Lutte contre le terrorisme : les pouvoirs publics épinglés


Lutte contre le terrorisme : les pouvoirs publics épinglés:

Un rapport sénatorial sans concession formule 63 propositions, notamment d’augmenter les déchéances de nationalité.

La commission d’enquête sur les moyens de l’État face à l’évolution terroriste après la chute de l’État islamique, présidée par le sénateur (LaREM) Bernard Cazeau, a entendu à huis clos les principaux chefs du renseignement. Elle a dévoilé mardi un rapport sans concession, agrémenté de 63 propositions.

● Stratégie du «collier de perles»et de la «défaite apparente»

«Malgré les revers subis, Daech n’est pas détruit et la menace terroriste qu’il représente n’a pas disparu: elle a seulement muté»

«Malgré les revers subis, Daech n’est pas détruit et la menace terroriste qu’il représente n’a pas disparu: elle a seulement muté», note le rapport. Revenue à la «clandestinité, avec une posture de harcèlement et de résistance», l’organisation terroriste a adopté la stratégie dite du «collier de perles» avec des «franchises dans différents territoires» pour «régénérer sa structure en évitant de s’exposer sur un seul théâtre».

Basculant dans une «logique insurrectionnelle, basée sur des cellules clandestines», Daech a «parfaitement compris que sa “réputation” et son image auprès des islamo-djihadistes étaient ses principaux atouts. C’est pourquoi il adapte son discours au contexte nouveau, résultant de sa défaite militaire». François-Bernard Huyghe, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques, explique: «Les propagandistes de Daech ne sont pas stupides.»

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«Les propagandistes de Daech ne sont pas stupides»

La littérature djihadiste martèle un argument: “Ne croyez pas en la défaite apparente.” En bons salafistes, ils nourrissent une vision mythique dans laquelle les événements actuels ne sont que la reproduction des événements du VIIe siècle. On appelle donc les musulmans à se souvenir de la bataille du fossé, durant laquelle ils paraissaient avoir perdu, mais qu’ils ont finalement gagnée face à des ennemis beaucoup plus puissants. Ce discours s’articule autour de l’idée selon laquelle les vrais croyants savent qu’une défaite apparente est la garantie d’une victoire plus grande.»

En France, l’organisation compte sur un terreau fertile: selon les services de renseignements, 132 des 2358 lieux de culte recensés sur le territoire (hors préfecture de police de Paris) relèveraient du salafisme. Le rapport estime: «Le nombre des fidèles aurait connu une progression constante, passant de 5000 en 2004 à 12.000 en 2010 et 40.000 aujourd’hui.»

● Les sénateurs pourfendent «l’inaction coupable des pouvoirs publics»

«En certains points de notre territoire apparaissant comme “ghettoïsés”, […]les institutions religieuses donneraient parfois l’impression d’avoir remplacé les services et les pouvoirs publics», déplore la commission d’enquête, qui cite la «déscolarisation croissante des jeunes enfants» comme un «bon exemple». Le «nombre d’enfants instruits dans la famille», faisant appel à l’enseignement à distance, a ainsi bondi de «4000 enfants supplémentaires» entre 2015 et 2017, «soit une progression de 41,5 %». Une personne auditionnée a ainsi dénoncé avec fermeté «l’inconscience, le déni, voire la lâcheté de certains dirigeants politiques, qui s’accommodent de la situation alarmante, voire explosive dans plusieurs territoires de la République».

Cette situation, selon le rapport, «tirerait ses racines du contexte des émeutes de 2005, à la suite desquelles certaines autorités locales auraient abandonné la gestion des “quartiers” à des “grands frères”». Sur le terrain, «les menaces terroristes “inspirées” par la propagande djihadiste restent isolées et difficiles à prévoir», soulignent les sénateurs, qui conviennent: «Si la “professionnalisation” de ces individus, par exemple dans la fabrication des explosifs, facilite leur repérage, à l’inverse, les passages à l’acte très impulsifs, en réaction à un message diffusé sur Internet par Daech, avec des moyens très rudimentaires (un simple couteau de cuisine par exemple) ne peuvent que très difficilement être déjoués.»

● Le défi de la «contagion radicale» en prison

Le rapport souligne que «la menace djihadiste émanant du milieu carcéral n’a jamais été aussi élevée». Et rappelle que «511 détenus pour des faits en lien avec le terrorisme islamo-djihadiste (TIS) sont actuellement incarcérés dans les établissements pénitentiaires français», auxquels il faut ajouter «plus de 1100 détenus de droit commun susceptibles d’être considérés comme présentant un risque important de radicalisation violente (DCSR)». «Ce volume inédit, poursuivent les sénateurs, accroît le risque de radicalisation des autres détenus par la contamination des idées radicales véhiculées, mais également en permettant plus facilement des “transferts de compétence”.»

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Face à cette menace, la commission d’enquête préconise notamment de faire porter l’effort sur l’évaluation et la détection en intégrant dans le dispositif des quartiers d’évaluation de la radicalisation (QER) les détenus de droit commun DCSR et de créer des QER pour les femmes détenues pour des faits en lien avec le terrorisme islamiste. Le rapport propose également d’«expulser davantage de détenus TIS étrangers», tout en appliquant «le dispositif en vigueur permettant la déchéance de nationalité des détenus TIS binationaux».

● La priorité de la lutte contrela propagande numérique

Le rapport sénatorial revient sur l’importance d’Internet pour la mouvance djihadiste. Et sur la riposte difficile. «En 2017, notent les sénateurs, pour la seule thématique terroriste, 30.634 demandes de retrait (de contenus), 90 demandes de blocage (de sites) et 534 demandes de déréférencement ont été effectuées par la plateforme d’harmonisation, de recoupement et d’orientation des signalements.» Et de rappeler que «le nombre de demandes de retrait de contenus à caractère terroriste a explosé: il était de 2189 sur la période mars 2016-février 2017». Mais ce boom de demandes n’est pas suivi par une explosion des retraits réellement effectués: 6320 entre mars 2017 et février 2018 pour 32.739 demandes (soit 19 %).

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Le rapport souligne par ailleurs que «des marges de progression demeurent ». «Les grands opérateurs français du secteur de la téléphonie et de l’Internet, est-il précisé, ne sont toujours pas suffisamment coopératifs. Leurs délais de réponse demeurent trop longs et leurs réponses sont souvent lacunaires, voire inexploitables. En outre, il arrive encore trop fréquemment que ces opérateurs opposent des fins de non-recevoir à des demandes plus complexes que de simples identifications d’adresse IP ou de ligne téléphonique.» La guerre du Net est loin d’être gagnée.

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