Natacha Polony : «Bisounourserie nationale universelle»


Natacha Polony : «Bisounourserie nationale universelle»:

Après des mois de vives discussions, le service national universel commencera en 2019. Une polémique qui «restera dans les annales politiques comme mètre-étalon du torpillage», pour notre chroniqueuse.

Il faut beaucoup d’efforts et de constance pour vider une idée soutenue par une très large majorité des citoyens. On pressent cependant que le cas du service national universelrestera dans les annales politiques comme mètre-étalon du torpillage. Il faut dire qu’ils s’y sont mis à plusieurs. Mais le résultat est concluant: nous allons donc «renforcer la résilience de notre communauté nationale», pour reprendre les mots du président de la République,en envoyant les jeunes de 16 ans un mois en colonie de vacances avec cours de catéchisme républicain – puisque douze ou treize ans dans les classes n’ont pas été suffisants.

Puis ces jeunes gens seront invités à s’investir dans le milieu associatif. Pendant deux semaines, donc. Le temps de prendre leurs marques, et hop, ils rentreront chez eux. Ce qui n’est pas bien grave puisque, en tant que mineurs, ils n’ont aucun droit d’exercer la moindre responsabilité. Tout au moins le projet prévoit-il de les loger en internat, si possible loin de chez eux, dans un but de brassage social. Vœu pieux, là encore, puisque leur statut de mineur permettra aux parents de protester contre l’intolérable atteinte à leur liberté, voire les mauvais traitements infligés aux chers petits si on les oblige à se lever un peu tôt ou que l’éloignement leur pèse.

Les premiers à avoir permis ce chef-d’œuvre d’inutilité sont les militaires, qui ont tout fait – on les comprend, au vu du budget de nos armées – pour ne pas écoper de la garderie. Il y eut également les associations censées représenter la jeunesse – comme si celle-ci était une classe sociale douée de son identité propre et non un âge transitoire -, tous ces syndicats étudiants offusqués à l’idée qu’on puisse imposer quoi que ce soit à des jeunes gens au nom du Bien commun. Parce que le Bien commun, n’est-ce pas, il ne faudrait tout de même pas qu’il nous empêche de jouir sans entraves et de vivre sans temps mort… Des droits à, mais surtout pas le devoir de…

En janvier 2015, peu après les attentats, un sondage Ifop donnait 80 % des Français en faveur d’un service national

On peut inclure également dans le lot des fossoyeurs tous ces bons apôtres qui déplorent la fracturation de la communauté nationale mais ne voient vraiment pas en quoi un service national pourrait constituer un ciment. Les fatalistes adeptes du «ah là là, c’est compliqué», les sceptiques qui, sous prétexte qu’il «ne faut pas croire aux miracles et fantasmer sur le bon vieux service militaire», considèrent qu’il est urgent surtout de ne rien faire. On peut y adjoindre les comptables, souvent de droite, pour qui tout cela coûte beaucoup trop cher, puisque la colonne «investissements» n’existe pas dans leurs tableaux Excel, et les bonnes âmes, souvent de gauche, pour qui «service», «national» et «universel» sont déjà trois mots de trop.

En janvier 2015, peu après les attentats, un sondage Ifop donnait 80 % des Français en faveur d’un service national. Pour «répondre aux enjeux» des attentats, la majorité socialiste avait préféré voter la loi «égalité et citoyenneté» qui, en plus de l’extension du service civique, prévoyait des constructions de HLM, le doublement de la peine pour les injures racistes et même un amendement pour interdire la fessée…

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Enfin, l’on peut saluer le président lui-même, dont les volte-face en la matière ont permis ce fiasco. Un mois, trois mois, puis de nouveau un mois… Pour les 18-21 ans, non, finalement, pour les lycéens… On subodore qu’Emmanuel Macron, quand il avait lancé cette idée pendant la campagne présidentielle, n’avait sans doute pas pris le temps de réfléchir au-delà du coup de com’ électoraliste. Aussi oserons-nous lui suggérer quelques pistes de réflexion.

Notre pays souffre d’une fracturation dont les dimensions sont multiples. Fracturation sociale, tant il est vrai que le séparatisme urbanistique, la disparition de tous les lieux de sociabilité, l’endogamie croissante accentuent les effets du creusement des inégalités. Fracturation géographique, également, quand le fossé se creuse entre les métropoles et tout le reste du territoire, villes moyennes et villages, quand les pauvres sont assignés à résidence tandis que les élites cultivent hors de France leur nomadisme touristique. Fracturation culturelle, bien sûr, sous les effets conjugués de l’individualisme consumériste et du communautarisme victimaire. Moi et les miens contre le reste du monde. Une communauté politique se construit autour d’une mémoire commune, que l’école a pour mission de transmettre, et la volonté d’un destin à inventer.

Mais face à la haine et au ressentiment qui montent dans toutes les strates de la société, le rôle d’un service national, complément d’une école véritablement républicaine, est de rappeler aux citoyens – majeurs, donc – ces trois dimensions: «service» car chacun de nous se doit aux autres, «national» car il y faut une dimension de défense civile et, au-delà, le rappel de ces valeurs communes que nous ne défendrons qu’en étant prêts à mourir ensemble pour elles, et «universel» car ce n’est pas en tant qu’homme ou femme, ou en fonction de nos origines ou croyances que nous partageons ces valeurs.

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