Le Conseil d’État a rejeté lundi les appels du ministre de l’Intérieur et de la mairie de la ville contre une ordonnance leur enjoignant à mettre en place des mesures en matière d’aide aux migrants.

L’État se voit rattrapé pour sa «carence» en matière d’aide aux migrants à Calais. Le Conseil d’État a rejeté lundi les appels du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, et de la mairie de Calais contre une ordonnance leur enjoignant à mettre en place des mesures en la matière. Aux yeux du Conseil d’État, les conditions de vie des migrants «révèlent une carence des autorités publiques, qui est de nature à exposer les personnes concernées à des traitements inhumains ou dégradants et qui porte donc une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale».

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Après la décision du Conseil d’État, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, a annoncé l’ouverture de deux centres destinés à accueillir et examiner la situation des migrants présents actuellement à Calais. Ils seront situés à Troisvaux dans le Pas-de-Calais, et à Bailleul dans le Nord. «Nous ne voulons pas recommencer les mauvaises expériences du passé et nous ouvrirons deux centres assurant l’hébergement et l’examen des situations de ces personnes», a déclaré le ministre. Pour amener les migrants sur les deux sites, la préfecture va informer ces populations et organiser des maraudes.

La mairie de Calais «ne donnera pas suite»

Gérard Collomb a également commandé un rapport sur les accusations de l’organisation Human Rights Watch (HRW), qui affirme que la police utilise régulièrement du gaz poivre contre les migrants à Calais. «Je rappelle que dans les forces de sécurité, il n’existe pas d’usage du gaz poivre», a-t-il déclaré, tout en reconnaissant qu’«il peut y avoir quelques dérapages individuellement». La maire de Calais, Natacha Bouchart, a affirmé de son côté qu’elle ne «donnera pas suite aux injonctions» du Conseil d’État. «La décision de justice du Conseil d’État est une injustice pour les Calaisiens, car elle les met de nouveau sous la menace de la recréation d’une énième jungle», a déclaré l’édile dans un communiqué.

La décision du Conseil d’État découle d’un appel formulé par le ministre de l’Intérieur et la ville de Calais d’une décision prononcée le 27 juin par le tribunal administratif de Lille. Saisi en référé par onze associations et une cinquantaine de migrants, le juge avait refusé l’ouverture d’un centre d’accueil mais exigé la création de «plusieurs dispositifs d’accès à l’eau permettant aux migrants de boire, de se laver et de laver leurs vêtements, ainsi que des latrines, et d’organiser un dispositif adapté d’accès à des douches», a rappelé le Conseil d’État. Le tribunal de Lille avait donné dix jours à l’État et à la ville pour mettre en place des solutions.

Le tribunal administratif avait donné raison au ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, qui lors d’une visite à Calais, le 23 juin, avait indiqué ne pas souhaiter l’ouverture d’un centre d’accueil pour les migrants, craignant un «appel d’air» dans la région. «Il n’y aura pas de centre ouvert ici» car «à chaque fois qu’on a construit un centre, il y a eu appel d’air», avait-il martelé. Le ministre redoutait l’installation de campements sauvages. «Nous ne voulons pas qu’il y ait de point de fixation», avait-il insisté.

Le nombre de migrants à Calais a beaucoup augmenté ces dernières semaines. Ils sont actuellement entre 400 et 700, selon une estimation citée vendredi par le rapporteur public au Conseil d’État. Selon Gérard Collomb, ce nombre oscillerait plutôt entre 350 et 400. D’après une étude menée par l’association l’Auberge des migrants et Help Refugees le 20 juillet, 600 exilés vivent actuellement à Calais, «dans des conditions de précarité extrême». Une centaine de mineurs seraient également présents. Le président Emmanuel Macron avait assuré jeudi dernier qu’il n’y aurait plus de campement de rue en France «d’ici à la fin de l’année».

Source : Migrants de Calais : Collomb annonce la création de deux centres