Les fiches S servent-elles à quelque chose ?


Les fiches S servent-elles à quelque chose ?:

L’affaire de Trappes relance le débat sur la surveillance des quelque 26.000 fichés S dans le pays.

Encore un islamiste radical inscrit dans un fichier de police qui passe à travers les mailles du filet! Le cas du tueur de Trappes est symptomatique de la difficulté pour les autorités à appréhender cette menace hybride, relevant à la fois du droit commun, de la psychiatrie et de l’indéniable emprise du discours de haine de Daech et de ses avatars. Sans quoi ce chauffeur de VTC âgé de 36 ans n’aurait pas crié «Allah Akbar!» pour habiller l’inqualifiable.

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Il était donc inscrit depuis le 15 juillet 2016 dans le traitement d’antécédents judiciaires (TAJ) pour «apologie directe et publique d’un acte de terrorisme». Autrement dit, fiché S. Comme Radouane Lakdim, le tueur de l’Aude, en mars dernier, comme tant d’autres. Sa fiche niveau «S3-S4» indique «comportement instable» au titre de la radicalisation. Il était aussi inscrit au FSPRT, le fichier des radicalisés.

À droite, des voix s’élèvent de nouveau pour dénoncer l’«impuissance» relative du gouvernement. Ce que Laurent Wauquiez, chef de file des Républicains, appelle «la naïveté coupable» d’Emmanuel Macron, réclamant à chaque «ratage» le retour de l’état d’urgence, l’expulsion des étrangers fichés pour leur dangerosité ou leur placement en centre de rétention.

Le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, pour sa part, a aussitôt déclaré sur Twitter: «Encore un fiché S… connu pour apologie du terrorisme! Combien de morts faudra-t-il pour que #Macron agisse enfin? Depuis 2015, je ne cesse de réclamer l’expulsion des fichés S étrangers et l’assignation à résidence avec bracelet électronique des fichés S français!»

Un invité du Figaro Live : “je suis probablement fiché S” – Regarder sur Figaro Live

Il n’en fallait pas moins pour que Marine Le Pen, renchérisse, au nom de son Rassemblement national: «La revendication de cet acte barbare par Daech n’étonnera que le gouvernement, qui persiste à minimiser le terrorisme islamiste et refuse de prendre les mesures pour éradiquer cette idéologie meurtrière.»

Une fiche S, ce n’est pas grand-chose. On classe dans ce registre numérique utile aux services de renseignements les personnes qui pourraient éventuellement porter atteinte à la sûreté de l’État. Du prosélyte au hooligan, en passant par les zadistes et extrémistes de tout poil. La fiche n’a pas vocation à déclencher une arrestation mais simplement à aider à tracer les déplacements de la personne inscrite, ainsi qu’à connaître ceux qui peuvent l’accompagner, à une frontière, par exemple, ou lors d’un contrôle inopiné.

Au total, 26.000 suspects sont répertoriés, dont 10.000 font ainsi l’objet d’une «mise en attention» pour radicalisation. Parmi ces 10.000 islamistes présumés, un tiers appartient au «haut du spectre», celui des profils inquiétants.

Les fichés S sont devenus si nombreux que la police ne peut mettre un agent derrière chacun. Elle procède donc à des surveillances électroniques massives, à distance. Une toile orwellienne qui inclut la famille, les proches des intéressés. Mais à la fin, qui analyse cette montagne d’informations? Le juge Marc Trévidic, qui œuvra longtemps à l’antiterrorisme, le disait déjà le 19 juin 2015 (137 jours avant l’attentat du Bataclan): «Multiplier les écoutes et les fiches S de signalement des djihadistes ne sert à rien si l’exploitation judiciaire ne suit pas.»

Tout est là. La police doit faire des choix dans ce vivier hétéroclite où le terroriste en devenir côtoie la victime de dénonciation calomnieuse. Et le «bas du spectre», comme dans cette affaire de Trappes, peut alors faire l’objet d’erreurs d’appréciation.

Faut-il informer les maires de la présence d’un fiché S sur leur commune? Cela empêcherait-il une bouffée de violence? La police y est hostile. Elle demande simplement qu’on la laisse travailler avec sérénité. La discrétion reste, à ses yeux, essentielle à la réussite des enquêtes. L’efficacité absolue n’existe pas en matière criminelle, pas plus que le risque zéro en matière terroriste.

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