La grogne a commencé fin mai dans le Finistère : quelques dizaines d’adhérents de la République en marche contestaient l’investiture de Richard Ferrand. Formé sur les réseaux sociaux, le Collectif des marcheurs en colère a, par la suite, conquis les macronistes déçus de toute la France ; il compterait, à ce jour, près de 7.000 membres selon sa porte-parole Tiphaine Beaulieu, qui déplore le manque de démocratie interne au sein du mouvement.

Si la majorité d’entre eux restent acquis au Président et refusent de parler de fronde, d’autres ne cachent pas leur exaspération. Le règlement intérieur particulièrement strict du groupe LREM à l’Assemblée nationale a fait réagir ces marcheurs déçus qui y voient de l’autoritarisme. « Les premiers témoignages de députés sur le fonctionnement du groupe ne nous rassurent pas vraiment », déclarait un des animateurs du collectif.

Autre point de discorde : les nouveaux statuts de LREM qui sont soumis au vote électronique des adhérents jusqu’au 31 juillet. Il s’agit de régir le fonctionnement interne du parti. Pour ces frondeurs, il y a un vice de forme : ce vote électronique serait en violation des délais prévus par les textes fondamentaux du parti. Lors de la convention nationale du 8 juillet, de nombreux participants s’étaient étonnés de n’avoir pu accéder à un exemplaire intégral desdits statuts.

Un recours en référé a donc été déposé au tribunal de grande instance de Créteil par une trentaine de militants afin d’obtenir le report du vote en décembre. « Ces statuts sont soumis au vote au cœur de l’été, sans consultation approfondie », écrivent les requérants dans leur communiqué. « On s’est retrouvé avec des statuts, en quelque sorte, imposés par le QG et rédigés dans la précipitation », déplore un des animateurs, qui assure que leur démarche n’est pas agressive. « Nous avons alertés les instances du parti, mais sans jamais obtenir de réponse », déplore-t-il. Ce silence les aurait décidés à porter l’affaire devant la justice.

Les frondeurs dénoncent enfin « un manque de démocratie interne » et la faible part accordée au terrain, « la majorité des cadres étant nommés ou membres de droit », clame Tiphaine Beaulieu, porte-parole du Collectif des marcheurs en colère. « Les adhérents sont cantonnés au rang de supporters. »

Au QG du parti, on se veut rassurant : « Il y a 375.000 adhérents aujourd’hui au sein de La République en marche. C’est un chiffre qui parle de lui-même », affirme Aurore Bergé, porte-parole du groupe LREM à l’Assemblée. Un chiffre « aberrant » pour la frondeuse Tiphaine Beaulieu. « Le mouvement En Marche ! aime les chiffres, surtout les gros chiffres », dit-elle avec un certain sarcasme. « Moi-même, je suis comptée cinq fois dans cinq comités différents […] À moi seule, je représente cinq adhésions ! »

Manque de démocratie, centralisme, copinages, faux chiffres, voilà que le jeune mouvement macroniste qui avait tout misé sur le renouvellement des visages et des partis politiques se retrouve accusé des mêmes travers que les « vieux partis ». Ces vœux pieux de « renouveau » et de « transparence » n’auraient donc été qu’un miroir aux alouettes ?

Source : Du rififi chez les macronistes

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