Léonard de Vinci : 500 ans après, ses derniers secrets


Léonard de Vinci : 500 ans après, ses derniers secrets:

Un demi-millénaire après sa mort en France, au château du Clos-Lucé, Léonard de Vinci, génie universel qui fut à la fois artiste, ingénieur et humaniste, incarne presque à lui seul la période foisonnante de la Renaissance. Lacunaire et énigmatique, sa vie demeure une légende.

Evoquer Léonard de Vinci (1452-1519), c’est d’abord exprimer son affliction: sur les dizaines de peintures et de fresques qu’il a réalisées, une quinzaine seulement sont parvenues jusqu’à nous. Certaines ont disparu, d’autres ont été détruites, beaucoup sont restées inachevées ou incomplètes. Mondialement connu pour La Joconde, La Cène ou sa figuration de L’Homme de Vitruve, le maître fut aussi un inventeur prolifique, un ingénieur et un architecte de génie. Un esprit de la Renaissance par excellence, à la fois poète, musicien de talent, naturaliste, sculpteur, humaniste et scientifique.

Ses carnets, comme le célèbre Codex Atlanticus, remplis de dessins, de diagrammes, de descriptions scientifiques, techniques et anatomiques, enrichies de réflexions sur les sujets les plus variés, laissent entrevoir un corpus si foisonnant qu’il semble sans limites. Aucun sujet ne l’arrêtait ou ne le rebutait et il passait aisément d’une étude anatomique à un projet de fête grandiose organisée pour l’un ou l’autre de ses (nombreux) protecteurs.

Comme Michel-Ange, Léonard préfère les lumières du grand monde et les cours des puissants aux bas-fonds et à l’anonymat des ateliers où s’étiolerait son appétit féroce de création et d’innovation

Tour à tour au service de Ludovic Sforza, le duc de Milan, des Vénitiens, du prince César Borgia, de Julien de Médicis et enfin du roi de France François Ier, il conçoit, réalise et imagine les machines les plus diverses, depuis le scaphandre de plongée jusqu’à l’ancêtre des orgues de Staline en passant par l’escalier à double révolution très probablement construit sur ses plans au château de Chambord. Comme son contemporain Michel-Ange (1475-1564), Léonard préfère les lumières du grand monde et les cours des puissants aux bas-fonds et à l’anonymat des ateliers où s’étiolerait peut-être son appétit féroce de création et d’innovation.

Tout ou presque interroge et intrigue, à commencer par sa naissance illégitime et sa vie privée, toujours mystérieuse – il n’a eu aucune descendance et plusieurs auteurs posent la question de son homosexualité. Mais aussi son goût pour la dissimulation et le secret, illustré notamment par l’utilisation de l’écriture spéculaire dans ses carnets rédigés en toscan et écrits de la main gauche. Une technique graphique inversée, «en miroir», qui rend illisibles ses manuscrits à tous ceux qui en ignorent la clé.

Pendant ses premières années, son oncle Francesco et son grand-père Antonio da Vinci ont sans doute joué un rôle primordial dans sa formation, en l’éveillant aux choses de la nature et en encourageant ses extraordinaires capacités d’observation et de mémoire. Pourtant, il ne reçoit qu’une éducation assez sommaire. Doué en arithmétique, il n’étudie ni le grec ni le latin, qu’il apprendra seul et beaucoup plus tard. Et, lorsqu’il rejoint Florence, vers 1462, où son père vient d’obtenir une charge notariale, le jeune Léonard est loin de posséder le savoir nécessaire pour espérer franchir un jour les portes de l’université.

Curieux de tout et insatiable

Entré comme apprenti chez le peintre et sculpteur Andrea del Verrocchio, l’un des plus célèbres artistes de la ville, il assimile très vite les techniques de l’art pictural et du dessin, tout en se familiarisant avec la chimie, l’élaboration des couleurs, la métallurgie et la fonderie du bronze, la gravure et la sculpture. Curieux de tout, insatiable, on lui attribue alors l’invention d’un système de grue qui aurait contribué à faciliter l’installation de la grande sphère dorée installée au sommet de la coupole du Duomo, la cathédrale Santa Maria del Fiore, de Florence.

