Les patrons français sidérés et dubitatifs face au traitement infligé à Carlos Ghosn


Les patrons français sidérés et dubitatifs face au traitement infligé à Carlos Ghosn:

À défaut de pouvoir juger du fond de l’affaire, les patrons français s’étonnent surtout de la manière dont les faits se déroulent depuis une semaine. Et ne se joignent pas au concert de ceux qui condamnent déjà Carlos Ghosn.

«Il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne», tente de philosopher un industriel. Comme le décrit le PDG d’Orange, Stéphane Richard, l’affaire Ghosn, «tellement violente, tellement soudaine, crée un effet de sidération». Et particulièrement dans le cercle des dirigeants français.

Les patrons d’entreprise, surtout de multinationales, ont de plus en plus conscience de vivre avec une épée de Damoclès judiciaire et médiatique au-dessus de leur tête. Mais le choc créé par ces images décrites par le PDG d’Atos, Thierry Breton, sur France Inter, de «dix personnes du bureau du procureur de Tokyo, (qui) viennent attendre sur le tarmac de Haneda un avion, avec des  caméras de télévision…», a été immense.

 «Si Carlos Ghosn s’est rendu coupable des faits dont on l’accuse, c’est incroyable. S’il en est innocent, c’est tout aussi incroyable !»

Les dirigeants d’entreprise, qui connaissent la musique des comptes qu’ils ont à rendre dans leurs groupes quant aux dépenses qu’ils engagent et surtout quant aux obligations de transparence concernant leur rémunération qui leur sont faites, sont surtout traversés par le doute. «Je n’ai pas la connaissance du dossier, mais j’ai quelques interrogations», explique Laurent Burelle, patron de Plastic Omnium et président de l’Afep (Association des entreprises privées, qui rassemble les patrons des plus grandes entreprises françaises). «S’il s’est rendu coupable des faits dont on l’accuse, c’est incroyable. S’il en est innocent, c’est tout aussi incroyable!» constate un financier.

Le fond du dossier, tel qu’il est connu au travers des accusations relayées par la presse, ne laisse pas d’intriguer. Vu de France en tout cas, la possibilité de dissimuler des rémunérations paraît incroyable. «Ou alors c’est toute l’entreprise Nissan qui est vérolée!» s’exclame un avocat. «Ce ne serait pas possible en France, affirme Laurent Burelle.  Nos codes de gouvernance et nos procédures sont puissants, robustes, intrusifs.»

Les éventuels abus de biens sociaux suscitent également beaucoup d’incrédulité. «Carlos Ghosn est un dirigeant qui fait chaque mois, réellement, le tour du monde et qui dirige personnellement six marques automobiles, ce qui est en fait un cas sans équivalent au monde, rappelle Laurent Burelle. Qu’une organisation spécifique soit mise en place par l’entreprise, qu’il dispose de plusieurs logements qui, comme des ambassades, pourront être ensuite revendus ou réutilisés par l’entreprise n’est pas en soi extravagant.»

Présomption d’innocence

«Nous sommes dans le temps de l’enquête, il faut respecter la présomption d’innocence. S’ils étaient avérés, ces faits sont évidemment condamnables et démontrent l’absolue nécessité d’avoir un code de gouvernance et un système d’audit interne exigeants», commente le patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, qui rappelle qu’un tel code n’existe au Japon que depuis 2015.

À défaut de pouvoir juger du fond de l’affaire, les patrons français s’étonnent surtout de la manière. «Les propos du directeur général de Nissan étaient très agressifs», constate Stéphane Richard. «Sa manière de procéder, dans la précipitation, sans aucune considération pour le respect de la présomption d’innocence, a été pour le moins étonnante», confirme Laurent Burelle. Et Thierry Breton dénonce cette conférence de Hiroto Saikawa lundi qui, «seul», a «préempté la décision d’un conseil d’administration qui n’a pas (encore) eu lieu».

En somme, si les patrons français n’en sont pas à verser dans le complotisme, ils sont suffisamment troublés pour ne pas se joindre au concert de ceux qui condamnent déjà Carlos Ghosn. Ils ne le défendent pas non plus bruyamment. La prudence reste de mise, faute d’éléments probants. Et aussi parce que Carlos Ghosn est, selon les mots de Stéphane Richard, «un ovni dans le paysage français».

«Parce qu’il a cette rémunération hors norme, parce qu’il a ce parcours personnel exceptionnel qui l’a conduit à cumuler plusieurs présidences, parce qu’il n’a jamais particulièrement cherché à s’attirer la sympathie de ses pairs, c’est un dirigeant certes admiré, mais auquel les autres patrons ne s’identifient pas vraiment», explique le patron d’Orange. «Cela ne justifie pas, parce qu’il a un genou à terre, de participer à la curée», conclut-il.

from Tumblr https://reseau-actu.tumblr.com/post/180545642535

Publicités

Un commentaire sur “Les patrons français sidérés et dubitatifs face au traitement infligé à Carlos Ghosn

Ajouter un commentaire

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :