«Vous n’aurez plus peur du cancer»: les extraits exclusifs du livre événement du Professeur Khayat


«Vous n’aurez plus peur du cancer»: les extraits exclusifs du livre événement du Professeur Khayat:

Le cancérologue le plus réputé de France apporte de nouveaux éclairages sur ce mal du siècle qu’on dit invincible. L’analyse de facteurs propices à son éclosion, comme le stress, et la généralisation de traitements prometteurs laissent penser qu’il ne l’est plus.

Elle s’appelait Florence. Elle était magnifique, brillante, pleine d’humour, y compris dans les moments les plus durs des sept années au cours desquelles je l’ai accompagnée dans son combat. Elle est morte trois semaines avant ses 29 ans. J’avais tenu son cancer sous contrôle pendant sept ans, de chimiothérapie en rémission. Et puis, tout à coup, celui-ci s’est mis à se développer à une vitesse folle, à envahir tous ses organes, les uns après les autres ; il est devenu systématiquement résistant à tous les médicaments, à la radiothérapie, à toutes les thérapeutiques que j’essayais d’imaginer. En moins de trois mois, alors que tout semblait jusque-là maîtrisé, le cancer l’a emportée. J’ai eu du mal à comprendre ce qui s’était passé pour que la situation se renverse si soudainement. Médicalement, c’est-à-dire en termes strictement biologiques, rien n’était venu, en apparence, déclencher cet effondrement brutal et violent des défenses qu’elle et moi avions mises en place pour tenir sa maladie à distance. Rien! Apparemment. Rien, sauf que, quatre mois avant sa mort, son mari l’avait quittée. Loin de moi l’idée de porter un quelconque jugement de valeur sur cette séparation. Non, ce qui m’intéresse ou plutôt m’interpelle ici, c’est l’impact émotionnel de ces événements sur Florence: le départ de son mari, qu’il n’a jamais vraiment expliqué à son épouse, et l’impression de perdre à cette occasion sa béquille, sa boussole. Florence était dorénavant confrontée à la solitude. Ajoutez à cela une prise de conscience – elle était désormais seule dans son combat -, mais aussi une blessure d’amour-propre ; l’abandon avait été si brutal qu’elle était convaincue d’avoir perdu tout intérêt aux yeux de son mari et toute valeur. Tout cela, on l’imagine bien, l’avait profondément bouleversée, fragilisée. Alors, pour faire face a cette immense douleur affective, son corps avait en quelque sorte décidé de se suicider en cessant de lutter contre le mal. Ce flot irrépressible de tristesse, en un mot, son désespoir, avait éteint toute lumière en elle, toute envie de vivre, au point qu’elle avait autorisé le cancer à gagner le combat. […]

L’impact décisif du stress

Le stress, voilà, le mot est lâché! Le grand malfaiteur du siècle. Mais comment est-ce possible? Comment biologiquement l’impact se produit-il? Le terme «stress» vient de l’ancien français estrece, qui veut dire «oppression» et est lui-même issu du verbe latin stringere, signifiant «serrer». Il constitue l’ensemble des réponses mentales, émotionnelles et physiques de l’organisme soumis à des contraintes ou à des pressions. Ces réponses dépendent toujours de la perception qu’a l’individu des pressions qu’il ressent. Aujourd’hui, après quarante ans d’expérience, j’affirme qu’il existe un lien entre stress et cancer. Ce que nous pouvions pressentir, subodorer, est désormais une chose établie. Toute la question est de comprendre pourquoi et comment le stress est la gâchette! […]

La méthode scientifique, qui implique la démonstration objective d’un lien entre la cause et l’effet, nécessiterait que l’on prenne deux groupes d’individus volontaires, qu’on les fasse monter dans un avion, que l’on équipe la moitié d’entre eux d’un parachute et l’autre, d’un sac à dos vide… Puis que l’on fasse sauter tout ce beau monde de l’avion! Ensuite, il ne resterait plus, pour tirer les conclusions de l’enquête, qu’à compter les morts écrasés au sol et à voir s’il y en a eu moins dans le groupe avec parachute que dans le groupe sans parachute! Voilà, c’est ça, la méthode scientifique! Autre exemple: est-ce qu’il vous paraîtrait imaginable de prendre des jeunes mères et d’enlever brutalement à la moitié d’entre elles leur bébé pour voir si, dans le futur, on enregistre plus de cancers chez celles qui auront perdu leur enfant que chez celles qui auront pu continuer de vivre avec le leur? Ce type de démonstration est, par nature, et moralement, impossible à mener. On voit bien que, dès lors que nous voulons observer les liens entre psychisme et cancer, nous ne pouvons pas nous appuyer sur des études prospectives. Voilà pourquoi la science ne peut se prononcer depuis toutes ces années. Alors comment puis-je aujourd’hui étayer cette conviction, tirée de mon expérience clinique de plus de quarante ans de cancérologie, que ce lien existe bel et bien? Simplement parce que le contact avec des milliers de malades, de toutes origines, de toutes conditions, m’a personnellement montré qu’il existe. […]

«Chez l’homme, l’anxiété provoquait un doublement de la mortalité par cancer.»

