Je t’embauche, je te gâte, je t’invite: révélations sur l’inculpation de Rybolovlev


Je t’embauche, je te gâte, je t’invite: révélations sur l’inculpation de Rybolovlev:

En prenant les manettes de l’AS Monaco en 2011, l’oligarque russe Dmitri Rybolovlev n’a pas seulement acheté un club de football. À coups de faveurs et embauches, il a tissé sa toile jusqu’au Palais du prince.

Le monde est petit. Surtout à Monaco. Et ça, Dmitri Rybolovlev l’a bien compris. Dans un État grand comme une goutte d’eau qui cultive le secret et l’entre-soi depuis des décennies, le nouvel homme fort de l’AS Monaco s’est appuyé sur le club de football
de la principauté, incontournable institution locale, pour tisser sa toile jusqu’aux portes du Palais du prince Albert II.

Les documents issus des Football Leaks obtenus par Der Spiegel, couplés à des données judiciaires consultées par Mediapart et aux témoignages de plusieurs anciens proches (voir en Boîte noire), révèlent le clientélisme de l’oligarque
sur le Rocher, paradis fiscal aux portes de l’Union européenne, qui dispose d’une relation privilégiée avec la France.

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L’affaire dépasse largement le cadre du football. Elle
revêt même tous les attributs d’un scandale d’État puisqu’elle a permis au clan Rybolovlev de jouir d’une proximité exceptionnelle avec les autorités judiciaires et politiques du pays, jusqu’à obtenir des informations sur des enquêtes en cours ou
participer à la rédaction d’une loi. Elle pourrait ainsi faire vaciller le Rocher, déjà chancelant depuis l’ouverture d’une enquête judiciaire pour des faits de corruption à la suite d’une plainte déposée par d’anciens proches de Rybolovlev.

L’instruction conduite par le juge Édouard Levrault, un jeune et coriace fonctionnaire français détaché à Monaco depuis 2016, s’est accélérée ces dernières semaines.

Les soupçons portent sur la manière dont l’oligarque a, telle une araignée, tissé sa toile sur le Rocher, à coups de tapes dans le dos, cadeaux, ou embauches de complaisance. L’enquête a entraîné la mise en examen, le mercredi 7 novembre, de Rybolovlev
pour « corruption active », « trafic d’influence actif », « recel de violation du secret de l’enquête ». L’oligarque, qui bénéficie de la présomption d’innocence comme toutes les personnes
impliquées dans ce dossier, jure qu’il n’a jamais eu de comportement répréhensible ou inapproprié (voir sous l’onglet « Prolonger »).

La tempête menace aussi l’appareil judiciaire et l’entourage le plus proche du prince. Aux commandes du pays depuis avril 2005 et le décès de son père, le prince Rainier III, qui avait régné pendant 55 ans, Albert II fait face à la plus
grave affaire de son gouvernement. La semaine dernière, les anciens ministres de l’intérieur et de la justice, ainsi que trois hauts responsables possibles (un à la retraite et deux en activité) ont aussi été inculpés dans la foulée de l’actionnaire
russe de l’ASM. L’enquête se poursuit.

La cour des Grimaldi tremble face aux développements de l’enquête. « Vous avez bien compris que cette situation n’est pas confortable », convient le prince, dans un entretien à Mediapart.
« Mais je pense qu’il faut laisser faire la justice jusqu’au bout », ajoute-t-il. Au sujet de M. Rybolovlev, accusé d’avoir cannibalisé une partie de l’appareil d’État, il ajoute : « Si jamais tout cela était avéré, je pense que de lui-même il se retirera. »

Fidèle à sa discrétion (lire l’épisode 1), Rybolovlev ne s’implique pas directement dans la gestion de l’AS Monaco et de son
business sur le Rocher. Il supervise seulement les opérations, qui sont conduites par ses deux plus proches fidèles.

À 34 ans à peine, Tetiana Bersheda est la femme de confiance de l’oligarque. Cette fille de diplomate ukrainien, qui a obtenu la nationalité suisse, s’est mise au service de « Rybo » après ses études de droit à Fribourg. Elle réside à Monaco
depuis 2014, où sa silhouette est désormais incontournable dans les dîners en ville. Elle cumule les fonctions d’administratrice de l’ASM et de Monaco Sports Invest (MSI), la société monégasque par l’intermédiaire de laquelle le milliardaire
russe contrôle le club. Elle a aussi été rémunérée à temps partiel comme conseillère du président de l’ASM du 1er juillet 2013 au 31 août 2015. Bersheda, avocate inscrite au barreau de Genève, s’occupe également des questions juridiques
du « family office » de Rybo sur le Rocher, Rigmora, qui emploie à lui seul plus d’une vingtaine de personnes, ainsi que des relations de l’oligarque avec les institutionnels. Le club de football lui donne en ce sens un formidable accès
au tout-Monaco. Son entregent l’a même propulsée, en 2015, à la présidence de la prestigieuse association des « amis des ballets de Monte-Carlo ».

Dmitry Rybolovlev avec le prince Albert II de Monaco. © UlysDmitry Rybolovlev avec le prince Albert II de Monaco. © Ulys

À ses côtés, Vadim Vasilyev, un Russe de 53 ans, l’autre homme de main de celui qu’il n’appelle souvent que par ses initiales, « DR », s’occupe de la direction générale de l’ASM. Lui aussi, arrivé à Monaco dans les valises de son
patron, est désormais une personnalité du Rocher. Jovial, toujours souriant et parfaitement francophone, « Vadim », jusqu’ici néophyte en matière de ballon rond, assure la représentation du club dans toute l’Europe et fait efficacement
tourner la machine au quotidien.

Pour tisser leur toile sur le Rocher, Bersheda et Vasilyev ont d’abord utilisé une ressource de première main pour un club de football, les places de matchs, pour inviter tout ce que la principauté compte de personnalités. En théorie, une liste, présentée
à Rybolovlev par Vasilyev en juillet 2013, l’année de la remontée de l’ASM en première division, était censée limiter à une centaine de personnes les bénéficiaires des billets.

Ce dispositif prévoyait, comme dans chaque club de football, d’inviter régulièrement les représentants des autorités locales, ici principalement issus du ministère d’État (« 66 places ») et du Palais (« 26 »).
Mais le clan Rybo a industrialisé ce système clientéliste, entraînant inévitablement un phénomène de cour autour de ce nouvel oligarque inconnu, désormais à la tête du club de football, le « joujou » du prince.

Dans le cadre de son enquête, le juge Levrault a interrogé Nicolas Holveck, directeur général adjoint du club : « Le fait qu’un club de football offre des invitations à des entités publiques est-il à votre connaissance une pratique normale et/ou courante? » lui a demandé le magistrat. Réponse de Nicolas Holveck : « Normale, je ne peux pas juger, mais courante, de façon certaine, oui, et cela dans les 40 clubs de ligue 1 et 2 en France. (…) Je sais que tous les clubs professionnels agissent de la sorte, car ayant des relations avec toutes les institutions en France, et en l’espèce, en Principauté. »

À Monaco, le phénomène a pourtant pris une dimension exceptionnelle. À la suite de cette audition, l’ASM a transmis un tableau au juge d’instruction laissant apparaître qu’en plus des invitations « saisonnières » (573 invitations),
il y avait en moyenne, sur les trois dernières saisons, 2 557 invitations supplémentaires offertes par l’ASM FC. Pas mal pour des abonnements allant de 150 euros la saison à 7 000 euros pour les VIP.

