«Pour Google, aucune limite n’est posée»


«Pour Google, aucune limite n’est posée»:

Économiste et essayiste, Olivier Babeau est président du think tank Sapiens.

LE FIGARO. – La puissance de Google l’entraîne à aborder toutes les dimensions de l’existence. Comment qualifier le projet de cette entreprise?

Olivier BABEAU. – Il y a d’abord une incontestable logique économique dans la multiplication des produits de Google. C’est en fournissant des services gratuits de toutes sortes qu’il peut attirer massivement les internautes, capter leurs données, et engranger les revenus publicitaires associés.

Mais l’extension incessante des services offerts va au-delà de la simple stratégie commerciale. Il ne s’agit pas seulement de parvenir à une hégémonie économique. Derrière la soif permanente de diversification que Larry Page expliquait innocemment en 2010 par la volonté de «gagner plus d’argent», il existe en réalité un projet beaucoup plus ambitieux dont les extraordinaires moyens financiers amassés ne sont que le carburant. Google veut façonner le monde de demain et en être le point de référence.

«Homme augmenté», «Mort de la mort»… Quel crédit donner à ces ambitions?

Google, comme les autres géants du numérique, veut devenir un fournisseur universel capable de répondre à tous les besoins. Or la santé et la survie sont les besoins ultimes. Les considérables investissements dans des sociétés comme Calico (pour California Life Company) spécialisées dans la lutte contre le vieillissement traduisent très clairement une adhésion de Google au courant transhumaniste souhaitant faire échec à la mort. Certains parlent d’ambition prométhéenne, mais c’est beaucoup plus que cela: c’est bien plutôt le coup d’État de Zeus contre les Titans que Google souhaite réaliser, en faisant de l’homme un Dieu! Pour les transhumanistes, toutes les possibilités données par la science devront être exploitées: manipulation génétique, amélioration de nos capacités, hybridation homme-machine, voire abandon du corps physique, aucune limite n’est posée. Le projet est tout à fait sérieux et assumé.

«Le vrai problème est de savoir si le pouvoir réel n’est pas en train d’échapper aux institutions élues, convertissant les États en simples voitures-balais d’une course numérique dont ils ne comprennent ni ne maîtrisent rien.»

Les vieilles formes politiques, notamment l’État nation, sont-elles menacées par une entreprise d’une telle puissance?

Les États nations ont d’ores et déjà abdiqué leur rôle de promoteur des changements, au profit de ces organisations privées étendant leur contrôle sur la foule de ceux qui choisissent d’en utiliser les services. Le «monopole de la violence légitime», qui définissait selon Max Weber le pouvoir de l’État, semble mis en échec par notre extraordinaire dépendance vis-à-vis des GAFA qui sont au cœur des grandes évolutions actuelles de la société. Ce ne sont pas seulement les populations, mais aussi les industries et les États qui ne sauraient se passer de leurs services. La dépendance atteint son paroxysme avec la diffusion de l’intelligence artificielle dans tous les objets qui nous environnent, et dont les fournisseurs sont outre-Atlantique. Le sujet fiscal, qui occupe souvent les débats, est en réalité secondaire, presque un contre-feu: il cherche à établir quelle quantité de miettes Google laissera tomber de sa table au profit des États… Le vrai problème est de savoir si le pouvoir réel n’est pas en train d’échapper aux institutions élues, convertissant les États en simples voitures-balais d’une course numérique dont ils ne comprennent ni ne maîtrisent rien.

Où s’arrêtera l’expansion de Google?

Certains prônent un démantèlement d’Alphabet à la manière de celui qui mit fin à la domination de la Standard Oil de Rockefeller en 1914. Une telle décision n’est pas vraisemblable car briser les GAFA serait simplement laisser la porte grande ouverte à la domination globale des BATX, les géants numériques chinois! Une perspective guère réjouissante. D’une façon ou d’une autre, le pouvoir politique élu devra faire alliance avec Google et les autres géants occidentaux, en faisant jouer leur concurrence pour limiter leur pouvoir.

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