Pourquoi l’Europe n’a pas fait émerger un concurrent à Google


Pourquoi l’Europe n’a pas fait émerger un concurrent à Google:

En vingt ans, Google a tissé sa toile et s’est rendu indispensable dans notre quotidien en ligne. Dans le même temps, l’Europe n’a pas été à même de créer un véritable concurrent.

Vous rappelez-vous de Quaero? Lancé en 2005, ce programme européen de recherche et d’innovation franco-allemand avait pour but de développer un outil d’indexation de contenus en ligne, à destination des entreprises, des scientifiques et du grand public. Autrement dit: faire concurrence à Google. Le projet aura coûté au total 198 millions d’euros, dont une large part de subventions publiques françaises. Il s’est achevé en 2013, laissant derrière lui de nombreux brevets, de véritables innovations bénéficiant à la recherche, des entreprises (comme Exalead)… mais pas de moteur de recherche capable de rivaliser avec les grands noms américains.

Pourquoi l’Europe n’a-t-elle pas construit son propre Google? Le moteur américain occupe aujourd’hui 90 % des parts de marché de la recherche en ligne dans le monde, d’après les estimations du site statcounter. L’Europe est au-dessus de la moyenne avec 92 %. La situation est différente dans d’autres pays. Aux États-Unis, cette part est plus basse (84 %), car Bing (moteur développé par Microsoft, 7 % de parts de marché) et Yahoo! (6%) continuent de se battre. En Russie, c’est le concurrent local Yandex qui domine le secteur (53 %). En Chine, où le géant américain a disparu du Web en 2010, les sites Baidu (67 %) et Shenma (développé par Alibaba, 18%) se partagent le haut du podium.

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Depuis l’échec de Quaero, il existe toujours quelques alternatives européennes au géant américain. Qwant, fondé en France, se veut être un moteur de recherche plus respectueux de la vie privée et des données personnelles. Framabee soutient l’open-source, Lilo finance des initiatives sociales et l’allemand Ecosa reverse une partie de ses bénéfices à un programme de reforestation. La majorité de ces projets sont en fait des «métamoteurs», des sites qui envoient les requêtes de leurs utilisateurs à d’autres moteurs de recherche et qui en affichent ensuite les résultats. Ils proposent une offre de niche, pour séduire les déçus de Google, plutôt que d’espérer le concurrencer vraiment.

Des géants inquiétants

Le problème dépasse celui du seul secteur de la recherche. Historiquement, l’industrie du Web a d’abord prospéré aux États-Unis, grâce au soutien financier de son gouvernement et de son armée. On compte aujourd’hui dans le monde 158 start-up de nouvelles technologies, non cotées en Bourse, qui sont valorisées à plus d’un milliard de dollars. 60 % sont américaines. Viennent ensuite les sociétés asiatiques (25 %), notamment chinoises, puis l’Europe (10 %). Après un retard au démarrage, l’Europe bénéficie aujourd’hui d’un écosystème numérique de qualité, avec quelques belles réussites à son actif. Mais est-il déjà trop tard? En vingt ans, Google a tissé sa toile et s’est rendu indispensable dans notre quotidien en ligne. Le groupe recrute les meilleurs ingénieurs et investit dans tous les secteurs en ligne pour y proposer ses services en priorité. Google est désormais un véritable écosystème. Son système d’exploitation mobile Android équipe 85 % des smartphones dans le monde, et 60 % des internautes utilisent son navigateur Web Google Chrome. Sa marque est devenue synonyme d’aller sur Internet. On ne cherche pas quelque chose en ligne, on le «google».

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À défaut de lui opposer un concurrent, l’Europe se défend contre l’ultra-domination d’une entreprise si puissante qu’elle est capable de mettre à terre d’autres sociétés en un changement d’algorithme. Comparer le Vieux Continent à la situation d’autres pays, où Google est moins présent, est compliqué. La Russie et la Chine sont des autocraties: l’Internet y est étroitement contrôlé par l’État. L’Europe n’a jamais interdit l’utilisation de Google. Elle se bat donc sur un autre territoire. Elle cherche à inspirer l’industrie des nouvelles technologies, en poussant sa vision d’un Internet plus juste et respectueux de notre vie privée, dans ses frontières et en dehors. Le Règlement général sur la protection des données (RGPD) fait des émules jusque chez les politiciens américains, inquiets des dérives de leurs champions nationaux. Même aux États-Unis, l’heure est à la méfiance face aux géants du Web. Cette révolution-là est européenne.

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