Laurent Alexandre : «Stop aux écologistes apocalyptiques !»


Laurent Alexandre : «Stop aux écologistes apocalyptiques !»:

La nomination du pragmatique François de Rugy est une bonne nouvelle, estime l’essayiste, car Nicolas Hulot incarnait, selon lui, une écologie pessimiste.

La nomination au poste de ministre de la Transition écologique de François de Rugy, «un macroniste vert pâle, pragmatique et non idéologue», est une bonne nouvelle politique. Nicolas Hulot est aux yeux des Français une icône, voire un saint. L’ancien ministre de l’Environnement a colporté un discours plus que pessimiste: il est sincèrement convaincu que l’apocalypse est à notre porte. Au moment où la France devrait se mobiliser pour stopper son déclin industriel, ce discours quasi délirant est paralysant et risque de nous faire sortir de l’Histoire. Les écologistes apocalyptiques travaillent en toute bonne foi à aggraver notre handicap technologique face à l’Asie de l’Est: ils sont, en pratique, les idiots utiles de l’Asie. Pendant que nous hurlons «la planète brûle», l’Asie de l’Est conquiert le leadership technologique en contemplant notre suicide géopolitique. La France vit dans une dépression constante: même les Afghans sont plus optimistes!

Le XXIe siècle sera certes vertigineux mais la fin du monde n’est pas au coin de la rue. En 1894, le Times écrivait que Londres serait bientôt enfouie sous deux mètres de crottin: l’automobile changea la donne. La pollution était jadis bien plus dramatique: le grand smog de 1952 a tué 12.000 Londoniens en 72 heures. Les sondages témoignent de la crainte d’une catastrophe imminente: disparition du travail, pollution mortifère, famines apocalyptiques, peurs des OGM. Même s’il existe de réels problèmes environnementaux, nous vivons la période la plus fascinante que l’humanité ait connue: augmentation de la durée de la vie, manipulations génétiques, maîtrise de notre cerveau…

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La peur névrotique de l’avenir nous empêche de comprendre la guerre technologique qui est en cours.

Deux courants philosophiques se font face: les collapsologues pessimistes qui attendent l’apocalypse et les transhumanistes optimistes qui préparent le futur. Les collapsologues sont persuadés que la pénurie de matières premières et d’énergie va entraîner la fin de notre civilisation. Les théoriciens de ce collapsus écologique comme le Mouvement pour l’extinction volontaire de l’humanité, proposent même que nous arrêtions de faire des bébés de manière à disparaître de la surface terrestre pour laisser place à une Nature immaculée. À l’opposé, les transhumanistes américains et chinois veulent créer Homo Deus. Ainsi, Jeff Bezos d’Amazon, est conquérant: «Je veux que mes petits-enfants vivent dans un monde de pionniers, d’exploration et d’expansion dans le cosmos. Nous pourrons exploiter des mines dans les astéroïdes… L’alternative serait la stagnation de la Terre, le contrôle des naissances et la limitation de notre consommation d’énergie. Je ne crois pas que la stagnation soit compatible avec la liberté et ce serait un monde ennuyeux.»

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Après le capitalisme marchand inventé par Venise puis le capitalisme industriel, né en Angleterre, le capitalisme cognitif – c’est-à-dire l’économie de la connaissance, de l’IA et du big data – modifie radicalement la hiérarchie des nations. En 1960, la Corée du Sud avait la même richesse par habitant que l’Afrique noire. Ces bouleversements géopolitiques sont la conséquence des immenses investissements éducatifs et scientifiques des pays d’Asie de l’Est. Leur montée en puissance dans le classement PISA des systèmes scolaires devrait davantage inquiéter que la prétendue fin du monde. Pourtant, au lieu d’investir dans l’éducation et la recherche, nous dépensons 7 milliards d’euros par an pour subventionner des éoliennes et panneaux solaires. La Corée du Sud dépense deux fois plus que la France en recherche: au moment où la captation des meilleurs cerveaux mondiaux fait rage, la France paye ses savants au lance-pierre.

La peur névrotique de l’avenir nous empêche de comprendre la guerre technologique qui est en cours. Contrairement à ce que Francis Fukuyama écrivait en 1992, la fin de l’histoire n’est pas arrivée. La Chine, qui est devenue la première puissance transhumaniste et où règne un consensus sur les manipulations génétiques, l’augmentation cérébrale et le déploiement de l’IA, dispose d’un avantage considérable dans la société de l’intelligence: 90 % des Chinois contre un tiers des Français pensent que l’IA sera bonne pour la société. Nous sommes en guerre. Une guerre technologique implacable et l’Europe n’est pas loin d’un décrochage définitif. L’Europe devient un nain géopolitique parce qu’elle est un nain technologique. Le président chinois, qui a annoncé que son pays deviendrait la première puissance mondiale grâce à l’IA, l’a bien compris. Pour ne pas devenir les perdants du capitalisme cognitif, il nous faut une politique de puissance. Et un ministre de l’Environnement qui ne passe pas ses journées à convaincre les Français de l’imminence de la fin du monde. Puisse François de Rugy être plus pragmatique que son prédécesseur.

Laurent Alexandre est auteur de «La Guerre des intelligences» (JC Lattès, 2017).

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