Faute de principes clairs, la fiscalité de Macron fait l’unanimité contre elle


Faute de principes clairs, la fiscalité de Macron fait l’unanimité contre elle:

Le bricolage incessant des impôts et des taxes est néfaste pour tous, décrypte notre spécialiste Jean-Pierre Robin dans sa chronique hebdomadaire au Figaro.

Rien de nouveau sous le soleil de France: les «gilets jaunes» de novembre 2018 ont pris le relais des «bonnets rouges» de l’automne 2013 (la mobilisation des Bretons démantelant les «portiques» prévus pour collecter l’écotaxe sur les poids lourds). Rouges ou jaunes, ils appartiennent au même arbre généalogique des jacqueries paysannes du XIVe siècle, celui de la guerre de Cent Ans si difficile à financer.

La révolte fiscale semble constitutive de la culture française et elle a fait l’Histoire plus souvent qu’à son tour. À l’origine, les États généraux de 1789 – les premiers depuis 1614! – avaient été convoqués dans le seul but d’autoriser Louis XVI à lever de nouvelles recettes, avant qu’ils ne se proclament Assemblée constituante… Le consentement à l’impôt a été la grande novation fiscale de la Révolution française, comme l’énonce la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, article 14: «Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée.»

Le premier rendez-vous manqué aura été la suppression de l’ISF et son remplacement par l’IFI, l’impôt sur la fortune immobilière

Le texte n’a rien d’anachronique. Fondement de notre vie démocratique et de notre fiscalité, il est rappelé dans le préambule de la Constitution de la Ve République. Mais en respecte-t-on vraiment l’esprit? Les dix-huit premiers mois du quinquennat Macron laissent un goût amer, tant pour les Français «abrutis d’impôts», selon l’expression des philosophes du XVIIIe siècle, que pour l’exécutif, incapable de convaincre du bien-fondé de ses réformes censées œuvrer à la «transformation du pays».

Le premier rendez-vous manqué aura été la suppression de l’ISF et son remplacement par l’IFI, l’impôt sur la fortune immobilière. «Pour faciliter l’accès au capital des entreprises, pour redonner à nos entrepreneurs et à l’ensemble de notre économie les moyens de mieux se financer, nous supprimerons l’ISF», déclare le 17 octobre 2017 devant l’Assemblée nationale le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire. On reste hélas dans «la pétition de principe», ce raisonnement fallacieux dénoncé depuis Aristote, qui consiste à affirmer une conclusion comme étant vraie par principe. Il fallait au contraire instruire toute une démonstration économique, rappeler les centaines de milliards d’euros qui se sont expatriés depuis l’instauration de l’ISF en 1989 et dont Bercy est seul à posséder les chiffres, qui n’ont toujours pas été rendus publics.

Ivre de sa propre audace à supprimer un impôt que ni Chirac ni Sarkozy n’avaient osé toucher, le gouvernement a agi à la hussarde. D’où cette étiquette de «président des riches»dont Emmanuel Macron ne parvient pas à se débarrasser à l’instar du sparadrap du Capitaine Haddock.

Jeu d’accordéon

Tout aussi maladroit est le mélange systématique que fait l’exécutif entre les impôts réduits pour certains citoyens (taxe d’habitation), qui montent pour d’autres (CSG), les baisses de cotisations sociales (suppression des cotisations chômage) et l’alourdissement considérable des taxes écologiques sur l’énergie. «Je préfère la taxation du carburant à la taxation du travail», a décrété le 5 novembre dans une interview Emmanuel Macron. «Taxer le diesel, c’est (évidemment) aussi taxer le travail», lui a répliqué le principal syndicat de Bercy, Solidaires-finances publiques, se référant aux travailleurs obligés de prendre leur voiture.

Au total, le bilan de tous ces jeux d’accordéon sur les impôts, les taxes et les cotisations aura «contribué négativement à l’évolution du pouvoir d’achat du revenu à hauteur de – 1,4 point de pourcentage pour les ménages en 2018», selon l’institut de conjoncture Rexecode. Les «taxes comportementales» visent à modifier le comportement «des gens qui fument des clopes et roulent au diesel», pour reprendre les termes fort vulgaires d’un ministre de la République. Moyennant quoi, les seules taxes sur les carburants représentent 34 milliards d’euros l’an, selon le chiffre du premier ministre, presque la moitié
de ce que rapporte l’impôt sur le
revenu.

On accrédite l’idée fausse que l’État serait un créateur direct de richesses et qu’il est seul en charge de la politique des revenus des Français

Les taxes écologiques sont pour la bonne cause, mais c’est manquer de jugeote que de vouloir ignorer l’actuel choc pétrolier mondial qui en tant que tel en fait office. Résultat, «en septembre 2018, la hausse cumulée des prix à la pompe depuis janvier 2016 a atteint 34 % en France, contre 27 % en Allemagne, 25 % en Espagne et 19 % en Italie», a calculé Rexecode. Conséquence de sa politique de gribouille, l’exécutif doit rétropédaler, multipliant subventions et niches fiscales, cet autre mal français.

Tout cela au nom du «pouvoir d’achat», le leitmotiv électoraliste de toutes les décisions fiscales du quinquennat. On accrédite ainsi l’idée fausse que l’État serait un créateur direct de richesses et qu’il est seul en charge de la politique des revenus des Français. Cette illusion, qui ne date certes pas d’aujourd’hui, est à l’origine de nos records en matière de dépenses publiques (56,5 % du PIB) et de prélèvements obligatoires (45,3 %).

L’agitation brouillonne et obsédante, comme si la vie économique se réduisait aux finances publiques – on ne parle que de ça -, crée en outre un climat d’incertitude particulièrement malsain. Va-t-on profiter du prélèvement à la source pour fusionner impôt sur le revenu et CSG, rendant celle-ci à taux progressif ? La taxe foncière ne risque-t-elle d’être renforcée pour compenser la disparition sélective de la taxe d’habitation? Et cette dernière ne sera-t-elle pas systématiquement alourdie pour ceux qui continueront à l’acquitter? Tout est possible. Le Prince est souverain.

from Tumblr https://reseau-actu.tumblr.com/post/180269866968

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :