Acteur majeur de l’affaire Bygmalion, Jérôme Lavrilleux en est ressorti dévasté. Trois ans plus tard, il confie au Monde qu’il était à deux doigts de mettre fin à ses jours.

On se souvient de son interview fleuve, un soir de mai 2014, sur le plateau de BFM TV. Face à Ruth Elkrief, Jérôme Lavrilleux, de son plein gré, balance tout, la voix chargée d’émotion. Il dit comment, lui, directeur-adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy, a permis que des prestations réalisées par la société Bygmalion soient facturées à l’UMP et non aux comptes de campagne du candidat. Un moment rare en politique, où un acteur-clé en politique dévoile les tricheries décomplexées d’un grand parti.

 

VIDEO. Jérôme Lavrilleux sur le plateau de BFM TV, le 26 mai 2014

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Trois ans après cette grande confidence qui lui aura valu de devenir un pestiféré au sein de l’UMP, Lavrilleux, toujours député européen et visé, comme 18 autres eurodéputés, par l’enquête préliminaire du parquet de Paris sur des soupçons d’emplois fictifs, s’est confié au Monde. On y apprend comment l’homme est sorti de cet épisode dévasté. «Je suis passé dans la lessiveuse», reconnaît-il.

 

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«Au moment où je révèle les choses, j’ai l’impression de me regarder, et je me dis que c’est la fin de ma vie actuelle. Au fur et à mesure, je m’aperçois qu’il n’y aura pas de retour en arrière possible», glisse-t-il. Après son passage sur le plateau de BFM TV, Lavrilleux rentre chez lui, dans l’Aisne, «dans un état second», écrit le quotidien. «J’ai pleuré tout le long de la route, mon téléphone sonnait sans arrêt, sans arrêt, je n’ai répondu à personne.»

 

Une fois dans son salon, il allume le téléviseur. BFM TV. Le coup de grâce. A un moment, un éditorialiste évoque son cas en ces termes, se rappelle Lavrilleux : «Une chose est sûre, c’est que ce soir il y aura eu un mort (…) Oui, oui, façon de parler… Quoique.» La phrase de trop. Il ne dormira pas de la nuit. Le lendemain, il apprend que ses parents sont harcelés par des journalistes, dont certains n’hésitent pas à le traiter de «voyou».

 

La corde passée sur une poutre

 

«Je me suis dit : « Je n’en peux plus, j’arrête ». Chez moi, j’ai une grange, alors j’y suis allé. Là, j’ai pris une grosse corde, et je l’ai passée sur une poutre…», confie-t-il. Dans un premier SMS, un journaliste de l’AFP lui dit de tenir bon. Sans effet : le noeud coulant est prêt. C’est un second SMS qui va l’empêcher de passer à l’acte. «Je reçois un texto de Ruth Elkrief, qui me dit : « Jérôme, ça doit être très dur, mais il fera beau demain ». Et là… Il fera beau demain… Cette phrase, je crois que toute ma vie, je ne… Et je laisse la corde sur la poutre. Ça s’est vraiment joué à pas grand-chose.»

 

Ruth Elkrief a confirmé au Monde avoir envoyé un message à Jérôme Lavrilleux ce jour-là. «J’avais appris qu’il n’allait pas bien depuis l’interview, ça m’avait touchée. Je me devais d’être à la hauteur humainement, pas seulement professionnellement», explique-t-elle. Un intention qui aura probablement permis de sauver une vie.

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July 18, 2017 at 07:00PM

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