La décision du Kremlin selon laquelle l’ambassade des États-Unis doit réduire son personnel est un nouveau tournant dans le scandale de collusion avec la Russie

Par MK Bhadrakumar

L’électro-convulsivothérapie, communément appelée traitement de choc, fait partie d’un traitement psychiatrique par lequel des convulsions sont électriquement induites comme intervention ultime chez les patients présentant un trouble dépressif majeur ou maniaques. Statistiquement, un cycle d’ECT s’est révélé efficace chez 50% des patients souffrant de troubles mentaux majeurs résistants au traitement.

Dans les relations interétatiques aussi, l’ECT est utile dans la boîte à outils de la diplomatie. Le Kremlin vient tout simplement d’administrer un traitement de choc à l’establishment américain en exigeant que les États-Unis réduisent de 755 leurs agents diplomatiques, le plus grand acte jamais accompli dans l’histoire des relations internationales.

L’ECT n’est habituellement administré qu’avec le consentement éclairé du patient, mais Moscou a dû le faire unilatéralement – même si cela a été fait après plusieurs avertissements clairs et avec de bonnes intentions.

Bien sûr, les circonstances sont exceptionnelles – d’autres traitements avaient échoué et il y a eu urgence avec la possibilité du suicide du patient. Le projet de loi adopté par le Congrès sur les sanctions contre la Russie a déjà été envoyé au bureau ovale pour la signature du président Trump.

L’expulsion de la Russie peut paralyser le fonctionnement de l’ambassade des États-Unis à Moscou et ses consulats à Saint-Pétersbourg, à Ekaterinbourg et à Vladivostok. Mais il est peu probable que ce soit l’intention du président Vladimir Poutine.

Poutine n’avait pas le choix et il l’a admis ouvertement. La législation du Congrès des États-Unis rangeant la Russie dans le camp de «l’Axe du Mal» est le signe que la classe politique américaine est atteinte d’une maladie grave d’hébétude et d’hallucination et qu’une réponse rapide et définitive était devenue nécessaire.

Mais dans le processus, Poutine a peut-être également désorienté Robert Mueller dont l’enquête sur la connexion du président Donald Trump avec la Russie apparait maintenant redondante. Après tout, si Trump est un larbin russe, Poutine aurait dû être discret.

Logiquement, Trump devrait maintenant se retourner et demander aux vénérables législateurs sur la Colline des conseils pratiques. Devrait-il se conformer à la réduction de 755 employés de l’ambassade, dont la majorité sont russes, ou devrait-il négocier un modus vivendi avec le Kremlin?

En effet, certains signes commencent à poindre montrant que le ver est dans le fruit su côté du  Beltway à Washington.

Le Washington Post a publié il y a trois jours un rapport alléchant au sujet de tout le «battage médiatique qui a tenu tout le monde en haleine» sur l’histoire de collusion russe, et malgré «les rabâchages en direct et les espoirs non voilés d’un Watergate», l’audition au Congrès du gendre du président, Jared Kushner, a «eu pour effet que les démocrates et plusieurs médias (américains) se rendent compte que la collusion qu’ils comptent n’existait tout simplement pas.

L’article explique:

Le compte rendu clair, précis et convaincant de Kushner sur ce qui s’est réellement passé pendant la campagne et après l’élection a eu pour effet que plusieurs des ennemis les plus acharnés du président Trump ont essayé de sortir en douce de la pièce et passer inaperçus. Le temps d’antenne sur les télévisions par câble et le nombre de mots imprimés consacrés à l’histoire de la collusion inexistante semblent diminuer. Les démocrates et leurs alliés dans les médias semblent moins disposés à en parler … Ils bégaient. Et il n’a pas fallu longtemps aux producteurs et éditeurs des médias pour se rendre compte que l’histoire est en train de s’évaporer. En fin de compte, cette histoire qui n’a jamais existé n’aura pas lieu.

Sans nul doute, le problème continuera d’être irrésistible pour certains ennemis de Trump. Certains ne croiront jamais à la vérité, peu importe ce qui sera révélé. Mais si les démocrates et les pires ennemis du président pouvaient commencer à reconnaître silencieusement l’évidence et regarder l’avenir, peut-être que Trump le pourra aussi … Peut-être que [Trump] laissera-t-il le conseiller spécial Robert S. Mueller III faire tranquillement son travail et toute l’affaire de la « collusion russe » ne sera même pas dans une note de bas de page dans le récit de l’histoire de la campagne Trump.

Cela peut sembler incroyable. Mais alors, le journal, qui a maintenant 140 ans, pourrait bien être le premier à savoir que l’affaire est en train de se dissiper.

En effet, Poutine a frappé avec un timing immaculé – sentant que le vent était enfin en train de tourner pour la présidence de Trump. Étant ceinture noire au judo, ses réflexes sont très précis.

La Maison-Blanche dit que Trump a l’intention de signer le projet de loi sanctionnant la Russie. Mais le sol sous les pieds a considérablement changé.

Les législateurs du Congrès qui ont adopté le projet de loi avec une quasi-unanimité brûlent-ils toujours d’envie de punir Moscou, veulent-ils toujours que le projet devienne loi, maintenant que l’histoire de la «collusion avec la Russie» s’est révélée être un conte de fées?

Poutine a peut-être donné à Trump une raison splendide de rejeter le projet de loi et de le renvoyer au Congrès pour réexamen. L’establishment américain – en particulier l’«état profond» – ne veut pas la réduction du personnel de son ambassade en Russie de 755 de ses membres.

En dernière analyse, ce projet de loi nuira plus aux intérêts des États-Unis que l’objectif visé. Il n’est plus possible d’échapper à cette réalité que les États-Unis n’ont pas la capacité de dicter la gouvernance mondiale. Ils ont besoin de la coopération des autres pays, en particulier de la Russie, pour sauvegarder ses intérêts vitaux sur de multiples fronts.

Si Trump devait signer le projet de loi et lancer une nouvelle série de sanctions et de contre-sanctions, les relations entre la Russie et les Etats-Unis plongeront dans un gouffre et seront dans une poudrière. Ce qui est tout simplement inconcevable.

En pratiquant une thérapie de choc, Poutine espère que la classe politique américaine sortira de sa dysphorie et reviendra à une vie plus rationnelle.

Connaissant Poutine, il ne veut aucun mal. Le calendrier généreux – 1er septembre – offre un temps amplement suffisant pour repenser et corriger le cours des évènements. Son intention est encore de rechercher une relation constructive avec les États-Unis.

Photo: L’ambassade des Etats-Unis à Moscou, le 31 juillet 2017

Source : La thérapie de choc de Poutine pourrait aider Trump à enterrer les affaires concernant la Russie | Réseau International