C’est officiel. Citigroup, la quatrième banque américaine en termes d’actifs, a choisi (elle aussi) Francfort comme ville de repli après le Brexit. Le directeur de la filiale Europe Moyen-Orient Afrique (EMEA), Jim Cowles, en a informé tous les salariés de la zone ce jeudi dans un email que la Tribune a pu consulter, dans lequel il qualifie cette décision de « mesure prudente. » Dans le quartier financier de Canary Wharf à Londres, 6.000 personnes travaillent dans la monumentale tour Citi, sur les 22.000 salariés de la banque en Europe, disséminés dans 20 pays.

« Si, à l’issue des négociations du Brexit, le Royaume-Uni perd l’accès au marché unique de l’UE, certains ajustements à notre modèle d’affaires seront nécessaires » prévient-il.

« Actuellement, notre activité de courtage pour l’Union européenne est Citigroup Global Markets Ltd, qui se situe au Royaume-Uni. En prenant pour hypothèse la perte des droits de passeport pour l’UE après le Brexit, nous continuerons d’opérer sur le marché britannique mais il faudra une solution pour le marché européen. Par conséquent, nous avons prévu de convertir notre filiale allemande en société d’investissement. Francfort a notre préférence pour établir le siège de notre activité de courtage en s’appuyant sur les infrastructures existantes, et sur les personnes et l’expertise que nous avons déjà sur place ».

Jim Cowles ne précise aucun nombre de personnes potentiellement concernées. Il évoque la possibilité de devoir créer 150 nouveaux postes situés dans l’Union européenne après le Brexit pour pouvoir continuer à servir les clients du marché unique.

Paris boudée, Francfort plébiscitée

C’est une déception pour Paris, alors que l’organisation de promotion de la place financière, Paris Europlace, multiplie les appels du pied et que le Premier ministre, Edouard Philippe, lui-même a dévoilé une série de mesures censées attirer les acteurs de la finance dans la capitale. Seul HSBC a officiellement choisi Paris, parce qu’il y détient une banque de plein exercice, le CCF. En revanche, Francfort est plébiscitée par les grandes banques, américaines notamment. Morgan Stanley va ainsi transférer 200 emplois (c’est peu) dans la ville la plus riche d’Allemagne, où se trouve le siège de la Banque centrale européenne. Goldman Sachs va probablement y doubler ses effectifs (là aussi autour de 200 personnes).

Le Pdg de JP Morgan, Jamie Dimon, a confirmé récemment que l’entité juridique de sa filiale pour l’Europe serait probablement Francfort, où la banque possède « toutes les licences » nécessaires, tout en laissant la porte ouverte à l’implantation de collaborateurs dans d’autres villes européennes, « à Paris, aux Pays-Bas, à Madrid ou ailleurs. »  La banque suisse UBS a également cité Francfort comme la ville prioritaire. Les japonaises Nomura, Daiwa Securities et Sumitomo Mitsui Financial Group ont toutes trois dit envisager d’y établir des filiales, tout comme la britannique Standard Chartered. Et le géant Deutsche Bank rapatriera naturellement des équipes, potentiellement 4.000 salariés, vers son marché national.

L’autre perdant est aussi Dublin. A l’automne dernier, Citigroup avait démenti avoir l’intention de déplacer 900 personnes de Londres vers la capitale irlandaise, où elle emploie déjà 2.500 personnes. On disait sa proximité géographique et linguistique un atout imbattable, en plus de sa « bienveillance » fiscale pour les entreprises.

Dans son courriel, Jim Cowles affirme que la banque américaine va progressivement accroître ses implantations dans plusieurs métiers (banque privée, de financement et d’investissement, marchés de capitaux, gestion de trésorerie) dans plusieurs autres villes européennes clés, « y compris Amsterdam, Dublin, Luxembourg, Madrid et Paris » par ordre alphabétique pour ne fâcher personne. Et il réaffirme que « Londres restera notre QG de la zone EMEA et un hub mondial important pour Citi. »

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July 20, 2017 at 08:51PM

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