REPORTAGE

C’est la plus longue grève de France et elle se mène dans l’indifférence générale. Depuis le 3 avril dernier, soit depuis 109 jours, une dizaine d’aides-soignantes de la maison de retraite Les Opalines, à Foucherans, dans le Jura, ont cessé le travail. Elles sont installées sous un calicot devant l’entrée de l’établissement. Elles sont à bout et dénoncent un sous-effectif qui ne leur permet pas de traiter correctement leurs résidents. Notre reporter les as rencontrées.

« On a toutes versé des larmes ». Les lunettes de soleil peinent à cacher les traits tirés, sur le piquet de grève. 109 jours que Méline et ses collègues ont décidé qu’elles n’en pouvaient plus. « Le matin quand je rentre dans une chambre, je sais que j’ai quinze minutes. Je regarde mon résident. Lui laver les dents ? Les cheveux ? On n’a pas le temps, il faut choisir. Quelqu’un qui a besoin d’aller aux pour toilettes, on met une heure pour arriver. Il ne peut pas y aller seul, donc il se souille, il fait sur lui. On a toutes versé des larmes, on n’en dormait plus la nuit », raconte l’une des aides-soignantes.

Certaines chambres à 2.700 euros par moi. L’établissement est pourtant réputé, moderne, à 2.700 euros par mois pour certaines chambres. Mais il manque d’effectifs pour s’occuper des 77 résidents. Les cadences sont devenues infernales, décrit Anne-Sophie : « Pour le coucher, on a 3 minutes 41. On a fait tout simplement une division avec le temps qui reste et le nombre de résidents à coucher par soignant. Le soir ils angoissent, on ne peut pas leur parler. » 

« Huit jours sans douche ». Ici pourtant, aucun mauvais traitement n’a jamais été signalé. « On accepte certaines choses, parce qu’on sait qu’elles font le maximum » explique ce résident. Il vient tous les jours, en déambulateur, apporter son soutien « parce que ce sont des personnels consciencieux », dit-il. « Mais on leur donne trop de travail. J’ai été huit jours sans douche », se rappelle-t-il.

« Conditions tout à fait correctes ». La directrice de l’établissement, Véronique Steff, répond elle que deux personnes de plus ont été recrutées le mois dernier, que les plannings ont été revus. « Beaucoup de chose qui ont été écrites pour moi ne sont pas vraies ni prouvées sur les aspects organisationnels et de prise en charge des résidents. Les conditions sont tout à fait correctes aujourd’hui donc la grève n’est plus justifiée », argumente-t-elle. Une prime a aussi été proposée aux grévistes pour la reprise du travail, pas assez élevée selon elles. Depuis trois semaines, le dialogue est totalement rompu.

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July 20, 2017 at 09:51AM