Le porte-parole du gouvernement dit ses vérités : polémique sur l’APL, moralisation de la politique, baisse de popularité de Macron et… réapparition de Hollande.

Christophe Castaner,secrétaire d’Etat aux relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement, a reçu « le Parisien » hier, dans son ministère à deux pas de la « tour de contrôle » Matignon.

AIDES AU LOGEMENT

La baisse de 5 € de l’APL (aide personnalisée au logement) a suscité une levée de boucliers. Ferez-vous marche arrière ?

Christophe Castaner. Nous devons trouver 4,5 Mds€ d’économie pour ramener le déficit 2017 à 3 %. Nous nous sommes engagés envers les Français à ne pas augmenter les impôts. C’est un engagement fort qui implique de faire participer tous les ministères, même ceux qui sont prioritaires, à cet exercice de vérité budgétaire. Pour l’APL, ce qui est étonnant dans la polémique, c’est que le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, l’avait annoncé le 12 juillet à l’Assemblée et qu’il y avait déjà eu des arbitrages pour baisser l’APL sous le gouvernement précédent.

 

Dans nos colonnes, Christian Eckert, l’ancien ministre du Budget, a affirmé n’avoir jamais envisagé une baisse de l’APL. Qui croire ?

Dans la loi de finances initiale pour 2017, le précédent gouvernement avait décidé de baisser l’APL à hauteur de 150 M€ Au dernier moment, il a jugé la mesure impopulaire et ne l’a pas mise en œuvre… sauf qu’elle figure dans le budget 2017. Il y a une malhonnêteté à inscrire noir sur blanc une mesure dans la loi de finances sans prévoir comment on la finance.

 

Que répondez-vous à tous ceux qui dénoncent une mesure socialement injuste ?

Qu’il y a urgence. La décision de baisser de 5 € l’APL à l’ensemble des bénéficiaires représente une économie de 150 M€ sur les 18,4 Mds€ par an que coûte l’APL. J’assume le fait que ça peut paraître brutal, mais si on ne fait rien, on ne pourra pas payer l’APL à la fin de l’année. Voilà pourquoi nous engagerons dès l’automne une réforme de la politique du logement.

 

N’avez-vous pas sous-estimé le coût politique de cette mesure ?

La meilleure façon d’être populaire, c’est de ne rien faire ! Mais l’immobilisme, au bout d’un moment, vous le payez aussi. Je ne veux pas citer de chef d’Etat qui avait du mal à trancher… Nous avons décidé de faire des économies budgétaires plutôt que d’augmenter les impôts. Et, à chaque fois que vous faites des économies, vous faites des mécontents. Nous assumons ces choix car nous sommes résolus à appliquer le programme du candidat Macron qui a prévu 60 Mds€ de baisse des dépenses publiques.

 

POPULARITÉ EN BAISSE

 

François Hollande est sorti de son silence la semaine dernière : est-ce qu’aujourd’hui, comme le dit l’ancien président, ça va mieux ?

Oui. Notre situation économique est moins difficile aujourd’hui qu’elle a pu l’être ces dix dernières années, après la crise de 2008. Ça ne relève pas que de François Hollande mais, objectivement, c’est vrai. Reste que, sous le précédent quinquennat, on n’a jamais osé faire les réformes nécessaires pour faire bouger les lignes. Tout l’enjeu aujourd’hui, c’est d’assumer des réformes de structure qui peuvent être douloureuses : médiatiquement et sondagièrement douloureuses.

 

Que François Hollande mette en avant son bilan, ça vous agace ?

Ce n’est pas à moi de juger de l’œuvre de François Hollande.

 

Mais vous avez été dans sa majorité ?

Oui. Et il y a des points que je défends et d’autres pas. On a globalement toujours été dans l’immobilisme parce qu’il n’avait pas de majorité à l’Assemblée et qu’il n’avait pas été élu sur un programme de réformes. Par exemple, la différence entre Hollande et Macron, c’est que François Hollande n’avait pas été élu sur le projet politique de la réforme du travail. Emmanuel Macron, si. Les Français attendent qu’il aille au bout de ses réformes. En revanche, ils attendent de voir si ça va être efficace ou pas. Et ça ne sera pas efficace dès le mois d’octobre. Il faut un peu de temps.

 

Est-ce qu’il ne serait pas temps qu’il fasse « œuvre de pédagogie » et s’exprime ?

La question, c’est : doit-il redescendre dans l’arène médiatique ou pas ? Je sais votre impatience…

 

Mais vous, vous souhaitez qu’il s’exprime ?

Le président de la République a une vraie responsabilité pour donner du sens aux choses mais, aujourd’hui, il veut éviter d’être le commentateur des commentateurs. Le problème, c’est le sevrage. On est passé d’un président hyper communicant qui décrochait son téléphone très souvent pour parler aux journalistes à un président qui veut éviter d’être dans l’hypercommunication et le commentaire à chaud de l’actualité.

 

QUEL AVENIR POUR EN MARCHE ?

 

On dit des députés la République en marche (LREM) que ce sont, pour beaucoup, des députés godillots…

On n’est pas dans la caporalisation quand des néodéputés arrivent et accèdent à des postes à responsabilité à l’Assemblée.

 

Comment éviter que LREM devienne un parti classique ?

C’est dur. Pendant une campagne, vous êtes fusionnels. Et du jour au lendemain, vous devenez des députés super bosseurs qui passent donc beaucoup de temps à l’Assemblée nationale. Du coup, ils sont coupés de leur base et ils en souffrent. Ce passage est un vrai enjeu.

 

Qu’est-ce qui peut faire vivre LREM si ce n’est pas Emmanuel Macron ?

C’est le dépassement politique qu’a porté Emmanuel Macron mais c’est aussi le renouvellement politique suscité par les législatives. Macron, c’est le ciment.

 

Des Marcheurs contestent en justice les statuts du parti. Que traduit cette grogne ?

Rien. Sur 370 000 personnes, trente ont fait un recours. Ce sont trente adhérents qui ne sont pas représentatifs du mouvement, qui pour certains d’entre eux n’ont pas eu l’investiture pour être candidat aux législatives. Est-ce que cela doit être pris comme le révélateur d’un problème à LREM ? Non.

 

Dans le cadre de la moralisation, la réserve parlementaire va être supprimée. Et la garde des Sceaux a accepté un amendement pour la suppression de la réserve ministérielle. Dans quel but ?

Je suis pour la transparence totale de tout ce qui relève du personnel politique, dont les ministres. Je suis, comme le font les Anglo-Saxons, favorable à la publication de toutes les dépenses des ministres. Comme député, je l’avais fait. J’avais publié l’utilisation de mon IRFM (NDLR : indemnité de représentation et de frais de mandat) sur mon blog ainsi que ma déclaration de patrimoine.

 

Vous défendiez l’exigence d’un casier judiciaire vierge pour un candidat à toute élection. Mais cela vient d’être abandonné…

Emmanuel Macron en avait lancé l’idée lorsqu’il était candidat à la présidentielle lors d’un meeting à Strasbourg en octobre 2016. Tout le monde pensait alors qu’on visait Alain Juppé, mais ce n’était pas le cas. Il est question aujourd’hui d’établir une liste des délits qui empêcheraient une personne d’être candidate. Le gouvernement est ouvert. Mais l’exercice est compliqué car, par exemple, le harcèlement, qui est un vrai problème, entrerait dans le texte mais pas le détournement de fonds. C’est étrange et c’est la limite de l’énumération.

Source : Castaner sur la baisse de l’APL : «J’assume cette mesure qui peut paraître brutale» – Le Parisien

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