Le grand désarroi des sapeurs-pompiers


Le grand désarroi des sapeurs-pompiers:

Les soldats du feu se plaignent d’être de plus en plus sollicités par des appels qui ne relèvent pas de leurs missions. Un plan pour réorganiser la carrière est attendu fin septembre.

C’est d’abord à Paris que sera célébrée, ce vendredi, la Journée nationale des sapeurs-pompiers. La cérémonie se déroulera à l’Arc de triomphe avant, le lendemain, de prendre place partout en France. Ce sera l’occasion pour le public de venir à la rencontre des soldats du feu dans le cadre d’une opération portes ouvertes organisée dans de nombreuses casernes. De rendre hommage aussi aux 245.000 hommes et femmes qui volent quotidiennement au secours de la population, souvent dans des circonstances très graves.

Au total, les pompiers ont effectué 4,5 millions d’interventions en 2016: 3,8 millions de sorties pour des aides aux personnes (+ 3 %) et 286.000 pour lutter contre des incendies (- 5 %). Soit une intervention toutes les 6,9 secondes! La plupart des pompiers – sur 194.000 volontaires, 40.000 professionnels et 10.000 militaires – portent en eux cette vocation depuis l’enfance. Mais si le soldat du feu continue de figurer, avec le postier, parmi les personnalités préférées du quotidien des Français, selon un sondage TNS Sofres, sa mission de service public exerce moins d’attrait aujourd’hui. Plus inquiétant: nombreux sont ceux qui démissionnent, victimes de burn-out. Le département du Nord, par exemple, compte une vingtaine de démissions bon an mal an. Le nombre de suicides augmente également. Sur l’ensemble du territoire, une vingtaine de pompiers mettraient fin à leurs jours chaque année. Chiffre que de nombreux pompiers contestent, estimant que la réalité est plus proche du double.

Des missions qui ne sont pas les leurs

«On nous demande aujourd’hui d’être des sapeurs-pompiers “couteau suisse”, capables de répondre à tous les appels au secours sans pour autant que les effectifs augmentent», résume Grégory Vercoutre, sergent-chef à Seclin dans le Nord, département qui compte le plus important service départemental d’incendie et de secours (SDIS) de France, avec 2000 professionnels et 3500 volontaires. «Il est urgent de consolider les effectifs de volontaires et de professionnels afin d’assurer, partout dans le pays, une réponse de proximité à l’augmentation continue de la demande de secours et de protection de la population», souligne le colonel Éric Faure, président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF).

«Un jour, un homme nous a sollicités, victime, disait-il au téléphone, d’un malaise. En fait, il nous attendait avec ses valises pour qu’on le conduise à sa visite de contrôle à l’hôpital»

La nature des interventions a effectivement beaucoup changé ces dernières années. Combattants du feu, les pompiers le sont de moins en moins: cette mission représente moins de 10 % des sorties, la plupart d’entre elles (80 %) étant concentrées sur le secours aux personnes. «On retrouve de plus en plus de sapeurs-pompiers dans des missions qui ne sont pas les leurs», indique Grégory Vercoutre, également membre du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail du SDIS 59 pour le compte de la Fédération autonome des sapeurs-pompiers professionnels (FASPP). Hors Paris et Marseille, où les soldats du feu sont des militaires, rattachés au ministère des Armées, ils dépendent financièrement du conseil départemental et opérationnellement de la préfecture.

«Nous comblons très souvent l’insuffisance du nombre d’ambulances privées. Un jour, un homme nous a sollicités, victime, disait-il au téléphone, d’un malaise. En fait, il nous attendait avec ses valises pour qu’on le conduise à sa visite de contrôle à l’hôpital», raconte Grégory Vercoutre, qui peut multiplier les anecdotes: «La semaine dernière, nous avons été appelés par une femme âgée empêchée d’aller faire ses courses car son ascenseur était en panne. Un homme nous a contactés à 4 heures du matin car il avait claqué sa porte d’entrée en laissant ses clefs dans son appartement ; il a alors prétexté qu’un bébé se trouvait à son domicile pour nous faire venir. Il s’agissait, en fait, d’un chiot. Nous l’avons donc laissé sur le palier en lui demandant d’appeler un serrurier.» Autant d’exemples que l’on retrouve dans tous les SDIS de France, comme dans celui de l’Yonne. «Des interventions qui étaient confiées à police-secours, pour un malaise ou un état d’ébriété sur la voie publique, nous sont désormais attribuées, constate Jérôme Coste, directeur du SDIS 89. Par ailleurs, il n’est pas rare qu’à cause de la désertification médicale, le Samu renvoie les appels sur les pompiers. On nous alerte pour une petite coupure ou un cas de gastro-entérite.»

