Wilbur Ross : «S’il y a une escalade, ce sera parce que l’Europe aura décidé de riposter»


Wilbur Ross : «S’il y a une escalade, ce sera parce que l’Europe aura décidé de riposter»:


Wilbur Ross, 80 ans, un des piliers de l’Administration Trump, est le ministre du Commerce des États-Unis. Participant au Forum de l’OCDE, il a accordé un entretien au Figaro dans lequel il affirme que son pays ne souhaite pas de guerre commerciale avec l’Europe sur l’acier et l’aluminium.

LE FIGARO. – Nous sommes à la veille de la décision des États-Unis de taxer ou non l’acier et l’aluminium importé, entre autres, d’Europe. Qui va annoncer la décision?

Wilbur ROSS. – La Maison-Blanche. La décision doit être annoncée le 31 mai avant minuit. Sinon, les exemptions accordées à tel ou tel pays expirent. L’annonce devrait intervenir soit avant l’ouverture des marchés, soit après la clôture, car, de toute évidence, elle peut avoir un effet sur les marchés, quelle que soit la décision.

L’Europe affirme qu’elle ne discutera pas tant qu’elle ne sera pas définitivement exonérée de ces taxes sur l’acier et l’aluminium. Sommes-nous dans une impasse?

Les tarifs n’ont pas empêché les Chinois d’engager la discussion et même si je conviens que la Chine n’est pas l’Union européenne, je ne vois pas de raison évidente pour laquelle l’UE agirait différemment. Cependant, j’ai parlé à de nombreuses reprises avec la commissaire Malström (chargée du Commerce à la Commission européenne, NDLR) et je la vois aujourd’hui (mercredi).

Pensez-vous que des tarifs douaniers peuvent vraiment protéger des emplois dans la sidérurgie américaine? Ne risquent-ils pas de menacer l’industrie automobile, les consommateurs?

«Nous ne voulons pas une guerre commerciale.»

Wilbur Ross

Les tarifs douaniers sur l’acier représenteraient moins de 1 % du prix d’une voiture aux États-Unis. Pour l’aluminium, c’est à peine un centime sur le prix d’une cannette de Coca-Cola ou de soupe Campbell! Leur impact sur l’ensemble de l’économie n’atteindrait même pas 1 %. Nous essayons de résoudre un problème compliqué, celui des surcapacités d’acier, en Chine et ailleurs. Les États-Unis ont engagé 424 procédures (auprès de l’OMC, NDLR) dont la moitié, 212, visent la Chine. Et 40 % des plaintes contre la Chine concernent l’acier. Pour saisir l’OMC, il faut être très précis sur les produits sidérurgiques visés. Par exemple, si vous visez un produit chinois mais qu’il transite par la Corée, il faut recommencer la procédure. Pour résoudre ce problème général, nous avons choisi de recourir à notre règlement 232 qui invoque la sécurité nationale et je crois que c’est efficace.

Donald Trump a dit qu’il ne craignait pas les guerres commerciales. Ici en Europe, on pense plutôt que les guerres commerciales ne font que des perdants…

Nous ne voulons pas une guerre commerciale. Le président a répété que lorsque nous avons un déficit commercial, nous perdons plus que notre partenaire qui est en excédent. À l‘Union européenne de décider si elle souhaite prendre des mesures de représailles. La question suivante sera: comment le président (Trump, NDLR) répondra? Vous avez vu sa réaction quand la Chine a décidé de riposter. S’il y a une escalade, ce sera parce que l’UE aura décidé de riposter.

Des économistes estiment que les déficits américains ne proviennent pas seulement du commerce mais de la surconsommation des Américains et de leur manque d’épargne. Qu’en dites-vous?

Je ne suis pas d’accord avec cette analyse. (Il montre des graphiques) Regardez: la croissance de la Chine ou sa production manufacturière n’a pas accéléré pour des questions de consommation ou d’épargne mais parce qu’après son adhésion à l’OMC, elle a eu accès aux marchés étrangers.

«Même les vraies guerres finissent par des négociations. Il existe des tarifs douaniers très pénalisants pour les États-Unis, nous sommes prêts à en parler avec tout le monde»

Wilbur Ross

Emmanuel Macron, ici au Forum de l’OCDE, plaide pour une réforme du multilatéralisme et du commerce international. Qu’en pensez-vous?

La question n’est pas d’opposer le bilatéralisme au multilatéralisme mais de savoir quelles sont les règles du jeu et si elles sont respectées. Nous avons le sentiment qu’elles ne sont pas respectées, sinon nous n’aurions pas déposé 424 plaintes à l’OMC contre une trentaine de pays. Il y a trop d’abus. Et le règlement des différends prend trop de temps. Regardez le dossier Airbus (contre Boeing, NDLR), cela fait des années que ça dure! L’OMC en appel a fini par reconnaître que nous avions raison, qu’Airbus avait bénéficié d’immenses subventions.

Vous êtes en train de dire que l’OMC est inefficace?

Elle est très inefficace. Le règlement des conflits prend trop de temps. Et chaque plainte est vue comme un geste protectionniste alors qu’il s’agit juste de faire respecter les règles.

En définitive, sommes-nous à la veille d’une guerre commerciale?

Même les vraies guerres finissent par des négociations. Il existe des tarifs douaniers très pénalisants pour les États-Unis, nous sommes prêts à en parler avec tout le monde. L’UE n’a pas voulu nous parler alors qu’elle a engagé des discussions avec le Canada, avec le Mexique. C’est étrange qu’elle nous qualifie d’isolationnistes! Nous ne sommes pas sortis du traité transatlantique (TTIP ou Tafta), nous sommes toujours ouverts à la discussion.

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