En interne, certains dirigeants ont d’ailleurs déploré l’ampleur de cette pratique locale, qui engendre inévitablement des pertes pour le club. En janvier 2015, Henri van der Aat, directeur marketing ASM sur le départ, liste à Vadim les dossiers que
son successeur devra gérer prioritairement. Il écrit notamment : « J’ai fait une analyse complète du match à domicile contre Arsenal pour savoir ce qui se passe avec chaque siège, car ce match sera complet. J’ai donc analysé quel siège est attribué gratuitement à qui et pourquoi. C’était assez choquant, car beaucoup d’argent est une nouvelle fois perdu. Il est important que vous sachiez combien de sièges vont par exemple à la police, au gouvernement, aux maires, etc. »

Depuis, le club enregistre avant chaque match les commandes comme au comptoir d’un fast-food. Ministres, conseillers, élus, policiers, douaniers, etc. : tout le monde y passe, dans une organisation savamment orchestrée par Vasilyev. Ce dernier
reçoit et valide les demandes, depuis son bureau à la Turbie, le centre d’entraînement du club, en lien avec le personnel de Rigmora, le « family office » de Rybolovlev, et prépare la loge du milliardaire comme on façonne le plan de
table d’un mariage. Les arbitrages se font souvent jusqu’au dernier moment pour savoir qui sera à côté de qui dans un aréopage d’invités tous plus prestigieux les uns que les autres.

Le commissaire Christian Carpinelli, retraité de la Sûreté publique monégasque, s’en est inquiété, le 24 octobre 2017. Ce jour-là, dans le bureau du juge Levrault, il a mis le doigt sur les « faveurs » de M. Rybolovlev « à l’égard de certaines hautes personnalités »,
notamment dans la police. L’ancien flic a observé le manège de près lorsqu’il fut directeur de la sécurité de l’ASM en 2013. Dans ces fonctions, il a « eu connaissance de la liste des bénéficiaires des invitations ». « On y retrouverait essentiellement l’état-major de la police »,
a-t-il déclaré au juge, y voyant une « manière délicate de la part de l’ASM de s’attacher les bons services de la police ».

Parfois, les précieux billets (notamment pour la Ligue des champions) s’accompagnent de confortables conditions. Ainsi pour un match à Lyon, le 7 mai 2016, Vasilyev propose au nouveau ministre d’État – le chef du gouvernement de Monaco – Serge Telle,
un ancien socialiste français entré en fonctions trois mois plus tôt, de faire le déplacement avec lui… à bord de l’avion privé de l’oligarque russe Alexeï Fedorichev, patron de la société Fedcom, sponsor historique de l’ASM. Selon
nos informations, Serge Telle a accepté d’être gracieusement convoyé dans son avion en compagnie de son fils, alors âgé de 13 ans. Preuve que le sujet n’est pas tabou : deux mois plus tard, le ministre prévoit de réutiliser le même avion,
toujours aimablement mis à disposition, pour suivre un déplacement de l’ASM à Istanbul, avant d’annuler à la dernière minute.

Les invitations distribuées par Vasilyev et Bersheda dépassent aussi les intérêts monégasques, puisqu’elles permettent également de convier des personnalités en lien avec les affaires de Rybolovlev à l’étranger, comme des hommes d’affaires russes
ou le marchand d’art Yves Bouvier, propriétaire des ports francs de Genève et Singapour, avec lequel l’oligarque a longtemps commercé jusqu’à leur brouille mémorable en 2015.

Depuis cette date, les deux hommes se mènent une bataille judiciaire homérique : Rybolovlev accuse notamment Bouvier d’avoir empoché une plus-value cachée de 47,5 millions de dollars sur le tableau Salvator Mundi de Léonard de Vinci, la
toile la plus chère du monde (450,3 millions de dollars).

Le Suisse a contre-attaqué en octobre 2017 en déposant une plainte contre Rybo pour « corruption », « faux criminel » et « blanchiment ». Au milieu, une troisième procédure a été lancée par Tania Rappo, ancienne amie
de la famille Rybolovlev également mise en cause dans la procédure intentée par l’oligarque à l’encontre de Bouvier, qui a attaqué Tetiana Bersheda pour l’avoir enregistrée à son insu, en 2016, lors d’un dîner arrosé à la vodka.

L’impact de la distribution de places de matchs aux hauts fonctionnaires et dirigeants a toujours été un sujet largement sous-estimé dans l’analyse des phénomènes de corruption. En France, l’ancien secrétaire d’État chargé du budget Christian Eckert
le rappelait, en juillet 2018, dans une analyse revenant sur la difficulté à porter des réformes contre les intérêts des millionnaires du sport de haut niveau « tant il est vrai que les lobbies de l’économie du sport sont parmi les plus puissants ».
« Les loges des stades regorgent de parlementaires, de ministres, de membres de cabinets ministériels, de PDG », expliquait Eckert, en ajoutant, sur un ton ironique : « Les invitations qui leur sont adressées sont bien sûr aussi désintéressées que gratuites et appréciées…! »

Aussi désintéressé soit-il, ce procédé a indéniablement permis au clan Rybo de nourrir de sérieuses relations à Monaco. Au fil des mois, on se tutoie, on entre dans la vie privée, prend des nouvelles des enfants, s’invite à dîner, se sent redevable,
dans une ambiance de connivence qui peut transcender les intérêts.

Un lobbyiste qui bloque une publication

Le 19 mars 2017, le commandant Frédéric Fusari, adjoint du chef de la police judiciaire, s’enthousiasme du match de demi-finale de Ligue des champions à venir entre l’AS Monaco et la Juventus de Turin le 3 mai : « Les Italiens vont s’arracher les places »,
écrit le fonctionnaire. « J’ai vu ! C’est génial ))) je vous prends deux invitations ? » propose Mme Bersheda (relire notre enquête ici et notre boîte noire).
« Nous verrons mais c’est gentil d’y penser », répond M. Fusari, qui est alors pourtant chargé de l’enquête ouverte après la plainte de « Rybo » contre Bouvier…

Même comportement avec les élus : « Vadim, dans le cadre du déplacement Anderlecht [club de la banlieue de Bruxelles – ndlr] du 17/09 que penses-tu si j’emmène 3 élus avec moi là-haut ? (…) Je pense que c’est bien si on continue d’entretenir des Allavena, Crovetto, Clerissi, etc. [membres
du Conseil national – ndlr] », écrit, en septembre 2015, à Vasilyev, le lobbyiste David Wigno. Cet ancien collaborateur du puissant conseiller national Laurent Nouvion (président de l’assemblée de 2013 à 2016), également engagé dans
la campagne d’Alain Juppé lors de la primaire de la droite, a été embauché par Vasilyev pour l’accompagner dans ses relations avec la presse et les pouvoirs publics. C’est lui qui l’introduit dans les événements mondains, organise les dîners avec
les élus et le conseille sur le positionnement du club (« rejoindre la Fédération des entreprises monégasques », « se rapprocher de la population »…).

