Éric Zemmour : «Quand Macron prend un tournant qui en rappelle étrangement un autre»


Éric Zemmour : «Quand Macron prend un tournant qui en rappelle étrangement un autre»:

Le président de la République a été obligé de baiser la babouche de ces «Gaulois réfractaires» qu’il méprisait et de jeter ses armes aux pieds de son vainqueur.

C’était il y a trente-cinq ans, en 1983. Après dix-huit mois d’une politique de relance budgétaire échevelée, de mesures sociales en rafales et de dévaluations monétaires en cascade, François Mitterrand décidait un brusque changement de cap. On arrêtait la dérive des dépenses, on encourageait les entreprises, on réduisait la fiscalité, on libéralisait l’économie. On parlera de «virage» de 1983. Un virage dont la sortie s’appellera privatisations, grand marché européen, monnaie unique, mondialisation, financiarisation. La France s’alignait sur l’exemple donné dès 1980 en Angleterre et aux Etats-Unis par Margaret Thatcher et RonaldReagan. Elle devait renoncer à faire cavalier seul. Après leur défaite idéologique de 1983, les socialistes connurent leur défaite politique de 1986.

Un virage de 1983 à l’envers

L’intervention d’Emmanuel Macron du 10 décembre est sans doute son virage de 1983. Un virage de 1983 à l’envers, bien sûr. Macron était, lui, lors de sa campagne, l’aboutissement de l’évolution entamée il y a trente-cinq ans. Il ne jurait que par l’Europe et par le monde ; «il n’y avait pas de culture française» ; la France devait devenir une «start-up nation» ; et tant pis pour ceux qui ne suivraient pas, ces «Gaulois réfractaires» qui «n’étaient rien» et n’avaient qu’à «traverser la rue pour trouver un emploi».

Ce Macron de 2017 s’est, comme Mitterrand en 1981, opposé à la vague «populiste» qui s’était levée un an plus tôt, en Angleterre avec le Brexit et aux Etats-Unis avec l’élection de Trump. Une vague protectionniste, sociale, conservatrice, qui rejette avec véhémence la mondialisation, qu’elle soit celle des capitaux, des marchandises ou des hommes.

Comme Mitterrand en 1983, le Macron de 2018 s’est aligné sur la vague anglo-saxonne qui a déferlé depuis en Italie, en Autriche ou au Brésil. Sur le quadrilatère magique des gouvernants contemporains, entre Europe et monde, libéralisme, social et nation, Macron ne jurait que par l’Europe et le libéralisme. Depuis lundi, il s’est rabattu, toute honte bue, sur le national et le social. C’est la grande victoire des «gilets jaunes» et de cette France périphérique qui avait été jusque-là sacrifiée à la mondialisation. C’est la grande défaite des élites qui avaient hissé Emmanuel Macron sur le pavois.

Les traités européens forment un corset qui sera vite serré pour rappeler la France à ses devoirs.

Bien sûr, ce n’est qu’un début. Ce n’est qu’un virage. Les mesures sociales annoncées par le Président ne sont pour certains que des «mesurettes». Les traités européens forment un corset qui sera vite serré pour rappeler la France à ses devoirs. Mais Macron a été obligé de parler d’immigration et de laïcité, alors qu’il vient de signer le pacte de Marrakech de l’ONU sur les migrations. Il a été obligé de baiser la babouche de ces «Gaulois réfractaires» qu’il méprisait et de jeter ses armes aux pieds de son vainqueur. Son quinquennat est fini. En tout cas celui qu’il avait débuté triomphalement en mai 2017.

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