Macron roi Capture d'écran Twitter@SecretNewsInfo  photo d'origine  SOAZIG DE LA MOISSONNIERE  AFP

Macron roi Capture d’écran Twitter@SecretNewsInfo photo d’origine SOAZIG DE LA MOISSONNIERE AFP

Suite aux déclarations successives à connotation raciste du président de la République française, Emmanuel Macron, il est devenu indispensable de suivre les faits et discours d’un homme amené à prendre des décisions militaires sans aucun contre-pouvoir parlementaire tandis que la presse (généraliste ou libre) plutôt que d’informer l’opinion participe souvent à la forclusion des Affaires africaines de la France.

Cette aporie médiatique française sur la politique étrangère de la France en Afrique et ailleurs, est d’abord constitutive du régime de la Vème République imposé par le Général de Gaulle par un "coup d’Etat constitutionnel" en mai 1959 dans le contexte des "évènements d’Algérie". En effet, le Parlement n’ayant plus aucun contrôle sur l’exécutif depuis 1958, il n’y a pas de débat public à l’Assemblée nationale et donc la presse ne peut être au faite d’informations précieuses auxquelles les députés pourraient avoir accès dans une démocratie. Il en va de même pour les citoyens ou les journalistes d’investigation en l’absence d’un Freedom Information Act à la française. L’opacité est de règle et l’impunité consacrée et instituée au plus haut niveau de l’Etat comme le souhaitait le Général de Gaulle pour avoir les mains libres en Afrique avec l’armée française en Algérie, au Cameroun, au Nigeria… Qui plus est la plupart des grands médias français (y compris sur le net : c’est le cas de Mediapart) reçoivent des subventions de l’Etat français jetant un doute sur leur capacité d’indépendance eu égard à la chose militaire, à l’exécutif et aux Affaires étrangères. En France l’héritage de l’Ortf plane encore grandement sur les médias français.
Enfin le complexe capitaliste industriel et financier contrôle quasiment toutes les grandes publications de la presse. Laurent Mauduit, dans son livre "Main basse sur l’information", considère que 10 milliardaires contrôlent l’information en France.

Qu’est-ce que la forclusion ? Il s’agit d’un terme juridique considérant que celui qui n’a pas fait valoir ses droits en justice en temps opportun perd ses droits pour entreprendre une action légale pour les faire valoir.
Par extension, nous pourrions considérer, en terme d’anthropologie socio-culturelle, que ce qui n’est pas entré dans le champs de la conscience d’une population en temps opportun ne pourra plus y faire retour.

Exemple : lorsque sous le général de Gaulle, l’Etat français massacre les populations camerounaises réclamant l’indépendance dans les pays bassa et bamiléké (entre 1958 et 1971), rien ne filtrera de ces crimes dans l’opinion publique française. A l’époque, la presse n’en livrera quasiment aucune information. Plus de trente ans plus tard, lorsque le Premier ministre, François Fillon, sera interrogé sur les faits il déclarera : "c’est de la pure invention".

Face à la forclusion, la stratégie défensive la plus fréquente est celle du déni et de la négation. Comment reconnaître un fait si l’on n’a jamais pu être informé à ce sujet ? La réponse la plus évidente est "cela n’a jamais existé". Ainsi ils ont tendance à projeter leur folie sur ceux qui leur annonce des vérités auxquels ils n’ont jamais été en contact.
C’est le rôle d’un certain magistère intellectuel et médiatique de forclore une part du réel traumatique pour ne pas être confronté à une opinion publique critique et poursuivre les mêmes crimes dans l’indifférence générale d’un public désinformé. On parlera alors de forclusion active. François Fillon fut Premier ministre du chef de guerre Sarkozy lorsque celui-ci lança de terribles guerres néocoloniales et françafricaines en Côte d’Ivoire et en Libye émaillées de massacres à caractère génocidaire à Duékoué ou contre les populations noires de Libye. De son passage à Matignon, il ne gardera avec son compère Sarkozy quasiment qu’un discours de légitimation racialiste de l’action coloniale et néocoloniale française en déclarant entre autres lors de la campagne présidentielle :  "la colonisation est un partage de culture" tout en refusant toute repentance sur la Françafrique. A-t-il lui même été soumis à la forclusion (passive) ou bien participe-t-il d’un processus de forclusion active ou bien des deux à la fois.
 

Autre exemple de forclusion supposé, c’est l’attitude du nouveau président français lorsqu’il condamne à Oradour sur Glane, le 10 juin, les massacres des nazis et de leurs supplétifs tandis que le lendemain il reçoit à l’Elysée en grande pompe celui dont les troupes soutenues par l’armée française ont commis des massacres à caractère génocidaire à Duékoué qui n’ont rien à envier à Oradour-sur-Glane. De deux choses l’une où Macron n’a pas engrammé (à savoir n’a pas intégré dans sa mémoire) ou n’a pas été informé en temps et en heure de ces massacres ou il a une conception sélective des droits de l’homme au regard des intérêts financiers du Capital. C’est bien toute la question, car si on peut penser que le commun des mortels n’est pas informé sur ces sujets françafricains en temps et en heure et engramme en lieu et place un mépris et dédain salvateur déversé par un magistère médiatico-racialiste qui contribue à la construction d’un imaginaire et de représentations racialistes et racistes, il est difficile de le croire de la part d’hommes politiques qui occupent les plus hautes responsabilités, que cette réalité a été forclose de leur conscience. A l’époque Macron travaillait chez Rotschild et ces informations n’ont peut-être pas heurtées sa conscience. Elles furent pourtant, contrairement aux exactions françaises au Cameroun, en partie diffusées par la presse française.