Mais le consultant est bien plus que cela. Le 23 avril 2015, avec Bersheda, il parvient à faire annuler la parution d’un « dossier de six pages » dans le mensuel L’Observateur de Monaco sur le conflit Rybolovlev/Bouvier. « L’article est supprimé »,
se félicite Wigno auprès de Bersheda, après avoir échangé au téléphone avec le propriétaire du journal. « Sommes-nous sûrs que rien ne sortira ? »s’inquiète l’administratrice de l’ASM. « Oui », rassure le
lobbyiste, qui considère « qu’il faudra que je vois (avec toi) DR pour un point sur l’évolution de son image à Monaco et sur le projet média pour que nous puissions rééquilibrer les choses si un jour nous devions avoir des attaques ultérieures ». Interrogé
par Mediapart, Wigno confirme l’épisode : « J’ai effectivement été amené à agir pour décaler dans le temps la publication d’un article dont certains aspects étaient trop approximatifs. »

C’est sans doute dans ce souci de « rééquilibrer les choses » que Wigno fait acheter, en octobre 2016, par l’ASM, 10 000 euros de publicité dans La Principauté, le « premier journal d’actualité de Monaco ».
Faible investissement pour un bénéfice maximal. « Voici un ordre de publicité pour poursuivre le soutien de l’AS Monaco à ce journal. Tu auras compris qu’il s’agit là de politique uniquement », explique le lobbyiste à l’adjoint
de Vasilyev, en précisant que « cela fait maintenant deux ans qu’on fait cela ». M. Wigno nuance aujourd’hui son propos : « Quand on qualifie de “politique”, une intervention de ce type, il s’agit ni plus ni moins que d’un abus de langage pour parler de stratégie média »,
explique-t-il à Mediapart.

 © Reuters © Reuters

À l’occasion, Wigno transmet aussi au clan Rybolovlev des informations de première main, comme ce document secret du « Département des finances et de l’économie » du gouvernement monégasque en lien avec une opération immobilière pour
la boutique de l’ASM, qu’il remet en octobre 2014 à Vasilyev, accompagné de ce message : « Confidentiel. Obtenu par un élu ». Deux mois plus tard, un salarié du club préconise de mettre la pression sur les conseillers
nationaux pour obtenir le déblocage du financement des travaux de rénovation du stade. Vasilyev demande son avis à Wigno, lequel rétorque : « Il faut en parler mais pour le moment d’abord on se met les élus dans la poche. » Là encore, le lobbyiste atténue désormais la portée de cette phrase : « À partir du moment où on explique le bien-fondé d’un projet, on cherche de facto à obtenir l’approbation globale d’une opinion (…) politique. »

Wigno se démène, y compris en dehors de la principauté. « Mon travail de lobbying auprès des élus est permanent : il a été optimal à Londres et même ici à Strasbourg », se félicite-t-il auprès Vasilyev en septembre 2016.

Pour de nombreuses personnalités du Rocher, les cadeaux vont d’ailleurs bien plus loin que la seule distribution de places de matchs. Chaque année, à l’occasion des fêtes de fin d’année, le clan Rybo se met en quatre pour cajoler la nomenklatura locale.

Là encore, aucun détail n’est laissé au hasard par l’oligarque russe, qui mobilise ses troupes plusieurs semaines à l’avance. En novembre 2011, Mme Bersheda échange, dans un mail intitulé « Cadeaux de Noël », avec une employée de
Rigmora sur une liste de fonctionnaires, élus et ministres, auxquels il convient d’adresser un présent de la part de « DR ». « Nous offrons du très bon vin pour les hommes, et du champagne et chocolat aux femmes », précise
la salariée de Rigmora.

La liste des heureux bénéficiaires lui a été transmise par l’homme d’affaires belge Willy de Bruyn. Administrateur de l’ASM, ce résident monégasque, proche d’Albert II, a été présenté à Rybolovlev par Bersheda en 2011. C’est même lui qui aurait joué
les entremetteurs entre le prince et cet oligarque russe sorti de nulle part. Depuis, De Bruyn, très introduit sur le Rocher, est totalement dévoué au clan Rybolovlev.

D’où vient cette fidélité à un oligarque qu’il connaît si peu ? Le mystère reste entier. En août 2017, selon nos informations, le club prévoyait de verser pas moins 33 millions d’euros d’indemnités – avant impôts – à ses neuf administrateurs,
dont De Bruyn fait partie. Un joli pactole, à faire pâlir d’envie n’importe quel administrateur d’une entreprise du CAC40. « Il n’en a jamais été question au conseil d’administration », défend De Bruyn. « Cela a peut-être été un projet interne, mais une telle somme n’a jamais été versée aux administrateurs »,
jure un autre membre du CA, Jean-Pierre Gastaud, hilare, car il n’a jamais touché un centime depuis l’arrivée de Rybolovlev en 2011. De Bruyn, « consul honoraire » du Maroc à Monaco, encaisse de l’argent de l’oligarque par l’entremise
de sa société Eurusa, qui est un prestataire du « family office » du milliardaire russe, Rigmora.

La liste de cadeaux de Noël qu’il a transmise à Bersheda en 2011 laisse apparaître huit noms : quatre hauts fonctionnaires aux missions stratégiques (des responsables de la Sûreté publique, ou du service des visas à l’Ambassade de France) et quatre
membres du gouvernement (dont Paul Masseron à l’intérieur et le ministre d’État de l’époque – équivalent du premier ministre – Michel Roger). Les noms des quatre ministres sont surlignés. Car, pour eux, le vin doit être « TRES bon (pas seulement bon) »,
insiste Tetiana Bersheda par mail. Elle réclame aussi que du « bon vin » soit envoyé à Jean-François Robillon, alors président du Conseil national de Monaco, et à son directeur de cabinet, Jean-Sébastien Fiorucci.

Interrogé par Mediapart, le Palais considère que la « réception de cadeaux de courtoisie encadrée par des textes n’a jamais conduit à dérégler le bon fonctionnement des services de l’État ». Deux arrêtés disposent que les fonctionnaires
ne peuvent en théorie « accepter, directement ou indirectement, de cadeaux, faveurs ou tout autre avantage à l’occasion de l’exercice de leurs fonctions, susceptibles d’influer ou d’apparaître influer sur l’impartialité avec laquelle ils doivent s’acquitter de leur mission de service public ». Mais les textes prévoient une incise « à l’occasion d’événements traditionnels tels que notamment les fêtes de fin d’année », période pendant laquelle les agents peuvent « recevoir des cadeaux d’usage relevant de la courtoisie ou de l’hospitalité ».

« C’est une veille tradition à Monaco d’envoyer pour Noël à ces amis et relations des cadeaux tels que friandises, champagne et vins. N’y voyez surtout pas une quelconque tentative de corruption », appuie Willy De
Bruyn.

Rybolovlev s’est rapidement accoutumé aux traditions locales. En 2013, c’est le club qui rédige une liste de 91 bénéficiaires, parmi lesquels on trouve des membres du milieu du football (ligue et fédération françaises, UEFA, Fifa) mais surtout tout
le banc et l’arrière-banc du Rocher, dont Albert II et sa femme Charlène. « Je suis touché et gêné à la fois mais surtout assurez [Dmitri Rybolovlev] de mon dévouement pour le Prince pour aider l’ASM », s’émeut, le 25 décembre
2013, l’un des plus proches collaborateurs d’Albert II, Bruno Philipponnat à Tetiana Bersheda.

L’année suivante, la secrétaire particulière de Vasilyev élabore une nouvelle liste, découpée en quatre catégories de bénéficiaires, à commencer par les « Very VIP (VVIP) », soit les seize relais les plus importants pour Rybolovlev
sur le Rocher. Le prince Albert II bénéficie de ce pack, complété par une boîte de caviar Beluga de 200 grammes.

