Par Jean-François Platon.

Comment le gouvernement du Président Emmanuel Macron va-t-il gérer le débat populaire autour de la science et de sa réglementation ? Suivre l’opinion publique est facile ; le gouvernement doit également savoir lui résister dans le débat scientifique s’il le faut.

Pour commencer, il devrait revoir l’attitude de la France face à l’huile de palme. La semaine dernière, le ministre de l’Environnement, Nicolas Hulot, a prononcé un discours, au cours duquel il s’engage à interdire certaines importations d’huile de palme. Cela est mal venu, et suggère que certains ministres souhaitent poursuivre les politiques du précédent gouvernement. Cela vaut la peine d’examiner en quoi ceci serait une mauvaise idée, d’un point de vue scientifique.

Le rapport qui accuse

L’obsession actuelle contre l’huile de palme en tant que denrée alimentaire, fait suite à la publication du rapport de l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) sur les huiles végétales, qui revendique que les huiles végétales, y compris l’huile de palme, étaient dangereuses.

Le rapport indique que toutes les huiles végétales créent des substances potentiellement dangereuses lorsqu’elles sont chauffées au cours du processus de raffinage.

Le raffinage des huiles brutes est utilisé pour en extraire les impuretés afin d’obtenir une odeur identique tout au long de la durée de vie de l’huile. L’EFSA indique que ces contaminants apparaissent en particulier dans l’étape de la désodorisation qui s’effectue à haute température. Cette étape permet d’éliminer des substances génératrices de mauvais goût et permet d’obtenir une plus longue conservation de l’huile utilisée.

Des substances dangereuses

Les substances dangereuses en question sont les substances suivantes : esters glycidyliques d’acides gras (GE), 3-monochloro-propanol-1,2-diol (3-MCPD) et 2-monochloro-propanol-1,2-diol (2-MCPD). L’EFSA a conclu que ces substances pouvaient être dangereuses et devraient donc être restreintes, se basant sur des études sur les animaux (tests effectués sur des rats).

Le rapport de l’EFSA est correct lorsqu’il indique que le processus de raffinage entraîne des contaminants. Cependant, ce n’est pas connaître tout l’histoire. L’huile de palme ne doit pas être montrée du doigt – ni aucune huile végétale d’ailleurs.

Ces résultats ne sont pas exclusifs à l’huile de palme, mais se produisent dans le raffinage de toutes les huiles végétales, y compris le colza et le tournesol. L’EFSA, dans ses conclusions, n’a recommandé aucune interdiction, ni restriction, ni réduction de la consommation d’huile de palme. L’EFSA n’a pas conclu que l’huile de palme était cancérigène.

La communauté scientifique s’en mêle

Ces derniers mois, l’EFSA a fait l’objet de discussions de la part de la Communauté Scientifique.

Les recherches menées par l’Organisation Mondiale de la Santé avec l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) ainsi que le service de recherche de la Commission Européenne (JRC) ont mis en évidence des erreurs dans l’approche de l’EFSA.

Le comité d’expert OMS/UNFAO a émis des avis sur ces trois contaminants identifiés par l’EFSA, à savoir que les résultats présentés par le comité OMS/UNFAO n’excèdent pas le nouveau seuil de sécurité. Le service de recherche de la Commission européenne (JRC) a même déclaré que la méthode utilisée pour calculer le rapport de l’EFSA « a un impact négatif sur la précision de la méthode ».

Un peu plus tôt dans l’année, lors de l’une de ses réunions d’experts, l’EFSA a reconnu les critiques et a admis qu’il « reverrait sa position scientifique » sur l’huile de palme, pour « aborder la divergence scientifique identifiée. » Il s’agit d’une acceptation interne de l’EFSA selon laquelle le rapport initial était erroné.

De nouvelles techniques améliorent la situation

En outre, depuis la publication du rapport, les industriels et les centres techniques ont développé de nouvelles technologies et ont découvert de nouveaux procédés permettant de limiter très sérieusement les valeurs trouvées ; à titre d’exemple Brian D.Craft, chercheur au centre de recherche Nestlé en Suisse, indique que le lavage du fruit du palmier avant l’extraction de l’huile réduit de 95% le taux.

De tels progrès techniques par l’industrie sont une considération importante à prendre en compte pour les régulateurs.

La situation scientifique est donc claire. Des manquements ont été identifiés dans le rapport de l’EFSA, et l’EFSA est en train de revoir son rapport. La situation politique est moins claire. Il est de notoriété publique que plusieurs ministres de Macron ne sont pas favorables à l’huile de palme.

Ne pas trouver de justification pour interdire

Il est possible que le rapport de l’EFSA puisse être utilisé comme excuse pour justifier des restrictions sur l’huile de palme. Ce serait une mauvaise idée. Vous ne pouvez pas réglementer efficacement alors que des études sont encore en cours : cela serait irresponsable et nuirait à toute revendication d’un gouvernement en faveur de la science.

Comment le Président Macron doit-il procéder ? C’est simple. Le gouvernement français devrait suspendre toute réglementation planifiée de l’huile de palme en tant qu’aliment et ingrédient alimentaire. Vous ne pouvez pas réglementer efficacement alors que des études sont encore en cours.

Il s’agit là d’un test pour le nouveau gouvernement. La France peut être le pôle scientifique mondial dont parle le Président – nous avons la connaissance, les infrastructures, les personnes, les institutions.

Peut-être que la dernière pièce manquante est la cohérence – afin de démontrer que la France s’est engagée à suivre la science – même si elle ne confirme pas nos préjugés.

Quelle meilleure opportunité que l’huile de palme : elle est étrangère, controversée et détestée par le public. Beaucoup de Français, y compris certains ministres, défendent son interdiction, restriction et autres taxes. La communauté scientifique est contre l’interdiction, contre les restrictions et contre les « Taxes Nutella ».

Si la science sur un sujet controversé comme l’huile de palme est la priorité du gouvernement avant les politiques internes, résister aux passions populaires permettrait au gouvernement de montrer son leadership.

Jean-François Platon est un ingénieur chimiste français avec plus de 40 ans d’expérience dans les secteurs de l’alimentation et de la cosmétique, spécialisé dans les graisses et les huiles végétales. 

Cet article Huile de palme : l’engagement-test de la France pour la science est paru initialement sur Contrepoints – Journal libéral d’actualités en ligne

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July 21, 2017 at 06:47AM