De la mémoire, de l’histoire et de l’oubli ? Dans le processus de forclusion l’info ne passe pas par la case mémoire il n’y a pas d’amnésie mais une absence d’intégration d’une information, d’une histoire, d’une réalité… Il n’y a pas d’Histoire, il n’y a pas d’intégration par le sujet des données de l’expérience collective avec le risque de répétition ad vitam aeternam du trauma, une répétition sans fin. Qui n’a pas conscience, ne peut pas nommer, et répétera !
On pourra toujours dire que bon nombre d’infos de la vie de tous les jours ne sont jamais engrammées mais dans ce cadre précis, il s’agit d’informations essentielles qui surdéterminent la politique menée par un groupe sur des individus ainsi que leurs représentations sans que ceux-ci y aient accès. Une forme d’aliénation pourtant déterminante dans l’orientation des choix collectifs et politiques, reposant sur la désinformation de l’individu et sa déresponsabilisation là-bas comme ici.

Poursuivons avec le pourquoi un Macron’s Watch plutôt que faire de la psychologie de bazar. Du néocolonialisme là-bas au néolibéralisme ici.

C’est justement parce qu’il y a une vieille tradition coloniale française génocidaire en Afrique : du Cameroun (1956-1971) au Rwanda (1994) sans oublier la Côte d’Ivoire (2011) et la Libye (2011) qu’il convient d’être vigilant aux actions des chefs de guerre choisis par le peuple pour les diriger sans qu’il puisse avoir de contrôle républicain (via notamment le Parlement) sur ses actions. De Gaulle a remis au goût du jour, lors des "évènements d’Algérie" un système par certains aspects quasi monarchique. Reste à savoir qui influence le monarque ? Et cela d’autant plus que le nouveau chef de guerre, Macron, a sanctuarisé encore plus son pouvoir exécutif. Sous le régime de la Vème, il s’est créé une task force sans aucun contrôle parlementaire et gouvernemental se nommant en quelque sorte chef des services secrets. Une dérive dictatoriale sui generis à la constitution de la Vème République, son destin ipséique si l’on ose dire en quelque sorte.

 

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Le Macron’s Watch devient donc une évidence pour toute personne attachée à l’universalité des droits de l’homme d’autant que l’homme ne cache pas un certain racisme envers les Africains de par ses propos au plus haut niveau du sommet mondial du G20 ou devant les militaires français. Les premiers propos au G20 ont été étrangement peu repris dans le P.A.F contrairement au second. Pourtant ils sont particulièrement grave quand on connaît le passif français en Afrique,

Mais cela ne concerne pas uniquement les Africains, le nouveau président semble avoir des représentations dichotomiques de la société française entre "ceux qui ne sont rien" et "ceux qui réussissent". Il semble bien évident que dans les représentations polarisées et sans nuance du nouveau chef de guerre, la majorité des Africains rejoignent la première catégorie.

Daniel Haiphong, journaliste activiste, en fait une remarquable synthèse dans un article intitulé "Emmanuel Macron incarne l’alliance entre le néolibéralisme et la suprématie blanche" publié dans American Herald Tribune. Selon lui, l’ancien banquier d’affaires devenu ministre de l’économie puis président de la République française incarne l’alliance entre le néolibéralisme et la suprématie blanche :

"Les politiciens néolibéraux sont recrutés pour délivrer des idées suprémacistes au service des profits du Capital. Leur mission n’est pas de détruire la suprématie blanche, mais de l’élever. En fait, c’est le consensus néolibéral et néo-conservateur dans les pays impérialistes qui est l’élément moteur des idées de droite…Les commentaires d’Emmanuel Macron doivent ainsi être replacés dans le contexte du mariage entre la suprématie blanche et la politique néolibérale. Son administration impose la guerre, le déplacement et la pauvreté que l’impérialisme français a provoqué dans le monde entier. En même temps, Macron a des plans pour réduire le niveau de vie en France en amendant le droit du travail pour le rendre plus favorable au patronat."

Il est donc évident que le Macron’s Watch ne devra pas se contenter d’analyser la politique étrangère menée par le nouveau chef de guerre en Afrique mais qu’elle devra faire aussi le lien avec ses pratiques néolibérales en interne. Toutefois ce dernier secteur beaucoup plus couvert par les médias français sera moins accentué car il ne subit pas le processus de la forclusion active de la part du magistère médiatico-politique. L’idée étant quand même de faire des ponts entre impérialisme et néolibéralisme à la française sous l’ère qui s’ouvre avec Macron.
 

Enfin ajoutons que l’homme Macron est connu pour ses difficultés à gérer les règles de bienséance, une certaine impulsivité et une tendance à la transgression autant d’éléments qui nous poussent à mettre en place un Macron’s Watch devant le risque de perpétuation des politiques criminogènes de ses prédécesseurs !

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July 22, 2017 at 05:58PM

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