Une autre étude finlandaise, en 2003, va continuer d’ébranler les idées reçues et pointer la dangerosité du stress: 10.808 femmes ont été suivies à partir de 1981, soit pendant vingt-deux ans, un questionnaire listant les circonstances particulièrement stressantes (divorce, séparation, deuil conjugal, perte d’un être proche) de leur vie. Au cours du suivi, 180 cancers du sein ont été diagnostiqués. L’existence d’au moins un antécédent de stress avait augmenté le risque de cancer du sein de 35 %. Plus encore, le divorce ou la séparation multipliaient le risque par 2,2 – la mort du mari par 2 et la mort d’un parent très proche de 35 %. Chez les hommes, l’impact du stress est tout aussi terrible avec sa cohorte de dommages. En 2016, une étude britannique établissait le lien entre anxiété généralisée et le risque de mourir d’un cancer chez plus de 15.000 Anglais âgés de plus de 40 ans. Chez l’homme, l’anxiété provoquait un doublement de la mortalité par cancer. […]

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Il me faut aussi admettre que la souffrance que je ressens, à un instant donné, est en réalité l’expression de la souffrance de mes cellules, et qu’elles m’informent de leur détresse. Si la capacité que j’ai à supporter cette souffrance, le seuil à partir duquel ce stress devient trop important sont bien directement liés aux gènes reçus de mes parents, l’idée que je ne puisse plus y faire face, préférant encore une fois, à l’échelon cellulaire, un suicide plutôt que la pensée que je n’iraijamais mieux, est clairement en rapport avec la façon dont la vie a modifié ces mêmes gènes via l’épigénétique. Je suis intimement convaincu qu’il existe un lien entre émotions cellulaires – et donc nos émotions propres – et le cancer. Ce lien s’explique par l’intelligence cellulaire. Alors, si mes cellules souffrent, il est logique qu’elles fassent advenir en moi une manière de ne plus subir cette souffrance. […]

Géniale immunothérapie

[L’un des problèmes auxquels] va être confrontée la cellule cancéreuse est d’échapper à tous les systèmes qui assurent la protection de l’organisme, et, en premier lieu, au système immunitaire. Même si le mot est familier, beaucoup d’entre nous ne savent pas très bien à quoi il correspond précisément. De façon très basique, c’est un système dont le seul but est de protéger un individu contre tout ce qui lui est étranger, au premier chef contre toutes les sortes d’infections qui le menacent. Il faut bien le savoir, nous vivons en état de siège infectieux permanent, et notre système immunitaire est notre bouclier! Par exemple, notre flore bactérienne intestinale (le fameux microbiote) est indispensable pour assurer notre digestion, mais en même temps elle est potentiellement très dangereuse. En effet, si notre protection immunitaire baissait et si notreflore intestinale nous attaquait subitement de l’intérieur, les dommages seraient réels, car notre corps comprend encore plus de bactéries que de cellules! Cette défense nous est aussi nécessaire contre tous les agents infectieux qui nous entourent à l’extérieur et qui ne demandent qu’à nous contaminer, que ce soit par voie respiratoire, cutanée ou digestive. Nous survivons à cette terrible menace permanente uniquement grâce à ce système de surveillance qu’est notre système immunitaire. Il est constitué de deux types d’armes d’autodéfense cellulaires. D’abord les lymphocytes, que la majorité d’entre nous appelle les globules blancs, même si, en réalité, les lymphocytes ne représentent que 30 à 40 % des globules blancs. Ces lymphocytes sont, selon leur type, capables soit d’attaquer directement tout ce qui n’est pas reconnu comme appartenant à l’individu, soit de fabriquer contre ces menaces des sortes de missiles guides à l’efficacité redoutable: les anticorps.

Ces anticorps sont des protéines fabriquées par certains lymphocytes qui sont relarguées dans le sang ; en circulant, ils vont chercher et reconnaître tout ce qui est étranger à notre corps et susceptible de nous nuire, pour le détruire. Et, génie de la nature, ces lymphocytes parviennent à se souvenir du corps étranger rencontré ou combattu, car ils sont dotés d’une mémoire prodigieuse. Si la même menacese présente une deuxième fois, l’identification sera immédiate et la destruction, automatique et encore plus rapide et efficace. D’une certaine manière, les lymphocytes apprennent à reconnaître une structure étrangère et vont la mémoriser, ce qui les rendra encore plus performants dans leur rôle de défenseurs lors d’une nouvelle rencontre. Le seul handicap de cette défense lymphocytaire, c’est que le lymphocyte a besoin qu’on lui présente cette menace au préalable. Il faut qu’on lui apprenne à l’identifier comme étrangère, en lui montrant ce qui la rend différente et pourquoi, n’ayant rien à faire dans notre corps, elle doit être éliminée. Le lymphocyte fonctionne un peu comme un chien qu’on aurait éduqué à detecter un danger. Quand celui-ci est identifié, entrent en scène les contrôleurs.