Le clan de l’oligarque n’est pas moins généreux le reste de l’année. Et ça, les textes monégasques ne le permettent normalement pas.

En février 2011, Bersheda et De Bruyn s’organisent pour adresser des bouteilles de vin à Paul Masseron et Michel Roger suite à l’attribution rapide de la carte de résident à Rybolovlev. Et pas n’importe quel vin : les bouteilles se chiffrent
à plusieurs milliers d’euros. Tout le monde ne semble pour autant pas encore habitué aux méthodes de l’oligarque : une montre était aussi prévue pour une « troisième personne », « chef de la police », mais
« il a apparemment peur de la recevoir », s’étonne la conseillère de Rybolovlev.

Quatre ans plus tard, les scrupules semblent avoir disparu. Le 26 février 2015, en pleine enquête sur la plainte de « Rybo » contre le marchand d’art Bouvier, Tetiana Bersheda offre au chef de la police Régis Asso un joli Samovar chez lui :
« Merci Tetiana de votre envoi qui a beaucoup touché ma sensibilité forte pour la Russie. Pouvez-vous adresser mes remerciements sincères à Dimitri Ryboloblev. » « Je vous assure à tous deux de ma fidélité et vous transmets mes salutations les plus chaleureuses »,
conclut même le policier, dans un message dont le contenu avait été révélé dans Le Monde.

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La relation prend une tournure encore plus étonnante deux semaines plus tard. Bersheda félicite Asso, qui vient de lui transmettre un article du Point faisant état des avancées de la plainte de Rybolovlev contre Bouvier. « Cher Régis, merci beaucoup ! » écrit
la conseillère de l’oligarque dans un SMS, « en effet, nous avons pu obtenir des mesures de saisies des actifs à Singapour (…) mais ce n’était possible que grâce à l’efficacité de vos enquêtes ! Encore bravo et merci à toute votre équipe et vous-même personnellement ».

Bersheda et Vasilyev se distinguent aussi par ces petits messages et attentions du quotidien, qui ne laissent jamais insensibles leurs interlocuteurs. Comme ces deux maillots floqués « Mbappé » pour le ministre d’État Serge Telle juste avant
le départ de la star du football français pour le Paris Saint-Germain à l’été 2017. Ou encore cette diligence de Willy de Bruyn pour faire dédicacer deux maillots de l’attaquant colombien Falcao pour les enfants de la secrétaire particulière du
prince. Le 21 juin 2016, le secrétariat de la princesse Charlène écrit à son tour à Rybolovlev : « Son Altesse Sérénissime la Princesse de Monaco m’a demandé de vous remercier le plus sincèrement pour les merveilleuses chaussures de course, le sac de sport et les vêtements. » Ce
courrier sur mesure précise : « Très touchée par votre geste et votre prévenance, Son Altesse Sereine La princesse Charlène portera ces cadeaux avec grand plaisir. »

Les vacances avec le prince

Le milliardaire n’oublie pas ses amis en vacances. En juin 2014, Bersheda et Bruno Philipponnat, membre du cabinet d’Albert II, organisent de concert un séjour du prince sur l’île de Skorpios, en Grèce, que Rybolovlev a offert à sa fille pour
quelque 113 millions d’euros. Le mois suivant, à l’occasion de la Coupe du monde de football au Brésil, l’oligarque loue à Rio une villa pendant 30 jours (coût de la location : 300 000 euros) et organise une
autre grande soirée à laquelle il convie le prince et son entourage. Albert II n’en a pas souvenir : « Je me souviens à peine d’avoir croisé M. Rybolovlev au Brésil », explique-t-il à Mediapart.

En août 2016, le souverain passe également une journée sur le yacht de l’oligarque qui mouille au large de la Corse. Albert a fait le déplacement en hélicoptère, avec un agent de sécurité, jusqu’à Porto-Vecchio. Le soir, il rentre à Monaco avec Vadim
Vasilyev et Stéphane Morandi, un proche du prince, aux manettes d’une boîte de production audiovisuelle. L’année suivante, « son altesse sérénissime », visiblement inséparable de Rybo, accepte une nouvelle invitation en famille
dans une des résidences d’été de l’oligarque, à Majorque.

« Je n’ai jamais passé plusieurs jours d’affilée avec M. Rybolovlev. C’était toujours ponctuel », tient à expliquer Albert II. L’oligarque l’a par exemple invité à plusieurs reprises aux fêtes de Pampelune (Espagne), où il
se rend chaque année. « Je n’ai pas accepté d’y aller. J’ai d’autres choses à faire mais je ne peux pas non plus dire non à tout, et puis il faut quand même garder une bonne relation avec ces gens là », justifie le prince.

Deux ans plus tôt, la fin de l’été 2015 avait été marquée par le 50e anniversaire de Vadim Vasilyev. Le genre de soirée dont les 113 invités triés sur le volet se souviendront sûrement longtemps. Pour le cadre de l’événement, notamment :
l’hôtel Cap Estel, un établissement 5 étoiles niché sur une presqu’île de deux hectares de la Côte d’Azur, que le numéro 2 de l’ASM a entièrement privatisé pendant trois jours pour 100 000 euros. Auxquels s’ajoutent les frais de bouche, quelque
dix kilos de caviar, et les 98 000 euros d’animation (feu d’artifice au bord de la piscine, spectacles de danse, concerts…), dont 30 000 payés en liquide.

Le plan de table a, là encore, été minutieusement préparé pour faire cohabiter des invités aux trajectoires disparates : de la famille et amis de longue date venus de Russie, aux proches du Palais (le ministre de l’intérieur Paul Masseron, accompagné
de son épouse) en passant par les huiles du ballon rond (le sélectionneur de l’équipe de France et ancien de l’ASM Didier Deschamps). Le football a cela de précieux qu’il transcende les clivages : le patron Pierre Ferracci, alors président
du Paris FC, un proche du président Emmanuel Macron, avait prévu de festoyer en bonne compagnie, s’il n’avait pas annulé au dernier moment pour des raisons personnelles. À la table « numéro 2 », la plus proche de celle de Vasilyev,
le lobbyiste David Wigno, l’administratrice de l’ASM Tetiana Bersheda, des élus dont Jean-Charles Allavena ont fait la rencontre de Dmitri Bakatin, un ancien de Gazprom Media, vice-président de la fédération russe de football. « J’ai la faiblesse de penser que mon invitation à cette magnifique soirée n’était pas à titre d’élu mais à titre personnel »,
signifie M. Allavena. 

Vasilyev vole au secours de tous les projets portés par le Palais, et de ses proches. En septembre 2017, Geneviève Berti, la directrice de la communication du gouvernement monégasque, écrit directement à Vasilyev pour lui présenter une demande de
documentaire de Guilaine Chenu, ancienne journaliste d’Envoyé spécial, également connue sur le Rocher pour être à l’époque la compagne de Serge Telle, le ministre d’État depuis février 2016.

Consensuel, le projet prévoit de raconter, « à travers une immersion au cœur du réacteur monégasque », comment le club, « confronté à des contraintes structurelles a priori insurmontables » (sic), a
pu se frayer un chemin dans la cour des grands. Vasilyev annonce lui-même à la journaliste qu’il est prêt à « collaborer » avec « vous-même qui êtes une professionnelle du métier en qui nous avons une totale confiance ». Un
mois plus tard, il reçoit un carton d’invitation officiel du « Ministre d’État de la Principauté de Monaco », et de « Madame Guilaine Telle », pour un « dîner » à l’Hôtel du gouvernement.

