Luc Ferry : «Non, les OGM ne sont pas du poison!»


Luc Ferry : «Non, les OGM ne sont pas du poison!»:

La majorité des Français pense que les OGM sont dangereux, ce qui n’a jamais été démontré, ni de près ni de loin. D’où la question : pourquoi l’intox marche-t-elle mieux que la vérité ?

On parle beaucoup d’écologie ces temps-ci, mais en son nom on a souvent tendance à vouloir nous faire avaler n’importe quoi. En ouvrant leur journal préféré, les lecteurs du Figaroont pu, le 4 juillet dernier, apprendre par un excellent article de Cécile Thibert que les résultats d’une fameuse enquête de 2012 selon laquelle les OGM provoquaient des cancers n’étaient qu’une formidable fake news.

Des chercheurs indépendants ont en effet repris le dossier et ils ont montré, faits et arguments à l’appui, que le «travail» publié par l’auteur de cette enquête, un certain Gilles-Éric Séralini, biologiste et militant vert, était biaisé pour deux raisons: les rats auxquels il avait fait ingérer du maïs OGM appartiennent à une espèce dont 50 % des individus développent naturellement des cancers au bout de deux ans quelle que soit leur nourriture (OGM ou pas) ; ensuite, l’expérience portait sur un nombre beaucoup trop réduit de rats (seulement dix par groupe testé).

Leur conclusion est sans appel: «Avec ces OGM, aucun risque potentiel pour les animaux ni pour les humains
n’a été identifié!» Tout cela, nous étions quelques-uns à l’avoir dit à l’époque sans être écoutés. Il est bon qu’une enquête scientifique opérée dans les règles de l’art vienne confirmer sans appel ce que ceux qui s’intéressaient à la question avec un peu de sérieux savaient déjà en 2012. Reste que le grand public a été trompé et qu’il continue de l’être, la conviction d’une très large majorité de Français étant (comme hélas pour les vaccins!) que les OGM sont dangereux, ce qui n’a pourtant jamais été démontré, ni de près ni de loin. D’où la question qu’on doit se poser si l’on veut prendre un peu de distance: pourquoi l’intox marche-t-elle mieux que la vérité?

Séralini, pour éviter tout contradicteur, avait fait signer aux journalistes qui voulaient avoir accès à son enquête en primeur un « accord de confidentialité dans lequel ils promettaient de ne pas soumettre ces travaux à des experts indépendants».

Un premier élément de réponse tient au poids des photos publiées, notamment par Le Nouvel Observateur. Elles étaient terrifiantes et montraient de malheureux rats déformés par d’atroces cancers tandis que les textes qui les accompagnaient donnaient 100 % raison à Séralini. Ensuite, toujours selon Le Figaro, certains journaux avaient accepté de se laisser museler: Séralini, pour éviter tout contradicteur, avait fait signer aux journalistes qui voulaient avoir accès à son enquête en primeur un «accord de confidentialité dans lequel ils promettaient de ne pas soumettre ces travaux à des experts indépendants, les journalistes étant alors dans l’incapacité de faire correctement leur travail puisqu’ils ne pouvaient pas interroger d’autres toxicologues».

Une condition hallucinante et liberticide

Une condition proprement hallucinante et liberticide que Le Monde, Le Nouvel Observateur et l’AFP auraient pourtant acceptée (ce qui est assez comique quand on pense qu’ils se prévalent aujourd’hui de la mission de «décoder» les fake news). Le Nouvel Obs, organe de la gauche intellectuelle, choisit curieusement le sensationnel et le fondamentalisme vert contre la raison et la science véritable en titrant sans barguigner à la une: «Oui, les OGM sont des poisons!», titre d’autant plus stupide qu’il existe des centaines de variétés d’OGM et que même si celle que Séralini avait donnée à ses rats était nuisible (ce dont nous savons aujourd’hui qu’il n’en est rien), cela n’impliquait nullement les autres.

Dans la littérature consacrée depuis une bonne trentaine d’années aux OGM, la figure de Frankenstein revient comme un passage obligé, pour ne pas dire comme un pont aux ânes.

Mais il y a plus. Dans la littérature consacrée depuis une bonne trentaine d’années aux OGM, la figure de Frankenstein revient comme un passage obligé, pour ne pas dire comme un pont aux ânes. Le mythe de Frankenstein est en effet beaucoup plus profond qu’on ne le croit d’ordinaire.

Il ne s’agit pas à l’origine d’un récit de science-fiction, mais d’un mythe théologique d’une grande portée, une légende qui visait à stigmatiser l’«hybris» (l’orgueil et la démesure) de l’homme qui se prend pour Dieu. Frankenstein fabrique un monstre avec les cadavres qu’il a volés dans une morgue et il parvient à lui donner vie grâce à l’électricité du ciel. Or, donner la vie est le monopole du divin. Il est donc puni: sa créature lui échappe, elle échappe à son créateur comme dans le mythe voisin de l’apprenti sorcier.

Nous avons affaire ici à des mythes de la dépossession, le créateur étant dépossédé de sa créature. On comprend pourquoi l’écologie fondamentaliste, dont le fonds de commerce est d’abord d’affoler les foules, a appliqué ces mythes aux OGM à défaut de démontrer leur dangerosité. Plutôt que d’aller aux faits, une certaine presse a emboîté le pas, jouant à son tour sur les peurs qui sous-tendent le prétendu «principe de précaution», le sensationnel faisant hélas vendre souvent plus de papier que la vérité.

from Tumblr https://reseau-actu.tumblr.com/post/176294182110

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