« J’ai vu le diable dans ses œuvres » – Revue Des Deux Mondes


« J’ai vu le diable dans ses œuvres » – Revue Des Deux Mondes:

Un soir d’octobre 2003, frère Ange Rodriguez interpelle l’archange saint Michel : « Je ne supporte plus de voir des âmes se perdre. Moi, tout seul, je ne peux rien. Prends-moi à ton service ». Frère Ange effectue alors un pèlerinage dans la région Dauphiné-Savoie.

Le cardinal de Lyon cherche à l’époque un exorciste – celui en place venait de démissionner. Coïncidence ou non, on sollicite le dominicain pour prendre le ministère, qu’il exerce jusqu’en 2013. Aujourd’hui cet homme de Dieu partage ses journées entre la prière, l’étude et l’écriture.

Son visage doux encadré par de magnifiques cheveux blancs, ses yeux vifs, son air paisible et serein cachent un humour qui ferait rire n’importe quel grincheux ! Frère Ange aime la vie avec ce qu’elle comporte de clartés et d’ombres.

Par une froide journée de mars 2018, le dominicain nous accueille à la porte de son couvent. Une légère odeur parfumée flotte dans les airs. Nous nous installons dans une petite pièce garnie de livres. Un étage plus bas, la bibliothèque de la communauté abrite 50 000 volumes – son outil de travail. Assis au milieu de saint Thomas d’Aquin, d’Érasme, de Pascal, frère Ange témoigne de ses nombreuses descentes aux Enfers. Imperméable à la peur, celui qui pratiqua l’exorcisme pendant dix ans exprime son plaisir une fois les personnes libérées.

Dans ses fonctions, il était secondé par une équipe de psychologues et de psychiatres. Lors d’un colloque, le professeur Jean Guyotat, une personnalité dans l’univers de la neuropsychiatrie, s’approcha de lui : « Vous avez un avantage sur nous, vous pouvez expliquer l’origine de la souffrance humaine par une cause extérieure, nous non : nous devons trouver les causes dans l’homme. »

Propos recueillis par Aurélie Julia

Premières apparitions du diable

Le Suisse Max Frisch publie en 1978 Triptyque, une pièce de théâtre dans laquelle des personnages discutent de l’au-delà. Un homme intervient : « Sans support biologique, pas de conscience ; si je me tue, je n’ai plus de conscience. » Une femme réagit : « Qu’en savez-vous ? Aristote et Platon acceptaient l’hypothèse. »

Aristote pose effectivement la question dans son Histoire des animaux au livre VIII. Il hiérarchise l’univers et décrit une échelle des êtres. Il place d’abord le minéral, sans vie, puis le végétal, qui a en lui la vie, ensuite l’animal « qui bouge », et finalement l’homme, qui est un animal spirituel, capax Dei, capable de Dieu.

« Je trouve l’hypothèse de l’existence du démon très raisonnable! »

Entre l’humain et l’essence divine, Aristote évoque un vide qu’il comble par l’existence de créatures supérieures aux hommes mais inférieures à Dieu. Il s’agirait d’êtres spirituels que le philosophe nomme « pure intelligence ». Pour Platon, l’âme est comme une étincelle de l’essence divine : tout vient de Dieu. Nos âmes sont des étincelles de Dieu tombées dans la matière. L’idéal platonicien consiste donc à se débarrasser de cette matière pour redevenir ce que nous étions auparavant : des êtres spirituels venus de Dieu.

Aristote propose ainsi l’hypothèse d’êtres spirituels qui n’ont guère besoin de support biologique pour exister. Il ne s’agit pas ici de croire ou de ne pas croire le philosophe mais d’envisager sa conjecture. Il est important de rester dans le domaine de la raison sans verser dans celui de la croyance.

Lorsqu’on me demande si je crois au diable, je réponds que je crois en Dieu, que c’est à lui que je donne ma foi. Mais je trouve l’hypothèse de l’existence du démon très raisonnable ! Toutes les religions, même les plus archaïques, évoquent des esprits mauvais qui veulent nuire à l’homme.

« Attention de ne pas en faire le Dieu du mal ! Il s’agit d’une créature ratée, qui a librement choisi son destin. »

Dans l’Ancien Testament, le diable est peu signalé. Il est tout de même là, à l’origine, au milieu du jardin d’Éden, déjà tordu, déjà menteur. Le Léviathan apparaît dans le Livre de Job, qui y fait allusion.

La tonalité est tout autre dans le Nouveau Testament : Jésus a révélé le visage inouï d’un Dieu paternel ; ce faisant, il a aussi révélé la présence de l’ennemi, une créature cachée dans l’histoire de l’homme. Les Évangiles le citent de nombreuses fois. Dans Marc, Jésus se bat sans cesse contre le démon et libère ; dans Jean, Jésus le nomme « le Prince de ce monde », il pointe du doigt le monstre, « assassin depuis le commencement ». Le Fils de Dieu est venu pour le vaincre, pour mettre fin à sa tyrannie sur l’homme. Mais attention de ne pas en faire le Dieu du mal ! Il s’agit d’une créature ratée, qui a librement choisi son destin […]

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