Dans l’atelier, où défilent d’autres artistes comme Sandro Botticelli, Le Pérugin ou Domenico Ghirlandaio, des mathématiciens, des philosophes et tout ce que Florence compte de lettrés, Léonard écoute et s’imprègne. C’est sa forme de tête et sa plus grande force. Mais c’est aussi une malédiction. Car son imagination est si féconde qu’il se contente parfois d’esquisser les choses et de passer d’un projet à l’autre sans le réaliser. Peu à peu, Verrocchio le laisse terminer quelques tableaux dont Le Baptême du Christ dans lequel il aurait peint un des anges.

La première œuvre qui peut lui être attribuée avec certitude date de 1473

En 1472, à l’âge de 20 ans, il est enregistré dans le «Livre rouge» de la guilde de saint Luc de Florence, où s’inscrivent les artistes peintres de la ville. La première œuvre qui peut lui être attribuée avec certitude, un dessin fait à la plume et à l’encre représentant un paysage de Santa Maria della Neve, date de 1473. Dans le sillage de Verrocchio jusqu’en 1476, Leonard de Vinci ne cesse de perfectionner son trait et pousse dès lors, selon Matthews Landrus, spécialiste de l’histoire de l’art italien et chercheur à l’université d’Oxford *, «la technique du sfumato, cette impression de brume qui baigne ses œuvres, à un point de raffinement jamais atteint avant lui».

C’est de cette époque que datent La Madone à l’œillet et L’Annonciation, un tableau de l’atelier de Verrocchio, mais attribué à Léonard de Vinci, exposé aujourd’hui à la galerie des Offices de Florence. Vers l’âge de 26 ans, il quitte son maître et poursuit seul sa carrière. En 1481, le monastère de San Donato lui commande la fresque de L’Adoration des mages, mais il ne la termine pas, comme s’il ne voulait pas gâcher l’image parfaite qu’il avait en tête. Seul demeure aujourd’hui un dessin monochrome qui témoigne de l’extraordinaire complexité de cette œuvre mort-née.

La liste de ses machines donne le tournis

A la fin de l’année 1482, il est à Milan au service de Ludovic Sforza. Peintre admiré, il veut être désormais reconnu comme ingénieur et urbaniste. Dans la longue lettre qu’il adresse à l’homme fort de Milan, il évoque son projet de construction d’un gigantesque cheval de bronze destinée à «la gloire immortelle […] de l’illustre maison des Sforza» et lui fait part de son expertise dans les arts de la guerre et des armes. La liste de ses «machines» donne le tournis.

Pêle-mêle, Léonard propose au «More» des plans de ponts transportables, «des méthodes qui permettent de détruire n’importe quelle forteresse ou place forte», divers canons révolutionnaires, des chars d’assaut, «véhicules couverts, sûrs et imprenables, capables de pénétrer au milieu de l’infanterie et de son artillerie», des engins de travaux et de terrassement dignes de ceux utilisés de nos jours par les troupes du génie et des machines de siège à système toute plus complexes les unes que les autres… Flatté, Sforza, qui a besoin de renforcer son arsenal militaire pour assurer sa suprématie dans le contexte des incessants conflits avec les autres cités-Etats de la péninsule, se laisse convaincre et Léonard de Vinci finit par être porté sur la liste des ingénieurs milanais.

Pourtant, à cette époque, le Florentin n’a encore rien inventé de révolutionnaire et s’est probablement inspiré des traités publiés à l’époque, comme celui de Roberto Valturio, l’ingénieur militaire du prince Sigismond Malatesta, seigneur de Rimini, le De re militari de 1472. Un livre au succès populaire, qui rassemble une large part des connaissances techniques du XVIe siècle.

Mais, comme au temps de son apprentissage dans l’atelier de Verrocchio, Léonard se gorge littéralement de savoir et, tout en continuant à peindre des œuvres de commande et à noircir des centaines de pages, finit par acquérir la plupart des notions d’ingénierie qui lui faisaient défaut à son arrivée à Milan. En quelques mois, il devient un véritable expert en artillerie et, appuyé cette fois sur des bases solides, donne libre court à son imagination. Au point que son projet d’arbalète géante, dont il dessine des dizaines de versions, est aujourd’hui encore un modèle d’étude d’ingénierie, tant en termes d’échelle et de proportions qu’en mécanique et en calcul de résistance des matériaux.

Du char d’assaut au sous-marin

Jusqu’à la fin de sa vie, Léonard de Vinci invente et perfectionne sans cesse de nouveaux procédés techniques. Il améliore et développe des horloges, des métiers à tisser et d’autres procédés industriels, des grues et de nombreux autres outils, au point de se détourner peu à peu de la peinture. Il repense l’urbanisme de son temps et propose des plans de cités idéales, tout en s’intéressant à l’aménagement hydraulique et au génie civil. Même si, parmi les nombreux appareils qu’il dessine, certains existent déjà à son époque, l’histoire a fait de lui le précurseur de nombreuses machines modernes comme le bateau à roues à aubes, l’hélicoptère, le véhicule à chenilles, la machine à tisser, les scies hydrauliques, le sous-marin ou le char d’assaut blindé, le parachute, le sous-marin et peut-être même la bicyclette…

Curieusement, même s’il en esquisse un prototype, il ne s’intéresse pas vraiment à l’imprimerie qui commence pourtant à révolutionner la diffusion des connaissances depuis l’apparition du premier livre européen imprimé avec des caractères mobiles, en 1451, par Gutenberg: la grammaire latine de Donatus. En 1505, il étudie plutôt le vol des oiseaux et rédige le codex de Turin dans lequel il note ses observations et expériences à la manière d’un graphomane.

Puis, il se remet à peindre sous la pression, sommé de finir La Vierge aux rochers et sa fresque inachevée de La Bataille d’Anghiarisur le mur est de la salle du Grand Conseil du Palazzo Vecchio de Florence. L’original de son incroyable automate en forme de lion, capable de marcher et dont le flanc s’ouvrait pour révéler des lys, a été perdu. Mais un double, conçu au château du Clos-Lucé en 2009, montre le haut niveau de connaissance en mécanique qu’il avait atteint.

Cependant, plus il avance, plus il bute sur la difficile question de la «force motrice» susceptible de faire se mouvoir ses créations. Soumis aux bras des hommes, au vent, à l’eau, à l’énergie solaire, à la force d’inertie et au contrepoids, Léonard enrage et pousse encore plus loin sa réflexion et son goût pour la science pure.

Un lien mystérieux avec La Joconde

Lorsqu’il s’installe en 1516 au manoir du Cloux, comme se nommait alors le château du Clos-Lucé, à l’invitation de son nouveau protecteur, François Ier, Léonard de Vinci a 64 ans. La légende veut qu’il ait traversé les Alpes à dos de mulet, serrant dans ses bagages trois de ses toiles majeures: Saint Jean Baptiste, La Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne et La Joconde, qu’il ne cesse de reprendre et dont il refuse obstinément de se séparer. En dépit d’une abondante littérature, le lien intime qui l’a uni à cette œuvre est resté l’une des plus grandes énigmes de sa vie. Installé à quelques pas du château d’Amboise, la demeure du roi de France, le «premier peintre, premier ingénieur et premier architecte du roi» est la coqueluche de la cour qui s’émerveille de ses projets et s’amuse pendant les réceptions et les fêtes somptueuses qu’il met en scène.