« Madame Berti est la porte d’entrée pour toute demande de journaliste dans la principauté », défend Mme Chenu. « Je lui demande donc s’il serait possible d’obtenir un rendez-vous avec le club de formation de l’ASM. J’aurais pu demander directement au ministre d’État le portable de M. Vasilyev, puisqu’ils se connaissent. Mais ce n’est pas la méthode que j’ai choisie, justement pour qu’il n’y ait aucune confusion entre le privé et le professionnel »,
signifie la journaliste. « Monaco, c’est un village, appuie l’administrateur de l’ASM Jean-Pierre Gastaud. Un membre de la garde rapprochée du prince nuance aussi en insistant sur le contexte monégasque : « Tout le monde se connaît. Alors des conflits d’intérêts, il y a potentiellement tout le temps. »

Cette proximité interpelle particulièrement quand il s’agit de nouer de bonnes relations avec la police. À la tête du club, le clan de Rybo dispose d’un autre levier efficace pour consolider des relations : les embauches. Le 16 juillet 2014,
Régis Asso, le numéro 1 de la police, sollicite directement Bersheda pour un service personnel. « Je vous envoie avec retard comme je vous avais indiqué le C.V. du jeune [nom masqué – ndlr] et vous serai très reconnaissant si vous pouviez lui accorder un rendez-vous. Il s’agit du fils de mon professeur de russe »,
expose le directeur de la sûreté publique, trente-six ans de services au compteur, si peu gêné par sa démarche qu’il utilise son adresse mail professionnel.

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Bersheda fait immédiatement suivre la demande à Vasilyev et un autre salarié de Rigmora : « Je vous transmets l’e-mail reçu du chef de la police. Je l’ai rencontré il y a un mois dans la rue et il m’a dit qu’un fils de son professeur de russe était un étudiant en informatique à la recherche d’un emploi ou d’un stage et qu’il aimerait vraiment les aider… » Problème, selon Bersheda : « M. Asso m’a demandé s’il y avait une place pour lui dans le family office à l’origine… » Cette possibilité est exclue par avance, pour des raisons de « confidentialité » évidentes :
comment accepter de faire entrer une personne recommandée par le chef de la police dans le système informatique de Rigmora, le cœur du réacteur du business de Rybolovlev ? Bersheda envisage alors une autre option : « Vadim, pensez-vous donc qu’il pourrait être utile au club ? »

Vasilyev s’exécute. « Je ne pense pas que nous ayons besoin de personnes supplémentaires dans le département informatique », écrit-il pourtant, sans ambages, à la directrice des ressources humaines de l’ASM. Ce qui n’empêchera pas
de lui « proposer un CDD pour 2 ou 3 mois ».

Deux mois plus tôt, Vasilyev avait déjà débloqué une autre situation, sur le plan sportif cette fois. Début mai 2014, Marie-Noëlle Gibelli, femme politique qui siège depuis février 2018 au Conseil national, sollicite directement le chef de cabinet
du prince, Georges Lisimacchio, pour appuyer le dossier de son fils, alors stagiaire de l’Academy monégasque de football, l’usine à champions de l’équipe professionnelle. Deux semaines plus tard, c’est le conseiller à l’intérieur Paul Masseron
qui prend personnellement la plume pour relayer la « requête » de cette mère auprès de Vadim Vasilyev « en vue de l’intégration de son fils au centre de formation ». Efficace : l’adolescent, « qui a une certaine qualité » et est « bon élève » (dixit un responsable de la formation du club) est finalement recruté sous convention pendant un an avec un contrat « amateur », lequel ne comprend pas de salaire mais une prise
à charge de « la nourriture et la scolarité ». Malgré ce coup de pouce en haut lieu, le jeune footballeur ne percera pas. 

Toujours à l’été 2014, Vasilyev est aussi préoccupé par une autre embauche, hautement sensible celle-là. Le 6 août, il rencontre Louis Ducruet, le fils de la princesse Stéphanie, « 7e position dans l’ordre de succession au trône ».
Le jeune homme, né en 1992, finit son cursus en gestion du sport à l’Université North Carolina. À la demande de Vadim, Bruno Skropeta, le responsable de la communication du club, fait une note : Ducruet « souhaite devenir agent de joueur de football dans le futur (et faire venir des Asiatiques en Europe). Ou tout simplement travailler dans le milieu du football. C’est un grand supporter de l’AS Monaco (il consulte tous les jours le website et voit tous les matchs) ».
Le jeune homme a aussi « une très bonne relation avec le prince (il était invité par le prince avec Pierre et Andrea Casiraghi à la finale de la coupe du monde au Brésil) », précise le document.

Le bras droit de Rybolovlev veut le recruter.  Le 26 novembre 2014, sa secrétaire particulière le rassure : « Comme requis, Nicolas Holveck [directeur administratif – ndlr] a rencontré aujourd’hui Louis Ducruet au sujet de sa demande de stage à l’ASM. » Après son stage à l’été 2015, Vadim annonce, le 21 octobre 2015, à Raphaël Locatelli [secrétaire général – ndlr] que Louis Ducruet doit signer un « contrat d’un an comme scout, salaire 3 000 par mois ». Ducruet
travaille à la détection de nouveaux joueurs professionnels et élabore aussi, en avril 2016, un premier projet d’expansion du club en Asie. Vasilyev s’assurera personnellement que son contrat soit bien renouvelé en octobre 2016 puis l’année suivante. 

En 2014, c’est le renouvellement du contrat de Delio Onnis, icône de la grande équipe des années 1970 et ami intime d’Albert II, qui met le feu aux poudres. Reconverti en recruteur, Onnis est très contesté par la direction, qui estime son rendement
faible, voire inexistant. « À mon avis, ses contrats dans le passé ont toujours eu une inspiration “politique” », présume Dhondt. Il ne pensait pas si bien dire : lors de la réunion au cours de laquelle les représentants
du club ont informé Delio Onnis de la fin de ses fonctions, ce dernier a menacé d’aller chez le prince. Bilan : Vasilyev l’a renouvelé, en annonçant fièrement la nouvelle directement au souverain.

Un autre recrutement a agité la principauté. Le 4 avril 2015, le conseiller pour l’intérieur Paul Masseron, un ancien préfet chiraquien, prend sa retraite et rejoint immédiatement l’ASM, en qualité de « conseiller » du président Dimitri
Rybolovlev pour une rémunération mensuelle brute de 4 166,66 euros. Problème : au gouvernement monégasque, Masseron exerçait la tutelle sur les services chargés d’enquêter sur la plainte déposée par l’oligarque russe à l’encontre du
marchand d’art Yves Bouvier. « Il y a tout lieu de penser que (…) Paul Masseron aurait été régulièrement tenu informé du déroulement, des avancées et des développements successifs des investigations menées par les enquêteurs »,
a estimé le juge d’instruction Levrault, lors de l’audition d’un magistrat monégasque. Et d’ajouter qu’il « convient de constater l’existence d’une concomitance troublante entre le recrutement de Paul Masseron au sein du club, en particulier à un poste supposant une indéniable proximité avec Dimitri Rybolovlev, et ses précédentes et récentes fonctions aux termes desquelles il aurait eu à connaître du déroulement d’une enquête judiciaire dont les faramineux enjeux financiers concernaient directement ce dernier ».

