brutalement son territoire dans son « étranger proche », et qui renoue avec une tradition militaire puissante. Les pays émergents, au premier desquels la Chine, se sont lancés dans une nouvelle course aux armements, que les parangons de la mondialisation heureuse sont bien en peine d’expliquer. Le Moyen-Orient, secoué par le terrorisme islamiste et la mise en place d’un nouveau « grand jeu » entre sunnites et chiites, aiguillé par le retour au premier plan de l’Iran, est une plus grande poudrière que jamais, avec des effets délétères jusque sur notre propre territoire.

Enfin, n’en déplaise aux thuriféraires de l’économie de marché, l’économie est et sera bien de plus en plus le lieu de l’affrontement des différents systèmes et pays.

Or, face à ces évolutions profondes et durables, à quoi assiste-t-on ? A un 14 juillet marqué par une passe d’armes médiatique entre le Président de la République, chef des Armées, et le Chef d’état-major des Armées, son premier subordonné militaire. La rodomontade d’E. Macron envers P. de Villiers, en pleine soirée pré-défilé à l’Hôtel de Brienne, résidence de la Ministre des Armées, a eu des airs de mercuriale. Rappelant qu’il était « le chef » et que ses décisions en matière stratégique ne souffraient d’aucune contestation, en particulier des militaires, le Président de la République a fait tomber sa foudre jupitérienne sur les hommes auxquels revient la charge quotidienne de notre défense. L’humiliation subie par le Chef d’état-major des Armées fait suite à la réduction du budget – portant sur les équipements – de 850 millions EUR cette année. Celle-ci fait suite à l’annonce, il y a quelques semaines, du gel – voire du surgel – de quelques 2,3 milliards EUR pour la défense, soit un total de plus de 3 milliards EUR ; plus de 10% du budget du ministère. 

Disons-le tout net, cet événement, dans le contexte rappelé ci-devant, est grave et laissera des traces. Face aux militaires usés moralement et physiquement par des opérations extérieures et les longues gardes de l’opération sentinelle – certaines unités enchaînant les deux sans pause – les mots du Président ont durement claqué. Réduits à une obéissance passive et aveugle, ils ont maintenant compris quelle était leur place. Au-delà des effets de communication à l’hôpital Percy ou dans un sous-marin lanceur d’engins, le chef des Armées Macron entend rappeler aux hommes et femmes des Armées qu’ils sont là pour servir, non pour faire valoir leurs besoins. Plus qu’une passe d’armes entre deux hommes, avec une crispation palpable lors du défilé, c’est bien la chaîne stratégique entre le militaire et le politique qui est entamée, sinon rompue. Celle-ci qui assure la sauvegarde du pays dans ses frontières et ses institutions, a été mise à mal par des années de réduction incessante de la place des militaires dans la décision stratégique. E. Macron a un but clair : la réduction des militaires à l’obéissance. Plus grave, en attaquant de front les militaires qui alertent sans cesse sur les conditions de leurs missions, le Président rend manifeste son aveuglement budgétaire. Face à des Armées à qui l’on demande toujours plus en fournissant moins, le Président refuse l’inéluctable, le point de rupture qui approche ; la perspective d’une véritable défaite qui, n’en doutons pas, serait couteuse en vies humaines.

 

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July 19, 2017 at 12:51PM

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