Dans une interview au Journal du dimanche, le ministre de l’Education prône « la liberté et l’autonomie » à l’école et détaille une batterie de mesures : mise en place des classes de CP à 12 élèves, rétablissement des classes bilangues, dispositifs « devoirs faits » à l’école, ou création « d’internats liberté » dans les zones rurales.

Chevaucheur de mammouth est un métier pour téméraire. Jean-Michel Blanquer, à la tête du gigantesque ministère de l’Education nationale – le fameux « mammouth » que Claude Allègre voulait « dégraisser » en 1997 – et ses 860 000 professeurs, l’a bien compris, lui qui multiplie les prises d’initiatives depuis son entrée en fonction rue de Grenelle. L’ancien recteur de l’Académie de Créteil a accordé un long entretien au Journal du dimanchedans lequel il livre sa vision de l’école, et s’inscrit en rupture avec le gouvernement précédent. Il est vrai que Jean-Michel Blanquer a vite hérité d’un surnom, « Ctrl-Z », faisant référence à sa volonté d’effacer ce qu’ont fait ces prédécesseurs socialistes, Vincent Peillon et Najat Vallaud-Belkacem.

Le ministre a ainsi donné son aval au retour de la semaine des quatre jours à l’école primaire pour ceux qui le souhaitent – ce qui devrait concerner 37% des écoles à la rentrée. Il s’en explique en invoquant une nécessaire « souplesse pour tenir compte des situations locales« , notamment dans les campagnes françaises. De même, la réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem est largement détricotée, avec le rétablissement des classes bilangues, des parcours européens et des cours de latin et de grec, un « enjeu de civilisation » pour Jean-Michel Blanquer.

Rupture avec le précédent quinquennat

Ces retours en arrière, le nouveau locataire de l’hôtel Rochechouart les explique par sa vision de l’école. Prônant le pragmatisme (« préserver ce qui est bon et améliorer ce qui ne fonctionne pas« ), Jean-Michel Blanquer prône une « école de la confiance » et une « liberté bien conçue qui favorise l’égalité« . L’ancien président de l’Essec se dresse surtout contre « ‘l’égalitarisme« , qu’il estime être « le vrai ennemi du service public« . Dans son désir d’autonomie, le ministre, qui se dit « profondément habité par la valeur et la force de l’école publique« , assume de « s’inspirer du privé, mais aussi des modèles étrangers et surtout des études scientifiques« .

Le ministre marque ici une rupture avec les approches « pédagogistes » (ou « constructivistes », pour leurs défenseurs) souvent privilégiées rue de Grenelle. D’après lui, la réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem en 2015 s’inscrivait ainsi dans une ligne « égalitariste » : en supprimant les classes bilangues et européennes, ainsi qu’en restreignant l’accès au latin et au grec, l’objectif du gouvernement de l’époque était de réduire les inégalités scolaires et sociales en évitant que les élèves les plus favorisés ne se regroupent dans des classes spécifiques. Pour les tenants d’une approche plus « républicaine » ou « conservatrice » (selon le camp dans lequel on se trouve…), ce type de mesures n’aboutit qu’à une baisse du niveau général ; en somme, on chercherait à mettre tout le monde à un faible niveau afin de masquer une incapacité à faire progresser les élèves défavorisés. Eux défendent une vision de l’éducation plus traditionnelle en France, basée sur la transmission des connaissances et la promotion de l’excellence. Le discours de Jean-Michel Blanquer s’inscrit dans cette veine.

Le tirage au sort à l’université est la négation de toutes les valeurs que nous prônons

Jean-Michel BlanquerMinistre de l’Education nationale

Jean-Michel Blanquer détaille la batterie de mesures censées s’appliquer dès la rentrée. Ainsi, les classes de CP seront divisées par deux dans les zones d’éducation prioritaire renforcée, ce qui concernera « 2 500 classes dès septembre« . Autre réforme phare, le dispositif « Devoirs faits » sera « opérationnel à la Toussaint« . Les collégiens qui le souhaitent pourront effectuer leurs devoirs à l’école en étant encadrés, dans un but d’égalité sociale. Après la polémique sur les 85 000 bacheliers privés de place à l’université à la rentrée, Jean-Michel Blanquer a également annoncé une réforme profonde du système : « Le tirage au sort est la négation de toutes les valeurs que nous prônons : le mérite et la réussite des élèves grâce à une bonne orientation« , a déploré le haut fonctionnaire, qui promet une « politique d’orientation profondément revisitée dès le début du lycée » et une réforme du baccalauréat.

Lancement des « internats liberté »

Autre annonce d’envergure : pour développer l’école dans les zones rurales, Jean-Michel Blanquer annonce la création de nouveaux établissements à la rentrée 2018 : les « internats liberté« , censés « allier rigueur (usage raisonné des écrans, temps de sommeil respectés…) et bonheur (épanouissement personnel et activités culturelles et sportives)« . Le ministre compte lancer des concertations cet automne pour profiter des « 36 000 places disponibles dans les internats existants« . Enfin, la réduction des grandes vacances est une piste privilégiée à celle du rythme hebdomadaire, pour mieux adapter le temps scolaire à celui de l’enfant.

Le médiatique ministre de l’Education affiche dans cette interview sa volonté réformatrice, en continuité avec son parcours de recteur. En dénonçant « l’égalitarisme » comme principal fléau, le ministre devra tout de même avoir à résoudre un problème de taille : d’après les études internationales, qu’il cite pourtant à foison, l’école française est une des plus inégalitaires au monde.

 

Source : Pour le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, « l’égalitarisme » est « le vrai ennemi du service public »