Chasse aux envahisseurs

C’est là qu’un autre type de cellule prend les choses en main: les macrophages. Eux agissent comme desgardes-frontières! Ils contrôlent toutesles cellules qu’ils rencontrent en demandant leurs papiers d’identité pour vérifier qu’elles appartiennent bien au même individu qu’eux. Tant que les cellules rencontrées sont capables de montrer patte blanche, rien ne se passe. Mais si quoi que ce soit semble louche, le macrophage se déchaîne! Il attrape cet élément étranger, le découpe en morceaux et donne l’alarme aux lymphocytes! Il leur fait toucher, sentir, voir, comprendre en quoi cette structure est étrangère à l’organisme, ce qui déclenche immédiatement la chasse aux envahisseurs. Chaque jour, des centaines d’alertes sont activées par notre merveilleux système immunitaire, qui nous défend contre toute menace. Pour lui, les choses sont assez simples et se résument, de manière manichéenne au soi et au non-soi, au familier et à l’étranger. Il y a ce qui est moi et que je protège, et tout ce qui n’est pas moi, que je détecte et détruis. L’énergie dépensée par ce système de défense est donc considérable, puisqu’il veille sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, à la protection de notre corps.

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Alors, à ce stade, on peut se demander pourquoi un système aussi performant, censé nous défendre contre tout ce qui nous menace, n’est pourtant pas capable d’éliminer les cellules cancéreuses! Effectivement, elles échappent à la surveillance par des stratagèmes que l’on peut qualifier d’intelligence cellulaire. Chaque attaque programmée est précise, contrôlée, pertinente. Et le pointd’orgue de cette intelligence cellulaire cancéreuse est le camouflage. Le stratagème le plus anciennement décrit est un mécanisme de camouflage qui va faire en sorte que les macrophages, et donc les lymphocytes, soient aveugles et ne puissent identifier, reconnaître, percevoir, devinerla moindre cellule cancéreuse. Nos cellules cancéreuses vont, par exemple, se recouvrir d’une colle sur toute la surface de leur enveloppe, substance qui va provoquer l’adhésion, tout autour de la cellule maligne, de toutes sortes de cellules ou de débris qui passaient par là. Un peu comme si un animal se cachait en se recouvrant de feuilles mortes, de branchages, de cailloux… Les cellules cancéreuses ont surtout recours à ce camouflage pour circuler dans les vaisseaux afin de quitter la tumeur primaire et ainsi aller constituer une métastase. Ce voyage vasculaire est long et périlleux, car elles sont susceptibles à chaque instant de se retrouver nez à nez avec une cellule du système immunitaire, qui ne cesse de faire des rondes de surveillance. Ce camouflage n’est qu’une des dizaines de stratagèmes que la cellule cancéreuse a développés au cours du temps pour se mettre à l’abri et appliquer son plan d’attaque. Mais aussi performantes en camouflage soient-elles, les cellules sont parfois reconnues et attaquées. Comme toujours dans la nature,les plus faibles sont éliminés. C’est la sélection naturelle. Les cellules cancéreuses les plus fragiles vont être repérées et éliminées, et ce procédé explique en partie pourquoi, au fur et à mesure de son évolution, un cancer devient de plus en plus redoutable et de plus en plus intelligent: seules les cellules les plus malignes survivent. Elles vont finalement être les seules à se reproduire et à engendrer une descendance à chaque génération plus performante.

Tueur en série

Pendant très longtemps, et il y a encore cinq ou six ans, on ne comprenait pas pourquoi tous ces macrophages et ces lymphocytes ne parvenaient pas à éliminer notre tueur en série. Au microscope, lorsque l’on examinait une tumeur, on voyait bien des centaines de macrophages et globules blancs autour des cellules cancéreuses, mais, étrangement, ces cellules de notre système immunitaire semblaient endormies, incapables de contre-attaquer. Puis, un jour, on a fini par comprendre pourquoi!

Aussi incroyable que cela puisseparaître, quand les cellules cancéreuses comprennent qu’elles sont découvertes et attaquées, elles sécrètent tout autour d’elles une substance capable d’endormir les globules blancs, une sorte de somnifère puissant qui provoque l’inactivité de tous les lymphocytes. Ce somnifère, nommé PDL1, est assez stupéfiant, car il n’endort que les cellules qui possèdent à leur surface un récepteur spécifique, appelé, lui, PD1. Aussi, lorsque le PDL1 s’arrime sur son récepteur spécifique, le PD1, la cellule qui abrite ce dernier s’assoupit aussitôt.

Voilà le plus extraordinaire dans cette histoire! C’est comme si les cellules cancéreuses savaient que les lymphocytes qui s’approchent pour les tuer possédaient ce récepteuret étaient donc sensibles à l’effet d’endormissement que le PDL1 allait provoquer! C’est, soit dit en passant, à partir de la découverte de ce phénomène que l’on a tout récemmentdéveloppé cette nouvelle façon delutter contre le cancer: l’immunothérapie. Celle-ci consiste à administrer aux malades des antidotes à ce somnifère (des anti-PDL1 ou anti-PD1) qui immobilisent les cellules cancéreuses, dès lors incapables d’endormir les globules blancs.

L’Enquête vérité, du Pr David Khayat, Albin Michel, 224 p., 19,50 €. En librairie le 19 septembre.

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