La «désorganisation» des «gilets jaunes» trouble le ministère de l’Intérieur


La «désorganisation» des «gilets jaunes» trouble le ministère de l’Intérieur:

Samedi, des centaines de manifestants étaient à 200 mètres de l’Élysée. Une faille, qui révèle une police déboussolée.

Des centaines de manifestants sous les fenêtres de l’Élysée, malgré les CRS, les gendarmes et les appels à la modération. Samedi, les «gilets jaunes» ont mis une sacrée pagaille jusqu’au cœur de la capitale. À leur décharge, les forces de l’ordre avaient affaire à des trublions plutôt habiles. Ceux-ci se sont rassemblés progressivement aux abords du «Château», vêtus comme des badauds, et, une fois qu’ils étaient assez nombreux, ils ont enfilé leur gilet fluo, trompant la vigilance des hommes casqués-bottés.

Mais déjà une polémique se fait jour: que faisait le préfet de police à Beauvau? Sa place n’était-elle pas plutôt dans le PC de commandement de sa forteresse parisienne, sur l’île de la Cité, où tout se gère, en principe, comme sur du papier à musique, quand la révolte gronde? Christophe Castaner a visiblement voulu gérer en direct l’ordre public dont il est le garant. Et il aura connu ce week-end un vrai baptême du feu dans ce nouvel habit de premier flic de France dont il a tant rêvé.

Le mouvement des «gilets jaunes» était une manifestation délicate à gérer. Comme en atteste cette réaction en forme d’aveu du ministre de l’Intérieur: «Nous sommes face à une désorganisation totale.» Les menaces de sanctions proférées par l’hôte de Beauvau à la veille des rassemblements n’auront guère été dissuasives. Le ministère a pourtant fait relayer autant qu’il a pu le spectre des articles 431-9 et 431-12 du Code de procédure pénale qui disposent qu’une manifestation non déclarée est punie de six mois de prison et 7 500 euros d’amende. La vieille technique consistant à tenter de diviser les factions en présence avant le «jour J» a été tout aussi inopérante. Et celle visant à discréditer les acteurs de la fronde en les dépeignant comme des ultras liés au Rassemblement national n’a pas pris non plus.

Castaner, le premier des macroniens, vient en réalité de découvrir combien la police est déboussolée face aux nouvelles formes de contestations sociales qui s’agrègent via les réseaux sociaux

Bien sûr, ce n’est pas la première fois que le centre du pouvoir en France respire l’odeur des gaz lacrymogènes. En septembre 2012, sous Hollande, Valls étant à l’Intérieur, des salafistes égyptiens et tunisiens, mêlés à des voyous de banlieue, avaient violemment manifesté sans préavis contre un film «blasphématoire», à leurs yeux, dans le quartier de l’ambassade des États-Unis, de Beauvau et du bas des Champs-Élysées. Six policiers avaient été blessés.

Mais cette fois, difficile de ne pas prévoir. Castaner, le premier des macroniens, vient en réalité de découvrir combien la police est déboussolée face aux nouvelles formes de contestations sociales qui s’agrègent via les réseaux sociaux. Les autorités spéculaient sur le fait que la principale pétition des «gilets jaunes» comptait environ 900.000 signatures, mais qu’entre émarger au bas d’une feuille et se déplacer sur le terrain, il y avait un monde. Elles pensaient qu’une signature sur dix tout au plus allait se déplacer. En fait, les «gilets jaunes» ont été presque 300.000. Un ratio d’un sur trois donc et non pas un sur dix. Par ailleurs, là où le Renseignement territorial tablait sur 1.500 points de blocage, ceux-ci ont été plus de 2.000. Beauvau a vite compris qu’il était dangereux de minimiser le chiffre de la participation. Il faut voir comment le ministre de l’Intérieur faisait, dimanche, assaut de précautions à la radio pour ne pas heurter les sensibilités au lendemain de l’événement.

Le pouvoir pourra toujours se consoler en annonçant quelques centaines d’arrestations dans tout le pays, signe de sa «détermination». Mais les Français retiendront davantage le triste bilan d’un mort et plus de 400 blessés en quelques heures de colère anonyme. Cette nouvelle forme d’expression populaire avait ce week-end le visage de M. et Mme «Tout-le-Monde». Elle traduit un malaise profond, enraciné et sans doute durable. C’est toute la grille d’analyse du Renseignement sur ces phénomènes qu’il va falloir revoir. Un défi majeur pour le ministère de l’Intérieur dans son ensemble.

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