Mais un nouveau projet l’obsède. Il veut bâtir un gigantesque palais à Romorantin, à la fois cité idéale de la Renaissance et nouvelle capitale du royaume. Le chantier implique de relier la Sauldre au Cher et de creuser des canaux? Qu’à cela ne tienne, François Ier est convaincu et les travaux préliminaires commencent. Mais tout s’arrête en 1519. Malade depuis des mois, Léonard de Vinci meurt le 2 mai à l’âge de 67 ans. La tradition raconte qu’il s’est éteint dans les bras mêmes du roi qui, éperdu de chagrin, fera bâtir Chambord en utilisant une partie des plans de Romorantin.

Selon les historiens, sur les dizaines de milliers de documents laissés par Léonard de Vinci, les deux tiers ont probablement disparu ou ont été perdus, vendus, éparpillés, cédés, égarés

A sa mort, son élève préféré, Francesco Melzi, dépositaire de son testament, reçoit l’ensemble de ses manuscrits, carnets et documents. A lui de faire publier son œuvre. Melzi poursuit le travail commencé avec son maître et rassemble par thèmes les feuillets. Mais son fils Orazio, qui en hérite à son tour en 1570, les vend et les disperse. Selon les historiens, sur les dizaines de milliers de documents laissés par Léonard de Vinci, les deux tiers ont probablement disparu ou ont été perdus, vendus, éparpillés, cédés, égarés…

Tout comme sa tombe supposée dans la collégiale Saint-Florentin d’Amboise, détruite avec d’autres bâtiments entre 1806 et 1810 par le propriétaire du château, Roger Ducos, ancien conventionnel devenu dignitaire sous le premier Empire, qui n’avait pas les moyens de l’entretenir. Une sépulture introuvable qui ajoute encore une atmosphère de légende à la vie mystérieuse d’un des plus grands hommes de la Renaissance.

* Léonard de Vinci, de Matthews Landrus, Gründ, 160 p., 24,95 €.

Chronologie

15 avril 1452: naissance dans le petit village d’Anchiano, en Toscane. Léonard est le fils illégitime de Ser Piero da Vinci, notaire descendant d’une riche famille florentine et d’une paysanne Caterina di Meo Lippi.

1462-1473: après ses débuts comme apprenti dans l’atelier du peintre Andrea del Verrocchio, l’un des plus célèbres artistes de son époque et protégé de Laurent de Médicis, il réalise, entre 1472 et 1473, son premier grand tableau: L’Annonciation.

1481: première commande majeure connue pour réaliser un retable de L’Adoration des mages, destiné à l’église de San Donato, à Scopeto.

Entre 1481 et 1483: il arrive à Milan et se met au service de Ludovic Sforza comme peintre, ingénieur militaire, architecte, urbaniste, décorateur de théâtre et ordonnateur de fêtes.

1493-1495: réalisation de La Cène destinée à orner le réfectoire de l’église Santa Maria delle Grazie, à Milan.

Février 1499: après la chute de Ludovic Sforza, chassé par les troupes de Louis XII, roi de France, il quitte Milan pour Mantoue puis s’installe à Venise.

1502: il est appelé par le prince César Borgia, duc de Valentinois et fils du pape Alexandre VI, avec le titre de «capitaine et ingénieur général».

1503: Léonard de Vinci commence La Joconde et travaille sans cesse à sa finition jusqu’en 1515.

1505: il écrit le «Codex sur le vol des oiseaux», dans lequel il imagine notamment des machines volantes.

Septembre 1513: Léonard de Vinci part à Rome et travaille pour Julien de Médicis. Il écrit sur son «Traité de la peinture», réalise des études anatomiques et lance des projets de plus en plus en avance sur son temps.

1516: à l’invitation de François Ier, il quitte l’Italie pour Ambroise, où il devient «premier peintre, premier ingénieur et premier architecte du roi».

2 mai 1519: il meurt au château du Clos-Lucé à l’âge de 67 ans.

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