Macron face à l’inconnue des «gilets jaunes»


Macron face à l’inconnue des «gilets jaunes»:

Marseille, Chambéry, Brest, Lille… Pas moins de 15 % de Français projettent de se joindre à la mobilisation d’une façon ou d’une autre. Et 74 % de la population affiche son soutien.

Au sommet de l’État, on broie du noir. «Nous n’avons pas la force politique pour répondre à un mouvement pareil, qui est bien plus qu’un ras-le-bol fiscal, note un ministre de poids. Sur quoi peut bien déboucher cette colère? Tout est possible. Le Brexit était inimaginable. L’élection de Trump, aussi. Pourtant, c’est arrivé .» Et ce ne sont pas les mesures annoncées par l’exécutif pour calmer l’ire des automobilistes qui vont inverser la donne. Si une majorité de sondés les approuvent, seuls 15 % d’entre eux pensent que ces dispositifs leur bénéficieront, selon un sondage Odoxa pour Le Figaro et Franceinfo. «Les gens ne veulent rien entendre en ce moment», se lamente un membre du gouvernement. L’interview d’Emmanuel Macron, mercredi soir, sur TF1, n’aura pas non plus changé la donne. Quelque 68 % des sondés l’ont jugé «pas convaincant».

À la veille de la mobilisation, 74 % des Français soutiennent toujours le mouvement des «gilets jaunes». C’est seulement quatre points de moins que le 1er novembre. Chose rare, le mouvement fait consensus dans l’ensemble de la classe politique, à l’exception logique de LaREM: des Insoumis (84 % de soutien) au RN (92 %) en passant par le PS (82 %) et LR (76 %). Le mouvement s’annonce donc suivi: selon Odoxa, 15 % des Français projettent d’y participer d’une façon ou d’une autre: les Français ruraux (20 %) ou périurbains (17 %) devraient être quasiment deux fois plus nombreux à se mobiliser samedi que les personnes habitant l’agglomération parisienne (9 %) et les grandes villes de province (13 %). Les «gilets jaunes» sont également surreprésentés dans les catégories populaires. Enfin, un tiers des sondés ayant prévu de manifester sont des sympathisants RN, surreprésentés par rapport aux sympathisants LR (14 %) ou PS (12 %).

Dans ce contexte, le premier ministre Édouard Philippe a tenté la dissuasion: «On peut manifester, mais bloquer un pays alors que des services d’urgence peuvent avoir besoin de circuler, alors que tout un chacun peut avoir besoin de circuler demain, n’est évidemment pas acceptable», a-t-il rappelé. Pourtant à lire les messages sur les réseaux sociaux, il faut s’attendre ce samedi à une France totalement paralysée, avec l’ensemble des axes principaux occupés par les manifestants. Pas un département n’est épargné par ce mouvement que les contestataires annoncent comme phénoménal. À Marseille, les «gilets jaunes» promettent d’ailleurs «l’apocalypse». Les accès à la gare Saint-Charles et au Vieux-Port devraient être entravés par des barrages filtrants. Dans la région, les péages seront des points de ralliement, tout comme les ronds-points des zones industrielles ou commerciales. En Bretagne aussi, on garantit une mobilisation magistrale en faisant valoir un savoir-faire inégalé dans ce domaine. «C’est un peu dans nos gènes de protester!», s’amuse un habitant du Finistère. Mais c’est dans le Morbihan que la pression s’annonce la plus forte avec pas moins de 40 points de blocage dénombrés.

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Mêmes perspectives pour le reste du pays. Partout, on avertit que des ronds-points vont être impraticables, que des cortèges de manifestants «tiendront» les axes importants. Dans les Alpes-Maritimes, plusieurs barrages sont ainsi prévus aux péages de l’autoroute A8, le poumon de toute la région qui dessert l’Italie d’un côté, Marseille et Paris de l’autre. Des opérations escargot sont aussi programmées, notamment dans le centre-ville de Nice. Au total, une quinzaine de points de blocage est annoncée dans le département. Comme à Cannes, Antibes ou Menton, de même que dans le Var où, là encore, les péages devraient être la cible prioritaire des «gilets jaunes» qui vont y converger depuis Toulon, notamment. Dans le Loir-et-Cher aussi, on s’active. Entre Blois et Romorantin, les principaux ronds-points vont être occupés et l’entrée de l’autoroute A10 menant vers Paris sera filtrée. Dès 7 heures ce samedi, retraités, ambulanciers, petits artisans, agriculteurs ou encore employés comptent se rassembler pour occuper le terrain.

En Mayenne, les «gilets jaunes» mettent la barre haut. Se retrouvant à Laval, ils veulent faire de ce rassemblement l’un des plus importants jamais organisés depuis ces dernières années. Avec 400 voitures et plusieurs tracteurs mobilisés, trois convois devraient converger vers la ville où plus d’un millier de personnes est attendu.

