Atlantico : Les touristes qui circulaient sur l’autoroute A9 dans le sud de la France ont été victimes de braquages le week-end dernier par des criminels armés qui les forçaient à s’arrêter. Ils leur pillaient alors montres, portables, tablettes et sac à main. Est-ce que cette vague d’attaques peut signifier le retour de ce que l’on appelle les bandits de grand chemin ? 

Gérald Pandelon : Oui. En effet, ce type de délinquance est lié au fait que le banditisme doit sans cesse s’adapter pour survivre et donc se déployer. Car il est concurrencé, comme sur un marché.

En même temps, les bandits de « grand chemins » sont ceux qui ne reculent devant rien (ils sont très violents et très courageux), mais en même temps, sont peu familiers avec la sophistication accrue de la criminalité moderne que constituent, par exemple, toutes les formes nouvelles de la cybercriminalité, ce que l’on pourrait qualifier « d’agressions propres » ou non-violentes, sinon symboliques, comme le piratage informatique. 

 

Vous admettrez que les braqueurs sur les autoroutes ne sont pas tous titulaires d’un Bac + 5 en informatique mais davantage des « gros bras » qui, en raison d’un principe de nécessité (voler pour survivre), ne peuvent user que d’intimidation et d’une violence à l’état brut pour être efficace. En effet,  il existe de plus en plus une sociologie de la délinquance qui discrimine entre eux les voyous, les sépare entre ceux qui disposent d’un capital culturel et ceux qui n’en disposent pas. Les cybercriminels sortent parfois de grandes écoles… Je connais leurs CV pour les voir affluer parfois au sein de mon cabinet. Et lorsque j’étudie leur biographie, elle est bien différente de celle des bandits de grands chemins ; les cybercriminels sont des petits bourgeois fainéants et peureux obsédés par l’argent facilement gagné et ce, de surcroît, sans violence physique sur les personnes. Ce sont des bandits aux mains propres mais ils n’ont plus de mains, pour paraphraser le philosophe Kant. 

Les forces de l’ordres ont-elles une bonne connaissance ce ce phénomène ? Qui sont ces gens, d’ou viennent-ils et comment sont-ils structurés ?

Oui, il s’agit d’une forme de criminalité fort bien connue des forces de l’ordre ; ce sont, bien souvent d’ailleurs des « équipes à tiroirs », dans lesquelles on pioche dans divers groupes assez peu structurés, des individus auxquels on va assigner un rôle bien précis. Les conducteurs des véhicules ne seront pas ceux qui directement agresseront ; lesquels ne seront pas systématiquement ceux qui conserveront dans le même véhicule le butin amassé, ne serait – ce que pour éviter de risquer d’être arrêtés ultérieurement et, par conséquent, ne pas être poursuivables pénalement en l’absence d’élément matériel constaté des infractions commises. Autrement dit, tout est méticuleusement organisé et calculé même si ce type de passage à l’acte est toutefois moins sophistiqué que le blanchiment de capitaux via des paradis fiscaux et autres montages financiers complexes. 

 

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July 19, 2017 at 12:51PM