INTERNATIONAL – La violence a franchi un nouveau cap vendredi 21 juillet à Jérusalem et en Cisjordanie. Une semaine de heurts entre police israélienne et manifestants palestiniens s’est achevée par une soirée meurtrière et un terrible bilan: 3 morts côté palestinien, 3 autres côté israélien, et plus de 500 blessés. La tension ne redescend pas depuis l’attaque qui a coûté la vie à deux policiers israéliens le 14 juillet.

Israël avait alors décidé d’installer des détecteurs de métaux aux entrées de l’esplanade des Mosquées, le troisième lieu saint de l’islam mais aussi le plus sacré du judaïsme. La mesure, justifiée par Israël par le fait que les armes des assaillants avaient été cachées sur ce site ultra-sensible, a provoqué la colère des Palestiniens. Après avoir débuté à Jérusalem-Est, les heurts se sont propagés à la Cisjordanie occupée où, selon l’armée israélienne, plusieurs milliers de Palestiniens s’étaient rassemblés vendredi.

Ce nouvel accès de fièvre fait craindre une reprise de la vague de violences (appelée « intifada des couteaux » par certains médias) qui secoue Israël et les Territoires palestiniens depuis octobre 2015 et qui a coûté la vie à 675 personnes dont 287 Palestiniens et 47 Israéliens, selon un décompte de l’AFP. Cité par le Times of Israel, le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, estime que « cet incident a le potentiel pour déclencher de nouvelles violences ».

Il ravive également le douloureux souvenir des deux intifadas (« soulèvements » en arabe) de 1987 et 2000, ces révoltes de Palestiniens contre la présence de l’armée israélienne dans les territoires palestiniens.

L’esplanade des Mosquées, point de départ de la seconde intifada

Car, si les manifestations de ces derniers jours ont germé sur l’esplanade des Mosquées, c’est justement là qu’a eu lieu l’élément déclencheur de la précédente intifada, déclenchée le 28 septembre 2000, avec la visite d’Ariel Sharon, alors chef de l’opposition israélienne. Une visite vécue comme une provocation par les Palestiniens.

Véritable poudrière où le moindre incident peut dégénérer, l’esplanade est au cœur du conflit israélo-palestinien: elle est située dans le secteur oriental de Jérusalem, palestinien, occupé et annexé par Israël depuis 1967, et dont les Palestiniens veulent faire la capitale de l’État auquel ils aspirent. Si elle abrite la mosquée Al-Aqsa (la Lointaine), c’est Israël qui en contrôle les accès, mais sa gestion revient à la Jordanie.

Au lendemain de la visite d’Ariel Sharon en 2000, des heurts sanglants avaient opposé Palestiniens et policiers israéliens qui avaient tué sept manifestants par balles, marquant le début de la révolte (sa date de fin est communément arrêtée à 2005). Cette intifada avait été appelée « intifada Al-Aqsa », du nom de la mosquée.

Ce vendredi, l’attaquant palestinien qui a tué, à leur domicile, les trois victimes israéliennes de la nuit meurtrière avait publié peu de temps avant son acte un message sur sa page Facebook, où il écrivait notamment: « Tout ce que j’ai c’est un couteau acéré et je répondrai à l’appel de (la mosquée) Al-Aqsa ».

La « pire agression depuis 1967 »

Avec l’installation des portiques de sécurité, les manifestants palestiniens craignent qu’Israël ne tente de prendre le contrôle exclusif de l’esplanade. Les règles tacites du statu quo hérité du conflit de 1967 autorisent les musulmans à monter à toute heure du jour et de la nuit sur l’esplanade, et les juifs à y pénétrer à certaines heures mais sans y prier.

« Si on les laisse faire, ils (les Israéliens, ndlr) prendront complètement le contrôle de la mosquée, craint Fakhri Abou Diab, un musulman de 55 ans interrogé par ABC News. Si on leur résiste, ils arrêteront. » Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu assure de son côté ne pas avoir l’intention de modifier ces règles.

« C’est le caractère coercitif (de la mesure) plus que la mesure de sécurité en elle-même qui l’a rendue inacceptable pour les Palestiniens », estime Ofer Zalzberg, analyste pour le think tank International Crisis Group. « Pour les Palestiniens cela a une valeur symbolique très forte, car cela grignote la souveraineté qu’ils veulent conserver selon l’accord qui remonte à 1967 », abonde Jean-Paul Chagnollaud, directeur de l’Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient (IREMMO), interrogé par Franceinfo.

L’historien Vincent Lemire, interrogé par L’Express, parle lui d’un « moment historique », d’un « seuil franchi » avec les récents événements. « C’est la première fois que les autorités israéliennes renforcent à ce point les contrôles », remarque-t-il. Le directeur du conseil du Waqf, l’organisme chargé de la gestion des biens musulmans, Abdel Azim Salhab, estime que la fermeture de l’esplanade a constitué la « pire agression depuis 1967 » contre ce site, en allusion au début de l’occupation israélienne.

Une révolte religieuse « pas programmée politiquement »

Pour les analystes, l’élément religieux des dernières violences pourrait leur donner un nouveau souffle. « On est vraiment dans le cœur incandescent du conflit puisqu’on touche à tous ces symboles où le religieux et le politique s’entremêlent », observe Jean-Paul Chagnollaud.

D’après Vincent Lemire, des comptes Facebook de jeunes Palestiniens « appellent à une ‘intifada Al-Aqsa’ ou ‘Al-Quds’ (Jérusalem en arabe, ndlr) ». C’est ce qu’a fait l’imam américain Omar Suleiman. Le Hamas a également appelé à une « troisième intifada », indique La Croix.

Mais, comme le précise Vincent Lemire, auteur de Jérusalem, Histoire d’une ville-monde (Flammarion), « ce n’est pas quelque chose de programmé politiquement ». Si les Palestiniens sont mobilisés et si la gronde a connu une rapide montée en puissance, le mouvement n’est pas suivi d’une intervention politique qui en consoliderait les bases ou accentuerait les fractures entre les deux parties.

« Je ne pense pas qu’il puisse y avoir une intifada de l’ampleur de celle qui a eu lieu en 2000. Il y avait une vraie structuration politique palestinienne qui était entrée dans ce conflit que ce soit le Hamas ou le Fatah à l’époque », juge ainsi Jean-Paul Chagnollaud. Pour l’heure, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a annoncé « un gel des contacts » avec Israël, en réaction à l’interdiction d’accès à la vieille ville de Jérusalem aux hommes de moins de 50 ans.

Mais le spécialiste met en garde: « Cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas y avoir de graves violences plus ou moins spontanées et surtout incontrôlables. Tant que cette occupation n’aura pas été réglée par un processus de paix, on aura régulièrement ce type de tensions très graves. »

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July 22, 2017 at 08:07PM