Cette interrogation est d’autant plus légitime que Masseron entretenait déjà, quand il était encore en poste au gouvernement, une proximité indéniable avec le clan de l’oligarque russe. Début 2013, alors que l’ASM préparait secrètement le recrutement
de la star colombienne Radamel Falcao, les dirigeants du club ont notamment compté sur les services du ministre pour résoudre une périlleuse équation fiscale. Le but de la manœuvre consistait alors à anticiper l’arrivée de Falcao en juin, avant
même le début de son contrat en juillet, pour que l’attaquant colombien justifie de plus de six mois de résidence sur le Rocher et puisse être résident fiscal monégasque dès la première année, et ainsi éviter, en toute légalité, de payer des impôts.

En vue de débloquer la situation, Vasilyev écrit le 6 février à un employé de Rigmora, ainsi qu’au directeur exécutif de l’ASM, Filips Dhondt, pour leur exposer le problème. Dhondt répond du tac au tac : « Cher Vadim, à l’intérieur du club, il y a un savoir-faire là-dessus. (…) Il pourrait aussi être intéressant de demander une rencontre avec le conseiller de l’intérieur, monsieur Masseron. Il assiste à tous les matchs à domicile, il est un vrai partisan et soutient le club de toutes les manières possibles. Je pense que ce sera une manière plus discrète de gérer les choses que de commencer à discuter avec des gens de l’administration de Monaco à propos de ce cas spécifique. » Vasilyev confirme : « Je suis sûr que le ministre que vous avez mentionné aidera à accélérer les choses. »

Signe que les relations ne se sont pas refroidies par la suite, Vasilyev a sollicité une nouvelle fois Masseron, l’année suivante, pour appuyer une demande personnelle : « Cher Paul, suite à notre conversation, je vous envoie ci-joint les copies des cartes de résident de ma femme et de moi-même. Il faudrait renouveler la carte d’Olga Shchukina prochainement. » Une fois qu’il a rejoint le club, quelles ont été les fonctions exactes de ce conseiller de luxe ? « M. Masseron a été engagé à temps partiel du 15 avril 2015 au 30 juin 2018. Sa mission consistait notamment à représenter le club auprès des clubs adverses et des officiels dans le cadre des compétitions nationales et européennes »,
répond l’ASM. « J’ignore les missions de M. Masseron », concède Willy de Bruyn, pourtant administrateur du club.

En juillet 2017, un des associés de Rybolovlev dans un restaurant de la Côte d’Azur, écrit à Vasilyev : le gérant de l’établissement a été victime d’une tentative d’extorsion de fonds. Une plainte a été déposée, mais, écrit le commerçant, « il est important d’agir au plus vite auprès du préfet et de demander un policier en civil dès que possible jusqu’à fin septembre ». Vadim fait suivre le message à Masseron : « Cher Paul, J’espère que tu vas bien. Regarde s’il te plaît le dossier et propose-moi un plan d’action. » 

Réponse immédiate de l’intéressé : « Je connais bien le préfet du Var, mon ancien collègue Jean-Luc Videlaine. Il est actuellement confronté, comme tu le sais, à des problèmes graves (feux de forêts avec leurs conséquences dramatiques). Mais je viens de le saisir en lui demandant une attention toute particulière à cette triste affaire. » Quelques heures plus tard, Masseron revient avec une excellente nouvelle : « Le préfet Videlaine vient de me rappeler : il s’en préoccupe activement avec la gendarmerie. » « Il s’agit simplement d’une demande de conseil personnel »,
défend Vasilyev auprès de Mediapart.

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Le recrutement de l’ancien ministre auprès de Rybolovlev n’est pas allé sans créer de désordre. Le 19 avril 2015, le lobbyiste Wigno s’en inquiète auprès de Bersheda : « Tetiana. On n’en a pas parlé mais l’histoire de Masseron est extrêmement mauvaise pour DR »,
écrit-il dans un message révélé par Le Journal du dimanche. David Wigno ajoute : « Entre nous, c’est vraiment incroyable à Monaco que ce genre d’arrangement soit proposé par le ministre, qui lui-même est détesté. Bien sûr, vous pouvez compter sur moi pour le traitement en cas de besoin. Mais sur le fond, c’est une mauvaise opération puis la presse risque de dire qu’au moment de l’affaire B [Bouvier
– ndlr] monsieur R [Rybolovlev – ndlr] recrute un ancien préfet. Je les connais en France. Ils vont forcément en faire des tonnes. » « J’affirme n’avoir commis aucun acte répréhensible », assure à Mediapart
Paul Masseron, inculpé dans l’enquête du juge Levrault et qui bénéficie de la présomption d’innocence.

Un autre membre du gouvernement est aujourd’hui en difficulté en raison de ses relations avec le milliardaire russe. Philippe Narmino a même dû précipitamment quitter ses fonctions de directeur des services judiciaires (relire notre enquête de l’époque ici) – l’équivalent du ministre de la justice mais qui, à Monaco, est sous l’autorité directe du prince et non du chef de gouvernement – en octobre 2017. Ce dernier, qui avait été fait chevalier de la Légion d’honneur en août 2012, présidait aussi
jusqu’à cette date le Conseil d’État monégasque. Il avait passé un week-end au ski avec sa femme, Christine, dans le somptueux chalet de Rybolovlev, à Gstaad (Suisse), du 20 au 22 février, trois jours à peine avant l’arrestation d’Yves Bouvier
et de Tania Rappo, à Monaco, dans le cadre de la procédure intentée par l’oligarque.

Les investigations judiciaires ont depuis mis en lumière les activités du fils du couple, Antoine Narmino, conseiller juridique en Principauté, avec qui Bersheda travaille depuis plusieurs années. Fin février 2012, Antoine Narmino prend pour la première
fois attache avec Tetiana Bersheda, qui se montre très intéressée par ses services de conseil juridique en Principauté. 

Antoine Narmino a depuis multiplié les missions pour le clan Rybolovlev. En février 2015, le jeune conseiller juridique est impliqué dans une convention de séquestre entre les sociétés Denizen et Ore Market, deux sociétés aux Îles Vierges Britanniques
liées au boss de l’ASM. Selon les documents judiciaires, il aurait touché en février et octobre 2015, 25 000 euros et 100 000 euros depuis les comptes HSBC Monaco – aujourd’hui clos — de deux off-shore de Rybo.

Antoine Narmino fils jouit aussi d’une amitié à peine cachée avec Bersheda, relation qui s’est construite au fil des invitations au stade de football. Le 28 janvier 2016, il écrit un pense-bête pour la création d’une société aux îles vierges
britanniques (BVI) pour une personne prénommée « Ekaterina ». S’agit-il de la fille de Katia Rybolovleva ? Impossible de le savoir. Malgré nos relances, Antoine Narmino, qui vient aussi d’être inculpé dans le dossier, n’a pas répondu
à nos sollicitations. L’enquête toujours en cours devra déterminer si des faits peuvent lui être reprochés.

Ces aventures offshore n’empêchent pas les Narmino père et fils d’être liés professionnellement. En décembre 2012, Antoine Narmino conseille l’ASM dans un litige l’opposant à une entreprise monégasque. Originalité : le message qu’il rédige
à l’attention de Me Bershada a été soufflé par… son propre père, chef de l’appareil judiciaire depuis 2006. « Je viens de me taper tous ces écrits (…) Avant de répondre sur le fond de l’affaire, tu devrais envoyer un mail à Tetiana (…) de ce genre »,
préconise Philippe Narmino à son fils, lequel reprendra l’argumentaire quasiment au mot près.

