Atlantico : Dénoncée par l’opposition comme un « coup d’Etat » réduisant l’indépendance de la justice. Ce n’est pas la première fois que l’UE est en froid avec le gouvernement polonais. Aujourd’hui, Varsovie risque-t-elle d’être mise au ban de l’UE ?

Florent Parmentier : En Pologne comme dans tout pays en transition, la question de l’indépendance de la justice reste un problème fondamental pour tout Etat s’acheminant vers un système démocratique.

L’indépendance de la justice du pouvoir politique est l’une des conditions de l’avènement d’un Etat de droit dans les anciennes démocraties populaires. 

Comme j’avais pu le montrer dans mon ouvrage Les chemins de l’Etat de droit (Presses de Sciences Po, 2014), cette émergence de l’Etat de droit concerne tant des institutions que des hommes, une mécanique qu’un esprit ; or, si changer de Constitution peut prendre seulement quelques mois, changer d’état d’esprit peut réclamer plus de temps. En changeant les règles de fonctionnement de la Cour suprême, le pouvoir polonais ne joue plus selon les règles, mais avec les règles. Il contribue à créer un terrain de jeu inégal entre la majorité, qui estime avoir tous les droits de par l’onction du suffrage universel, et l’opposition qui dénonce depuis le retour du PiS au pouvoir les reculs de l’Etat de droit. Là où au cours des années 1990 les élites d’Europe Centrale voyaient une opinion publique considérer l’Europe comme un moyen de les contrôler, une partie des élites centre-européennes jouent aujourd’hui l’humeur de la population (et notamment des déclassés de la transition) contre les institutions de Bruxelles. Ce trait ne se limite pas aux pays centre-européens, mais ils font valoir cette ligne au niveau européen. 

 

L’arrivée du PiS au pouvoir en automne 2015 a suscité une certaine méfiance de la part des institutions européennes. Le Commissaire Frans Timmermans s’est exprimé clairement ces derniers mois à ce sujet, au point de devenir pour Gazeta Wyborcza l’homme de l’année 2017, qui voit en lui le « porte-parole de la démocratie » en Pologne. 

Varsovie risque-t-elle pour autant de se retrouver mise au ban de l’UE ? Rien n’est moins sûr, tant la Pologne reste un Etat important. Le pays pourrait toutefois se trouvé marginalisé par rapport à un duo franco-allemand en passe de retrouver une certaine efficacité. 

Cyrille Bret : Sur le plan idéologique, le parti conservateur PiS au pouvoir en Pologne, a choisi de placer le pays à la pointe de plusieurs débats et combats internes à l’Union européenne. En matière de protection des minorités (politiques, sexuelles, etc.), le PiS défend un modèle démocratique divergent de l’Etat de droit : le contrôle par les institutions judiciaires, les contre-pouvoirs attribués à l’opposition parlementaire, les garanties apportées aux médias sont affaiblies, au nom d’un culte tout rousseauiste de la majorité. En d’autres termes, les minorités ont tort du fait même qu’elles ne sont pas la majorité. Cela se traduit sur le plan institutionnel et géopolitique au sein de l’UE : la Pologne du PiS a repris le flambeau du souverainisme, de l’anti-fédéralisme et de l’euroscepticisme laissé par le Royaume-Uni après  le Brexit alors même que la Pologne sort de deux décennies d’europhilie aiguë matérialisée par le fait que le pays est le premier récipiendaire des fonds structurels européens.

 

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July 21, 2017 at 11:13AM

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