Démission fracassante du chef d’état-major des armées, difficultés budgétaires, volte-face fiscaux, premier vent de fronde dans la majorité, sondages en baisse: deux mois après son élection, le ciel s’assombrit pour Emmanuel Macron, qui affronte sa première grosse crise au sommet de l’Etat.

En démissionnant, Pierre de Villiers met en évidence la contradiction entre un chef de l’Etat qui, depuis son investiture, vante l’importance qu’il accorde à l’armée, et une coupe budgétaire où celle-ci est la plus grande perdante. De quoi alimenter le soupçon d’un président qui ne tient pas ses promesses, reproche incessant qui avait miné François Hollande et qu’Emmanuel Macron veut avant tout éviter, a confié un de ses proches à l’AFP.

Cette démission tombe d’autant plus mal qu’elle intervient au moment où le quinquennat entre dans le dur des réformes annoncées, qui commencent à susciter des remous jusqu’au sein de sa large majorité.

A commencer par les efforts d’économies demandées cette semaine aux collectivités locales, qui craignent que la suppression de la taxe d’habitation n’aboutisse à les priver de toute liberté d’action.

Des débats existent aussi dans la majorité sur le texte du projet de loi de moralisation, notamment sur le devenir de la réserve parlementaire ou des futures règles de fonctionnement des frais des parlementaires.

Les coupes budgétaires abruptement annoncées début juillet ont par ailleurs crispé plusieurs secteurs, en particulier l’enseignement supérieur, débordé par un afflux d’étudiants dont des dizaines de milliers sans affectation sur la plateforme d’admission post-bac APB, la justice, où les magistrats qui espéraient une bouffée d’oxygène sont extrêmement inquiets des réductions de crédits, ou encore l’Intérieur, qui devra réduire son budget de plus de 500 millions d’euros.

Autre dossier explosif, le sort de l’équipementier automobile GM&S, deuxième employeur privé du département fortement désindustrialisé de la Creuse. Signe de l’enjeu de ce dossier pour le gouvernement, Bruno Le Maire, ministre de l’Economie se rend mercredi à La Souterraine pour rencontrer salariés et syndicats.

En revanche, Emmanuel Macron a très vite réglé la semaine dernière une crise potentielle avec les milieux d’affaires qui le soutiennent, furieux d’un possible report des baisses de l’ISF et des charges des entreprises. Cinq jours après le discours d’Edouard Philippe qui semblait reporter ces baisses à 2019, au vu du déficit budgétaire à résorber, l’Elysée est intervenu pour que ces baisses commencent dès l’an prochain. Au risque de paraître favoriser les plus aisés, même si la taxe d’habitation elle aussi doit commencer à baisser.

Eviter la fronde

Les ordonnances sur la loi travail, elles, ont pour l’instant été votées sans remous à l’Assemblée jeudi.

Pour éviter tout risque de fronde, le président a effectué mardi soir une visite surprise auprès des députés de sa majorité. « Il n’y a pas de caporalisme ici, il n’y a pas d’ordre jupitérien, comme diraient certains », a assuré le chef de l’Etat.

Il en a pourtant profité pour les inciter à « l’exigence » et à garder comme « boussole » ce « qu’attendent les gens » et « ce qui est bon pour le pays ».

Une réponse aux rares élus LREM qui ont émis publiquement quelques critiques comme Jean-Jacques Bridey, président de la commission de la Défense de l’Assemblée qui a « regretté » la coupe de 850 millions dans le budget de la Défense.

Emmanuel Macron a jusqu’ici réussi à régler d’autres crises potentiellement graves. Ainsi l’affaire des assistants parlementaires du Parlement européen, mettant en cause le Modem, s’est terminée par la démission de François Bayrou, un allié encombrant. Emmanuel Macron a pu remanier son gouvernement avec des spécialistes et des proches.

Il doit aussi surveiller sa popularité, capitale pour ce dirigeant qui veut communiquer directement avec les Français sur les réseaux sociaux. Or même s’il reste très populaire avec 66% de bonnes opinions en juillet, Emmanuel Macron a perdu 3 points par rapport à juin et Édouard Philippe a cédé 7 points à 53%.

Cette crise a redonné du tonus à l’opposition. Les députés LR ont dénoncé « la dérive d’un pouvoir personnel ». Pour la présidente du FN Marine Le Pen, la démission de M. de Villiers « illustre les dérives très graves et les limites très inquiétantes de M. Macron ». « On n’est plus dans une démocratie », a accusé Eric Coquerel (LFI).

(Avec AFP)

Via: Challenges en temps réel : accueil — http://ift.tt/2uapjUG

July 20, 2017 at 12:05AM