À l’occasion, le directeur des services judiciaires flèche aussi des clients à son fils, qui s’est spécialisé dans la gestion de structures offshore ou dans l’obtention de cartes de résident de la principauté. Il l’aide également à répondre
à un journaliste pour défendre les montages offshore de sa société, « Dotta & Narmino », citée dans les Panama Papers

Les Narmino commentent également régulièrement l’actualité judiciaire du Rocher. En septembre 2017, Antoine s’inquiète par téléphone auprès de son père de sa convocation à venir par le juge Levrault : « Putain, le mec c’est une machine… ».
Philippe Narmino rassure son fils et promet de « bien faire chier » le magistrat sur la procédure en lui demandant par écrit des garanties sur le secret de l’instruction.

Philippe Narmino, qui n’a pas hésité à mettre son fils en copie cachée de deux mails professionnels concernant les investigations en cours sur Rybolovlev, a démissionné en septembre 2017. Il n’a pas répondu à nos questions. L’ancien garde des Sceaux
a été inculpé le 8 novembre pour trafic d’influence passif et actif et pour corruption passive. Il bénéficie, comme tous les autres acteurs, de la présomption d’innocence.

D’autres fonctionnaires sont aussi entraînés dans le tourbillon de l’affaire Rybo. Comme l’avait révélé Mediapart en août 2017, plusieurs échanges de SMS montrent que Mme Bersheda était en contact régulier, de janvier à septembre 2015, avec Christophe
Haget, le commissaire principal et chef de la division police judiciaire de Monaco, et son adjoint Frédéric Fusari, deux policiers chargés de traiter la plainte contre Yves Bouvier déposée le 9 janvier 2015.

Le 23 février 2015, c’est Tetiana Bersheda qui a averti MM. Haget et Fusari de l’arrivée imminente du marchand d’art suisse, sur le Rocher où il sera interpellé : « Bonsoir, il viendra le 25 [février – ndlr] le matin. C’est sûr. Il faudrait rester avec le plan A. Rappelez-moi quand vous pouvez svp. Merci ! Tetiana »,
écrit-elle, comme si elle était aux commandes de l’enquête. Haget lui répond le lendemain : « Très bien je vous rappelle du service. Cordialement. » Les deux policiers avaient fait part de leur intention d’attaquer
en diffamation cette publication d’août 2017. Ils ne l’ont pas fait et n’ont pas répondu à nos sollicitations pour cette enquête. Tetiana Bersheda et Dmitri Rybolovlev ont eux porté plainte, procédure dans laquelle Mediapart fera valoir les éléments
de vérité et de bonne foi devant le tribunal.

Le 26 février, après l’interpellation d’Yves Bouvier et Tania Rappo, le commissaire Haget assure qu’il travaille pour prolonger les gardes à vue et propose de « se voir [le lendemain– ndlr] à vers 10 heures pour évoquer tous les points du dossier ».
Drôle de déroulé pour une enquête… Dmitri Rybolovlev exige aussi auprès des deux fonctionnaires d’être informé personnellement. Le 24 février 2015, Bersheda transmet à Fusari une demande de l’oligarque. « Il voulait aussi vous parler en conf call si on ne se voit pas ce soir… Est-ce possible ? Par exemple vers 17 h 15-17 h 30 ? », écrit l’avocate. « Vers 17 h 30 », accepte Fusari. Le 2 mars, les deux policiers sont sollicités : « Bonjour. J’espère que vous avez passé un bon week-end. Serez-vous au bureau aujourd’hui ? DR [Dmitri
Rybolovlev – ndlr] voudrait passer vous voir pour faire le point et discuter de la suite, avant son départ demain de MC [Monaco – ndlr] pour une semaine. Merci d’avance. Amitiés. Tetiana. » 

Deux semaines plus tôt, Bersheda avait annoncé par mail aux policiers que « l’affaire de Paris » – une ramification française du dossier Bouvier – « est dans les nouvelles » en envoyant le lien d’un article publié
le jour même dans le Telegraph. Réponse de Haget : « Bravo bien joué. »

Depuis, le policier a déploré, en août 2017, le manque de soutien de sa hiérarchie, dans une longue note confidentielle au conseiller à l’Intérieur. Le commissaire Haget y dévoile notamment que « le directeur de la Sureté publique [Régis Asso – ndlr], parlant russe, la langue de Rybolovlev, le reçoit avant chaque réunion avec la PJ, par déférence avec le président de Monaco » et
révèle que «  les consignes de la hiérarchie (re-sic) restant de considérer le plaignant [Rybolovlev – ndlr] comme ultra VIP ».

Le magistrat Jean-Pierre Dreno, procureur général de Monaco du printemps 2011 au 30 septembre 2015, est aussi dans l’œil du cyclone. Devant le juge Levrault, le 7 décembre 2017, son ex-adjoint Mickaël Bonnet, a déclaré que M. Dreno l’avait « appelé
dans son bureau pour lui dire que Maître Bersheda avait l’intention d’enregistrer [à son insu] Tania Rappo ». « Je lui ai dit qu’elle était en train de commettre un délit et que c’était une très mauvaise idée », a ajouté
M. Bonnet. Sollicité par Mediapart, M. Dreno a indiqué ne pas avoir conseillé Tetiana Bersheda « d’enregistrer les entretiens qu’elle aurait pu avoir avec Mme Rappo ou, au demeurant, quelqu’un d’autre ».

Le successeur de Philippe Narmino à la direction des affaires judiciaires et à la tête du Conseil d’État, le magistrat Laurent Anselmi, a aussi été entendu par le juge d’instruction Levrault en juin 2018. Lors de son audition, M. Anselmi a reconnu
avoir été invité à déjeuner par administratrice de l’ASM à deux reprises en septembre 2014 et janvier 2015, le jour même du dépôt de la plainte de l’oligarque, alors qu’il remplissait les fonctions de « délégué aux affaires juridiques auprès du gouvernement ». Il assuré que ces invitations étaient en lien avec un projet de création d’un « centre d’arbitrage international » à Monaco qui serait à son initiative et sans lien avec l’affaire. Dans ce cas, pourquoi les déjeuners ont-ils été
payés par Bersheda ? « Je  m’entretenais très  régulièrement  avec  nombre de praticiens du droit. C’est à ce titre que j’ai accepté les deux invitations à  déjeuner  de  Mme Tetiana Bersheda », répond
M. Anselmi à Mediapart, affirmant avoir découvert « l’existence » du litige opposant  Rybolovlev à Bouvier bien plus tard, « dans le courant de l’été 2017 ».

