Immigration : l’Allemagne freine le regroupement familial


Immigration : l’Allemagne freine le regroupement familial:

Parmi les réfugiés qui ont obtenu un visa d’un an, seuls mille pourront faire venir leur famille chaque mois.

À Berlin

Ahmad Saadi Mahayni a eu de la chance. Le joaillier de Damas est arrivé en Allemagne dès 2013, deux ans avant que la chancelière Angela Merkel n’ouvre la porte aux réfugiés bloqués sur la route des Balkans et trois ans avant que ces portes ne se referment à nouveau. À cette époque, il a pu obtenir le statut de réfugié au titre de la convention de Genève et donc faire venir sa famille rapidement.

Bien sûr, ce n’était pas immédiat. Il a fallu rassembler péniblement les documents nécessaires, qui s’étaient souvent perdus en route. Pendant la procédure, il s’est lancé à corps perdu dans l’apprentissage de l’allemand. «J’y ai consacré toute mon énergie, je savais que la réussite passait par là», raconte-t-il aujourd’hui. Cinq ans après son arrivée, il a été engagé comme travailleur social par l’association caritative allemande Awo, où il accompagne à son tour les nouveaux migrants dans leurs démarches. Sa femme, ses trois filles et son fils sont venus de Jordanie en avril 2015.

Regroupements limités à un quota

À quelque mois près, la famille n’aurait jamais été réunie. «Nous avons eu de la chance d’arriver plus tôt», reconnaît-il. À l’automne 2015, le vent a tourné. L’opinion publique a commencé à douter du «Wir schaffen das», que l’Allemagne allait «arriver» à accueillir le flux grandissant de réfugiés, selon la formule que porte aujourd’hui Angela Merkel comme un boulet. L’Allemagne a alors resserré les mailles de son dispositif d’accueil.

Les données publiées en juin dernier par l’office fédéral des migrations sont parlantes: en 2015, 48 % des demandeurs d’asile ont obtenu le statut complet de réfugiés pour trois ans, au titre de la convention de Genève. En 2018, ils ne sont plus que 18 %. La tendance s’inverse pour ceux ayant seulement obtenu une «protection subsidiaire» qui leur permet de rester un an, renouvelable ensuite pour deux ans. Ils représentaient 0,6 % des demandeurs d’asile en 2015, 11 % aujourd’hui.

 «Le droit au regroupement familial pour ces réfugiés sous protection subsidiaire n’a existé que dans un laps de temps très court, entre août 2015 et mars 2016, où il a été suspendu»

Au départ, ils pouvaient encore faire venir leur famille pour des raisons humanitaires. En pratique, «le droit au regroupement familial pour ces réfugiés sous protection subsidiaire n’a existé que dans un laps de temps très court, entre août 2015 et mars 2016, où il a été suspendu», rappelle Jochen Oltmer, professeur à l’Institut de recherche sur les migrations et d’études interculturelles (Imis) de l’université d’Osnabrück.

Ce 1er août, les portes vont s’ouvrir de nouveau pour ces familles, ou plutôt s’entrebâiller. Après de longues semaines de tractations, les partis membres de la coalition de gouvernement d’Angela Merkel ont décidé, en mars dernier, de limiter les regroupements à un quota: seules 1000 autorisations pourront être délivrées chaque mois, soit 12.000 par an.

Quel impact ce regroupement aura-t-il? «Ce n’est pas clair», note Jochen Oltmer, qui récuse les «chiffres de l’horreur» sortis en 2015 par l’AfD, le parti d’extrême droite, qui parlait de 1 million de réfugiés. En réalité, le ministère des Affaires étrangères allemand a enregistré 34.000 demandes directement ou dans ses consulats en Syrie, en Jordanie, en Turquie, au Liban ou ailleurs. Beaucoup de demandes pourraient être retirées, entre autres parce que les demandeurs sont retournés entre-temps d’où ils viennent pour rejoindre leur famille. Le ministère des Affaires étrangères reconnaît également avoir «perdu la trace» d’une partie des demandeurs, qui ont parfois changé de camp de réfugiés ou de pays. «Beaucoup de documents étaient incomplets», indique aussi le ministère.

Marché immobilier surchauffé

L’un dans l’autre, l’institut de recherche sur le marché du travail de Nuremberg tablait en octobre 2017 sur une fourchette allant de 10.000 à 60.000 personnes. Cette dernière hypothèse signifie qu’il «faudra attendre cinq ans pour résorber les demandes actuelles», explique Jochen Oltmer, «les réfugiés sous protection subsidiaire qui ont déposé une demande d’autorisation il y a déjà deux ans pourraient donc attendre sept ans au total pour revoir leur femme et leurs enfants».

«La loi sur le regroupement familial ne prévoit aucune mesure concrète pour sa mise en œuvre»

Le doute va également subsister longtemps. Le ministre de l’Intérieur CSU, Horst Seehofer, qui avait défendu ces quotas bec et ongles lors de la formation du gouvernement, assure que tout est prêt. La grille de sélection de ceux qui passeront le quota mensuel est pourtant loin d’être transparente. Il y a bien sûr le critère du premier arrivé premier servi, mais d’autres principes entrent en jeu: l’âge des enfants, les maladies… Ceux qui ont été condamnés sont exclus d’office. Les perspectives d’intégration comptent également: qui parle allemand? qui peut nourrir sa famille?

De leur côté, les communes allemandes ne sont pas toujours prêtes. Ahmad Saadi Mahayni est optimiste sur les perspectives scolaires de ses filles, qu’il voit déjà à l’université. Mais «le logement est un gros problème à Berlin». Dans un marché immobilier surchauffé, «qui louera à une famille syrienne de six personnes?». «La loi sur le regroupement familial ne prévoit aucune mesure concrète pour sa mise en œuvre», commente Jochen Oltmer. En réalité, «il s’agit d’une mesure purement symbolique qui permet à la CDU et la CSU de montrer que l’État maîtrise et contrôle la situation, et au SPD qu’il se soucie du respect des conventions internationales et des droits de l’enfant».

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