Ces citoyens, qui rêvent d’un soulèvement sans précédent, ont pris pour cible des points sensibles. En Loire-Atlantique, où l’on dénombre dix points de ralliement, l’un d’eux a ainsi été fixé à Donges, qui permet d’accéder à la deuxième raffinerie de France, où Total produit essence et diesel. Quinze kilomètres plus en aval de la Loire, les manifestants projettent aussi de bloquer l’iconique pont de Saint-Nazaire. À Paris, où les manifestants restent discrets sur le programme de la journée, plusieurs rassemblements sur le périphérique sont annoncés avec, pour objectif final, une manifestation devant l’Élysée. Des actions diverses, donc, mais une consigne commune: laisser passer les véhicules de secours.

Face à cette gigantesque vague jaune promise par les réseaux sociaux, des consignes ont été passées pour fermer des sites de travail. Ainsi l’usine Toyota Onnaing dans le Nord a reporté la journée additionnelle de travail de ce samedi. Côté loisirs, on a aussi décidé de fermer les vestiaires. Les matchs de foot amateur ont été annulés par décision de la Ligue des Hauts-de-France. Au Puy-en-Velay, en Haute-Loire, «les stations-service et les grandes surfaces aux portes de la commune vont tirer le rideau ce samedi», signale Michel, chauffeur routier en annonçant une ville assiégée avec dix points de blocage. «Laurent Wauquiez a annoncé sa visite. Il n’est pas le bienvenu et on lui a fait savoir sur le Net», prévient-il. De leur côté, des sociétés d’autoroutes ont appelé leurs clients à différer ou éviter leurs déplacements samedi, comme la Sanef qui gère un tronçon dans l’Est, à 30 kilomètres de Strasbourg.

Des manifestations illégales

Cette France qui veut passer sa journée dehors et en jaune est pourtant dans l’illégalité. La plupart des participants ne s’est pas pliée à l’obligation de déclarer les manifestations. Relayant la fermeté du ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, qui a indiqué que les blocages seront sanctionnés, des préfectures ont rappelé que le non-respect de ces formalités coûtera cher: six mois de prison et 7500 euros d’amende. «On ne sera pas le père Noël. Il n’y aura pas de cadeaux s’il y a des dérapages constatés», a prévenu le préfet du Nord, Michel Lalande. Ce rappel à l’ordre a suffi pour calmer les ardeurs de certains. Par crainte de poursuites, des sites se sont éteints et des manifestations ont été annulées. C’est le cas à Vitré, en Ille-et-Vilaine, où le blocage d’un péage a été déprogrammé. Une goutte d’eau dans l’océan jaune, assure Thibault, un étudiant mis à contribution pour actualiser la carte de France des manifestations. Ce vendredi matin, celui-ci dénombrait 800 villes concernées par le mouvement. D’autres, pour éviter l’identification d’organisateurs, passibles de poursuites, ont affiché un repli «en fermant des pages Facebook tout en maintenant les évènements», assure-t-on du côté des «gilets jaunes»

Cette mobilisation décrite comme importante ne tient toutefois pas compte de l’intervention des forces de l’ordre. Engagées sur le terrain, celles-ci pourraient contenir le mouvement, voire le disloquer si nécessaire. Mais leur action était ce vendredi aussi inconnue que l’étendue du mouvement auquel ils doivent faire face. Toutefois, de site en site, les manifestants ont en majorité affiché une volonté pacifiste. Pour éviter le vandalisme et la venue redoutée de casseurs, nombreux sont ceux qui ne prévoient pas de regroupement dans le cœur des villes. Mais des heurts pourraient éclater avec la venue de contre-manifestants qui ont décidé de se rassembler dans certaines régions. Des tensions ont d’ailleurs déjà été relevées. Ainsi, dans l’Hérault, des sympathisants de «gilets jaunes» ont vu leur véhicule dégradé. L’un d’eux a publié une photo de sa voiture avec un pneu crevé et le mot «facho» marqué au feutre sur la portière. «Voici à quoi nous sommes assimilés», dit-il.

Ce samedi est annoncé par beaucoup comme le coup d’envoi d’un mouvement appelé à s’inscrire dans la durée. Des manifestants s’y préparent. Dans la région de Chambéry, en Savoie, «certains ont pris une semaine de congé», signale Candice, cette étudiante en droit qui se joint à la contestation. Pour faire le siège du Puy-en-Velay, Michel a, quant à lui, pris un mois de congé. Il n’est pas le seul: «On est nombreux à vouloir dormir sur place. On a prévu des sacs de couchage et des camping-cars. La nourriture est déjà stockée dans des chambres froides», dit-il.

Dépôts bloqués en Belgique

Plusieurs dépôts de carburant dont celui de la raffinerie Total Petrochemical à Feluy, dans le centre du pays, étaient bloqués vendredi en Belgique où se rend lundi et mardi prochains Emmanuel Macron. Comme dans l’Hexagone, les perturbations se déroulent dans le cadre d’une action menée par des «gilets jaunes». «Nous avons été avisés d’un appel lancé en Belgique sur les réseaux sociaux à bloquer les autoroutes et les raffineries. Mais pour l’instant, il n’y a pas d’impact sur les autoroutes», a affirmé un porte-parole de la police fédérale. Les blocages concernent pour l’instant uniquement la région francophone de Wallonie. Les manifestants entendent, comme en France, marquer leur mécontentement par rapport à l’augmentation du prix du carburant.

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