Crise des « gilets jaunes » : « On a absorbé le choc, mais jusqu’à quand ? »


Crise des « gilets jaunes » : « On a absorbé le choc, mais jusqu’à quand ? »:

A Bordeaux, certains commerçants appréhendent la prochaine journée de mobilisation des « gilets jaunes », ce samedi.

Aux tout premiers jours des soldes, les rues de Bordeaux grouillent de badauds avides de bonnes affaires. Nombreux sont ceux qui ont bravé le froid pour faire leurs achats et profiter de remises. Pour les commerçants, la situation n’est pourtant pas au
beau fixe. Malgré un début de soldes prometteur, ils sont à nouveau inquiets à la veille du prochain samedi de mobilisation des « gilets jaunes ». « Nous avons déjà perdu 50 000 euros de nos ventes. Normalement, le premier samedi des soldes est le jour où nous réalisons notre plus gros chiffre de l’année. Mais face aux derniers samedis et surtout aux violences qui ont marqué les manifestations, qu’en sera-t-il vraiment ? », déplore Colas Michard, propriétaire de la boutique Michard-Ardillier.

Cette institution de la chaussure est une affaire familiale depuis 1978. Le fils de 37 ans a racheté la boutique à son père fin 2017. Depuis, il tente de maintenir le cap. Lors des derniers événements, il a fermé le temps que le cortège passe, tout en
exfiltrant les clients par la galerie marchande située à l’arrière du magasin. Mais là, c’en est trop. « Jusqu’ici, grâce à notre trésorerie, on a absorbé le choc. Mais jusqu’à quand ? » Samedi 12 janvier, il jonglera
avec les horaires du personnel pour tenter de couvrir ses charges. « J’ai modifié le planning de mes employés pour qu’ils commencent plus tôt et terminent à 18 heures. Car je sais que je fermerai sûrement plus tôt », se désespère-t-il.
Des dizaines de clients l’appellent depuis mercredi pour s’assurer que le magasin sera bien ouvert dimanche.

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A quelques rues de là, Claire s’affaire pour mettre en valeur ses dernières promotions. Son Serendipity, « cabinet de convivialité », est niché entre le cours Alsace-Lorraine et le cours Victor-Hugo. Une belle devanture rouge, concoctée avec
soin, située en plein milieu des scènes de violences des derniers samedis. Ouvert en 2017, elle tente de maintenir son affaire à flot. « Dans le fond, ce mouvement populaire pourrait nous servir, je comprends leurs revendications, que je partage en tant qu’entrepreneure. Mais la façon de faire n’est pas adaptée. » Seule à tenir son magasin, elle a vécu quelques frayeurs en voyant des manifestants courir dans le quartier, les yeux rougis : « Je ne peux pas me permettre de fermer, mais honnêtement, le samedi, je viens travailler avec appréhension. » Qui
dit petit commerce, dit faible trésorerie. « Je passe mes commandes avec des pincettes, de peur de ne pouvoir gérer mes fonds. Le climat global est déjà anxiogène, ce n’est pas évident de travailler dans ces conditions », déplore
cette jeune femme passionnée.

« J’essaie de sauver ma petite entreprise »

Bénédicte, commerçante de la rue Saint-James, est plus virulente dans ses propos. Elle ne préfère pas que l’on cite son commerce, de peur des représailles. « On ne sait jamais, je ne veux pas que mon magasin soit vandalisé ! Mais là, je n’en peux plus. Honnêtement, je suis arrivée à un stade où les revendications des “gilets jaunes” ne m’importent plus. Ce que je retiens, c’est que j’ai déjà perdu un tiers de mon chiffre d’affaires depuis le début du mouvement, explique-t-elle. L’impact personnel est trop important pour que je continue à m’intéresser à ce que veulent les militants. J’essaie avant tout de sauver ma petite entreprise. » Et d’ajouter : « La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres, paraît-il. Mais on ne sait même plus où elle commence. »

Claire, propriétaire de la boutique Serendipity, à Bordeaux, le 10 janvier.
Claire, propriétaire de la boutique Serendipity, à Bordeaux, le 10 janvier. Ugo Amez pour “Le Monde”

Les commerçants bordelais sont dos au mur face à une mobilisation qui ne faiblit pas. Christian Baulme, président de La Ronde des quartiers, association qui rassemble 1 200 commerces sur les quelque 5 000 de l’agglomération bordelaise,
a lancé jeudi un « cri d’alarme » : 10 % des commerces vont mettre la clé sous la porte, conséquence désastreuse des événements. La Chambre de commerce et d’industrie bordelaise a lancé un « plan d’accompagnement des entreprises
impactées par les manifestations “gilets jaunes” » sur son site. Parmi les mesures, « l’étalement des échéances fiscales et sociales », du « chômage partiel », une « ouverture complémentaire le dimanche », une « indemnisation
par les assurances », des « besoins de financement de court terme » ou encore un « octroi ou maintien de crédits bancaires ».

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Des dispositions qui ne suffiront pas à couvrir les pertes, loin de là d’après Gwendal, propriétaire de La Ligne rouge, cave à vins située sur les quais, à deux pas de la place de la Bourse. « Nous en sommes à huit samedis non travaillés. Qui a envie de venir boire un verre, alors que le cortège des manifestants passe systématiquement devant chez nous ? Samedi, nous avons eu une réservation à 18 h 30. A 20 h 30, ils nous ont appelés pour annuler, ils ne pouvaient pas entrer en ville, tout était bloqué, transports, rues… Nous aussi, on galère, je ne sais même pas si je pourrai me verser un salaire ce mois-ci », témoigne-t-il,
avant de s’adresser directement aux protestataires : « Alors, arrêtez de bloquer ceux qui en ont besoin, allez plutôt manifester devant l’Urssaf ou le RSI, vous vous trompez de cible. »

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