D’une manière générale, la relation de Rybolovlev avec la magistrature est particulière. En octobre, le premier procureur de Genève a classé une plainte déposée par le marchand d’art Yves Bouvier qui accusait son ancien partenaire russe de lui avoir
demandé de corrompre, fin 2014, les juges suisses chargés de sa procédure de divorce. Mais l’ordonnance de classement, dont le contenu a été révélé par La Tribune de Genève, est accablante pour Rybo et son entourage : elle confirme
notamment que l’avocate Tetiana Bersheda a bien envoyé à Bouvier, le 30 septembre 2014, une liste des magistrats chargés du divorce. Ce qui « tend à accréditer la thèse d’Yves Bouvier », écrit le parquet de Genève. La plainte
a tout de même été classée, le premier procureur relevant que si « la tentative de contrainte ou de corruption est punissable, en revanche les simples actes préparatoires de contraintes ou de corruptions actives ne sont pas punissables ».
L’ordonnance, qui met en lumière « une activité de Tetiana Bersheda qui semble incompatible avec la profession d’avocat », a été transmise par le procureur à la Commission du barreau de Genève. Les conseils de Rybolovlev ont réagi en rappelant que « malgré [des] lacunes dans la motivation de l’ordonnance, le Ministère public y dit explicitement que les faits dénoncés par M. Bouvier ‘ne peuvent pas être retenus comme établis judiciairement’ ». L’avocate Suisse, également inculpée depuis la semaine dernière dans l’enquête pour corruption à Monaco, s’est limitée « à préciser que je n’ai jamais collaboré ni pris part à une activité illicite ou contraire aux devoirs de ma profession » (voir sa réponse complète sous l’onglet « Prolonger »).
Elle aussi bénéficie de la présomption d’innocence.

Depuis qu’il s’est pris d’amour pour le football et a racheté l’AS Monaco, de nombreux observateurs du Rocher ont prêté l’intention à Rybolovlev d’obtenir la nationalité monégasque. En avait-il reçu la promesse de proches du Palais avant d’investir
dans le club ? « M. R [Rybolovlev], comme beaucoup de résidents étrangers à Monaco, a pu espérer un jour obtenir la nationalité monégasque », confirme Willy de Bruyn. Selon nos informations, une candidature a même
été déposée par Rybo. Mais ce dernier a dû faire face au niet d’Albert II. Le Palais confirme, voyant dans ce refus du prince une démonstration de « son indépendance et l’absence d’influence extérieur dans l’exercice de son pouvoir ».

En revanche, grâce à sa position, l’oligarque a pu obtenir un passeport pour se rendre aux États-Unis, où il devait se faire soigner.

En théorie, les « passeports de service » sont accordés aux personnes chargées d’une mission de représentation d’un État à l’étranger. Mais, dans un mail adressé à Willy De Bruyn, Marc Vassallo, adjoint au secrétaire général du ministère
d’État, a transmis le 29 avril 2014 les « éléments de langage » accompagnant l’obtention du document par Rybolovlev pour une opération chirurgicale : le voyage de Rybo aux Etats-Unis, écrit-il, ne se fera officiellement pas
pour des raisons médicales, mais au nom de la promotion de Monaco à l’étranger.

Ces contorsions n’ont servi à rien : finalement, pour contourner un blocage à l’ambassade des Etats-Unis, Rybo se fait opérer en urgence le 18 juin en République dominicaine où il a fallu déplacer le médecin qui devait l’opérer à New-York.
« Il était furieux contre le Prince », relève un de ses proches.

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Sa position privilégiée sur le Rocher a enfin permis au clan Rybolovlev de s’impliquer directement dans l’élaboration de la loi monégasque. En 2011, le Conseil national et le gouvernement lancent un important processus législatif en vue de renforcer
l’attractivité de Monaco. Or, selon plusieurs mails que nous avons consultés, Tetiana Bersheda a directement travaillé à la rédaction d’une partie du texte, main dans la main avec Jean-Sébastien Fiorucci, alors directeur de cabinet du président
du conseil national, qui planchait sur les chapitres liés au statut juridique des trusts monégasques.

Le sujet est tout sauf anodin pour Rybo. Il représente même un enjeu considérable depuis que le milliardaire russe a failli perdre beaucoup, environ 4 milliards de francs suisses, dans la procédure de divorce avec son ex-femme Elena Rybolovleva. Celle-ci
avait dans un premier temps obtenu, en 2014, après une décision de la justice suisse, de récupérer la moitié des biens de son ancien mari logés dans des trusts à Chypre, intérêts compris.

Mais, finalement, les juges helvètes ont débouté Mme Rybolovleva de ses prétentions, en 2015, en considérant que, en vertu de la Convention de La Haye sur les trusts, c’est le droit matériel des juridictions d’implantation des trusts — en
l’occurrence Chypre — qui devait s’appliquer. Un accord à l’amiable, dont les clauses sont restées confidentielles, a finalement clôt le divorce.

A Monaco, les travaux d’un groupe de juristes, la « commission Mestre », qui travaillait en lien avec Fiorrucci, visaient justement à faire évoluer les règles de territorialité des trusts étrangers, en les calquant sur les principes de la
Convention de la Haye. D’où l’intérêt du clan de milliardaire pour cette matière explosive.

En théorie, « aucun individu ne peut orienter un texte législatif ou règlementaire pour favoriser un intérêt particulier », indique le Palais princier, qui ajoute que les avis de professionnels peuvent être recueillis
avant une « étude sur leur pertinence par des juristes de haut niveau et les Services du Gouvernement avant le lancement de la procédure législative ».

En l’occurrence, selon nos informations, le 10 octobre 2011, Jean-Sebastien Fiorucci, grand fan de la série politique « House of Cards », a transmis l’ensemble des propositions de la « commission Mestre » touchant aux trusts
à Tetinana Bersheda, de manière confidentiel.

Fiorucci, qui fut invité par le clan Rybolovlev à voyager en Angleterre le 28 août 2011 pour assister au match Manchester – Arsenal, estime à cette époque que la première synthèse des travaux de la commission est positive pour les intérêts de l’oligarque
et s’engage même à faire avancer personnellement le dossier. Le conseiller a-t-il ainsi agi en service commandé ou à son initiative personnelle ? Pour quelles raisons ? M. Fiorucci ne nous a pas répondu.

Un mois plus tard, le 1er novembre 2011, le directeur de cabinet fait suivre une nouvelle version de l’avant-projet de loi. L’avocate de Rybolovlev lui propose même ses propres propositions sur l’avant-projet de loi, en lui faisant part
d’une consultation d’un juriste ayant participé à la rédaction de législation pour la protection des actifs pour les places off-shore à Gibraltar et aux Îles vierges britanniques. M. Fiorrucci s’en félicite.

Finalement, le projet de loi de droit international privé est déposé par le gouvernement le 11 juin 2012 sur le bureau du Conseil national. Ses dispositions sont ensuite reprises dans un texte plus important, intitulé « projet de loi de modernisation du droit économique »,
qui est présenté l’été suivant, le 1er juillet 2013.

Le marathon législatif débouche le 22 juin 2017 sur un texte final, la loi « n°1448 relative au droit international privé », qui défend une approche « libérale », reposant sur l’objectif que « les résidents doivent disposer de repères législatifs aussi proches que possible de ceux dont ils disposaient dans l’Etat dont ils ont la nationalité. » « En forçant le trait, ajoute son rapporteur, il s’agit de faire en sorte que les résidents soient en Principauté comme s’ils étaient dans leur Etat d’origine. » Objectif rempli.

Depuis l’accélération de l’enquête judiciaire et la mise en examen de Rybolovlev dans le cadre de l’enquête du juge Levrault, qui devra déterminer les responsabilités éventuelles des personnes inculpées, le Rocher est orphelin du patron de l’ASM.
Il s’est envolé pour Moscou vendredi 9 novembre. Et plus personne ne sait où il est. Pas même le Prince Albert II : « J’ai simplement su qu’il avait quitté la Principauté. [Quant à savoir s’il] a remercié son personnel et tout cela, je ne peux pas vous le confirmer. »

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