L’Europe est-elle aussi frappée par la crise de défiance ?


L’Europe est-elle aussi frappée par la crise de défiance ?:

Le baromètre de la confiance Cevipof-OpinionWay mesure une distance croissante des Français à l’égard de l’Union européenne et une crainte pour leur vie concrète, plus qu’un rejet de principe de l’Europe.

Sur les trente-trois questions formulées par Emmanuel Macron dans sa lettre aux Français, une seule évoque l’Europe. Et encore, de manière allusive, pour demander comment «partager les choix» en matière de transition environnementale «à l’échelon européen et international». Pourtant, l’Europe, censée être au cœur du projet macronien, est une des réalités les plus contestées. Le baromètre de la confiance du Cevipof, dont Le Figaroa publié vendredi les principales conclusions, fait apparaître clairement cette défiance forte et croissante à l’égard de l’Union européenne et de ses institutions.

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Cette défiance s’exprime sur un fond de demande de plus en plus insistante de protection, ce que certains traduiront par la tentation du repli. 38 % des personnes interrogées par OpinionWay pensent en effet que la France doit «se protéger davantage du monde d’aujourd’hui», contre 23 % qu’elle doit «s’ouvrir davantage au monde d’aujourd’hui». Le différentiel est de 15 points aujourd’hui alors qu’il n’était que de 9 points il y a un an. L’écart se creuse à nouveau alors que sur les trois dernières années il avait plutôt tendance à se resserrer.

Un désaveu pour Macron

Cette évolution est un désaveu du discours qu’Emmanuel Macron a défendu durant sa campagne et a voulu porter dans les premiers mois de sa présidence, à savoir la projection de la France vers un horizon plus grand qu’elle: l’Europe et le monde. Or 17 % seulement se sentent appartenir avant tout à l’Europe ou au monde (11 %), en recul de 2 points sur un an, alors qu’ils sont 41 % à se référer d’abord à un échelon inférieur à l’échelon national, 23 % pour la ville ou le canton et 18 % pour la province, la région ou le département ; soit une hausse totale de 3 points. Ces chiffres confirment que le besoin de proximité l’emporte sur la nécessité de projection.

Il serait faux de déduire de cette hiérarchie de préférences un refus en tant que tel de l’Europe. Invités à se situer sur une échelle de 0 à 10 quant à leur adhésion à «l’intégration européenne», les Français se situent en moyenne à 5,5, soit légèrement du côté de l’intégration. 42 % sont qualifiés par le Cevipof d’«europhiles» (note de 6 à 10) et 23 % d’«eurosceptiques» (note de 0 à 4). Mais ce oui à l’Europe s’accompagne d’une volonté de ne pas voir la France s’effacer en son sein. Ainsi, il y a trois ans, les sondés étaient un peu plus nombreux à se sentir «autant français qu’européens» (33 %) qu’à se sentir «seulement français» (30 %). C’est désormais clairement l’inverse (31 % contre 36 %).

De même, il y a deux matières d’interpréter le regard des citoyens sur l’appartenance à l’Union européenne. Une lecture favorable à l’UE constatant que les Français restent nettement plus nombreux à considérer qu’il s’agit d’une bonne chose (40 %) et non d’une mauvaise chose (26 %). Et une lecture qui lui est défavorable constatant que ce différentiel positif s’est réduit de 11 points en une seule année.

Clivage entre deux France

Ce positionnement à l’égard de l’UE illustre une fois encore le clivage entre deux France: clivage politique, géographique, social et générationnel. Ainsi les plus de 65 ans sont les seuls à être majoritairement convaincus (50 % tout juste) que l’appartenance à l’Union européenne est une bonne chose pour leur pays, contre un gros tiers seulement chez les 25-34 ans (35 %). On notera que si le bloc central 25-65 ans affiche une certaine distance, un regain de sentiment européen caractérise les électeurs les plus jeunes (43 % chez les 18-24 ans). Les plus partisans de l’appartenance à l’UE sont les Parisiens et les habitants de la région parisienne (44 %), les professions libérales (54 %), les plus diplômés (58 % au-dessus de bac + 2) et les catholiques se déclarant pratiquants (65 %). Comme dans un miroir inversé, ceux pour qui cette appartenance est une mauvaise chose se trouvent chez les habitants des communes rurales (36 %), les ouvriers (42 %), les non-diplômés (38 %) et les sans religion (27 %).

À la veille des élections européennes, les macronistes, qui promeuvent plus d’Europe, et l’ensemble des partis proeuropéens ne doivent pas non plus oublier que la construction européenne reste synonyme de craintes

Politiquement, les contrastes sont accusés de manière plus spectaculaire encore. Les électeurs de premier tour d’Emmanuel Macron sont les plus europhiles (72 %) et ceux de Marine Le Pen les moins (9 %). Même approbation (56 %) chez les électeurs de François Fillon et de Benoît Hamon. «Les traces des clivages internes aux familles politiques de la gauche et de la droite sont toujours là sur les questions européennes mais pour autant tout le monde ne se range pas avec la même intensité derrière la bannière des “progressistes” ou des “conservateurs”, analyse Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au Cevipof. Cette ligne de clivage existe mais elle n’est pas la seule ; si les clivages du 29 mai 2005 (le référendum sur le traité de Constitution européenne) se sont considérablement atténués depuis, les données continuent de montrer que des interprétations de gauche et de droite sur l’Europe sont encore présentes malgré la force du clivage entre ce que certains appellent “les gagnants” et “les perdants” de l’intégration de la France dans l’économie mondiale.»

Enfin, signe que la question européenne est aussi un des critères d’explication de la crise actuelle, on constate que les soutiens aux «gilets jaunes» sont plus nombreux à voir dans l’appartenance à l’UE une mauvaise chose qu’une bonne (33 % contre
28 %), alors ceux qui ne les soutiennent pas sont massivement proeuropéens (63 % contre 14 %) Ce même clivage se retrouve lorsque OpinionWay interroge son échantillon de 2 116 personnes sur le niveau de confiance envers le Parlement
européen.

À la veille des élections européennes, les macronistes, qui promeuvent plus d’Europe, et l’ensemble des partis proeuropéens ne doivent pas non plus oublier que la construction européenne reste synonyme de craintes. 58 % des Français redoutent qu’elle
conduise à «une perte de notre identité nationale et de notre culture» (64 % des habitants des communes rurales) ; 61 % qu’elle entraîne «une augmentation du nombre d’immigrés en France» (73 % des ouvriers), 69 % qu’elle induise
une augmentation du chômage (77 % des non ou peu diplômés) et 70 % qu’elle se traduise par moins de protection sociale. Pour des Français inquiets pour leur vie quotidienne, l’Europe n’incarne donc pas un horizon radieux.

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