Une plateforme d’appels unique

Aux appels tous azimuts pour un oui ou pour un non s’ajoute la paupérisation grandissante de la population, étroitement liée à un climat de violence de plus en plus anxiogène. «Nous venons en aide à des gens à la dérive, de plus en plus seuls, en mal-être psychologique, déplore le colonel Coste. Des individus alcoolisés, en grande souffrance, se retournent contre nous car ils ont peur que nous ne les dénoncions à la police. Et puis nous subissons des caillassages, tombons dans des guets-apens, le port de l’uniforme ne plaisant pas à tout le monde…» Cette dégradation des conditions de travail est physiquement difficile à supporter. Elle affecte le moral des troupes. «Sur une journée, les appels abusifs représentent un tiers des sorties pour secours aux personnes», précise Grégory Vercoutre.

» LIRE AUSSI – Pompiers volontaires: un rapport appelle à un «choc de recrutement»

Pour son collègue Éric Faure, la bonne parade aux abus en tous genres pourrait être la création d’une plateforme d’appels unique rassemblant, sous le numéro 112, le 15 du Samu, le 17 de la police et le 18 des pompiers. Un rapport parlementaire suggère aussi de mieux adapter le recrutement des sapeurs-pompiers à l’actuelle réalité du terrain en orientant les candidats vers le secours d’urgence à la personne avant, au bout de trois ans d’exercice, de les former à la lutte contre les incendies.

Le nombre des interventions augmente, mais les effectifs stagnent. «Depuis trois ans, nous avons subi une baisse des effectifs de 250 personnes parce que nous sommes davantage considérés par le département comme un centre de coûts que de personnes qui sauvent des vies humaines, s’agace Quentin de Veylder, secrétaire général de la CGT au SDIS du Nord. Le département n’a pas anticipé les départs à la retraite et s’est engagé à recruter 40 CDD pour pallier cette baisse des effectifs.» Les évolutions de carrière avancent au ralenti. Les rémunérations sont faiblement revalorisées. Et les embauches s’adressent en priorité à des volontaires, sans emploi par ailleurs, pour des salaires compris entre 1400 à 1500 euros nets mensuels pour des cadences de travail très soutenues.

Insuffisance de moyens matériels

Quant à la féminisation, à la une de l’affiche 2018 de la Journée nationale des pompiers, elle a du mal à s’installer. Le SDIS du Nord compte moins de 10 % de femmes, celui des Yvelines, un peu moins de 15 %. Les épreuves d’admission, sur le plan sportif, ne sont pas les mêmes pour les hommes et les femmes, ce qui, selon Grégory Vercoutre, ne passe pas toujours bien dans les casernes. Constat que ne partage pas Philippine Puvis, capitaine au SDIS 78, qui savait qu’elle entrerait dans la carrière dès ses 12 ans: «Nous devons être irréprochables sur le plan sportif et avons les mêmes tests que nos collègues masculins puisque nous avons les mêmes fonctions quand nous sommes dans le camion.»

«Pour nous déplacer dans le feu, nous n’avons pas assez de caméras thermiques, il y en a 10 pour tout le département du Nord, qui compte 37 casernes et plus d’une cen­taine de centres de secours»

Autre motif de grogne: l’insuffisance des moyens matériels. C’est difficile à croire, mais les véhicules d’intervention ne possèdent pas de GPS. «Nous devons nous repérer à l’aide de cartes format A2, très encombrantes et difficilement lisibles. Alors nous utilisons nos smartphones personnels, confie Grégory Vercoutre. Pour nous déplacer dans le feu, nous n’avons pas assez de caméras thermiques, il y en a dix pour tout le département du Nord, qui compte 37 casernes et plus d’une centaine de centres de secours. Il nous faudrait aussi des systèmes de radio communication sur les casques.»

Conscient du malaise grandissant dans les rangs, Emmanuel Macron avait, à l’automne, commandé un rapport à cinq personnalités, dont la sénatrice (LR) du Haut-Rhin Catherine Troendle et le député (LREM) du Var Fabien Matras. Il a été remis au ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, fin mai. Le texte décline 43 mesures visant à créer un «choc de recrutement» et à fidéliser les volontaires. Un tiers d’entre eux au moins ne va pas au terme de son engagement initial de cinq ans. Il propose aussi des solutions pour mieux concilier la vie privée des soldats du feu avec leurs missions de secours. Il réclame enfin la création d’une «réserve» de bénévoles, qui pourrait compter d’anciens pompiers retraités, pour intervenir dans la logistique de crise ou la formation du grand public aux premiers secours. Gérard Collomb annoncera les mesures qu’il retient de ce rapport lors du congrès national des pompiers, le 29 septembre, à Bourg-en-Bresse.

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