«Gilets jaunes», grand débat, Europe… Les confidences d’Emmanuel Macron


«Gilets jaunes», grand débat, Europe… Les confidences d’Emmanuel Macron:

Le chef de l’État promet le débat permanent et veut permettre aux Français de « reprendre le contrôle » de leur destin.

Emmanuel Macron n’a pas terminé son Tour de France. S’il a renoncé à une sortie prévue ce jeudi en Seine-et-Marne, c’est pour mieux préparer un déplacement auprès de deux catégories jusqu’à présent absente et des ronds-points et du grand débat: les jeunes
et les quartiers sensibles. Ce sera donc l’objet d’une visite en banlieue lundi. Son agenda ainsi dégagé, le chef de l’État a pris le temps de réfléchir aux leçons de cette séquence et à détailler auprès de quelques journalistes le «nouveau souffle»
qu’il espère insuffler à son action dans les semaines à venir.

«Ce mouvement vient de loin», disait-il dès son intervention télévisée du 10 décembre. La réponse aussi s’inscrira dans le temps. Prenant acte de la réalité d’une société «du commentaire permanent», il veut instaurer une société du «débat permanent»,
de la «délibération permanente».

Emmanuel Macron n’aime pas que l’on parle de ses « petites phrases » perçues comme arrogantes

Cela passe d’abord par un travail sur lui-même. Emmanuel Macron n’aime pas que l’on parle de ses «petites phrases» perçues comme arrogantes, là où il ne voit que de la sincérité et une preuve de son goût pour le contact direct. Mais c’est vrai «mon statut
de président rend sans doute cette parole asymétrique», admet-il, conscient de la nécessité d’une «conversion personnelle» dans la gestion de sa parole.

L’essentiel cependant n’est pas là à ses yeux. L’essentiel est de restaurer le crédit de la parole publique, et pas uniquement la sienne. Toucher les Français, c’est d’abord répondre à leurs problèmes concrets. «La vie des gens, c’est un sujet présidentiel»,
dit-il déterminé à secouer tous les niveaux de l’État pour parvenir plus vite à des résultats plus rapides et plus tangibles. Car Macron n’en démord pas: les réformes qui peuvent changer le pays et améliorer la vie des salariés, elles ont été faites,
et bien faites. Pour lui, la leçon des «gilets jaunes», n’est pas de changer de politique, mais de changer de méthode pour la rendre plus immédiatement efficace. Voilà les ministres, les parlementaires et les fonctionnaires prévenus: «l’État profond
n’a pas assez changé» et il faut y remédier d’urgence. En mettant en place un suivi plus net des décisions prises et des lois votées, en opérant une étape radicale de «déconcentration» des services de l’État, afin que le citoyen ait un contact immédiat
avec «l’administration du guichet» , non plus un contact kafkaïen avec «l’administration de la paperasse». Les ministres eux-mêmes sont priés de se comporter davantage en patron de leur administration. «Ce que je dis en conseil des ministres, ça ne
doit pas se retrouver dans le Canard enchaîné mais être répercuté auprès des services», lâche-t-il en souriant, mais en prévenant qu’il mettra «la pression» sur ses ministres. C’est le préalable à tout: la crise de confiance et la colère ne cesseront
que le jour où ceux qui sont sur les ronds-points – qu’il distingue des manifestants du samedi – auront le sentiment concret que «leur vie n’est plus empêchée».

«Réimprimer le sens» de son quinquennat

C’est à cette condition préalable qu’il pourra «réimprimer le sens» de son quinquennat, ce «projet national et européen d’émancipation» dont il ne dévie pas sur le fond mais dont il remanie totalement la présentation. Au point de reprendre à son compte
le slogan des artisans anglais du Brexit: «reprendre le contrôle de son destin». De cette longue séquence, Emmanuel Macron retient en effet l’expression d’une double tentation contradictoire: le «nihilisme», au nom duquel tout se vaut – la parole
d’un «gilet jaune» et celle d’un maire ou d’un ministre – et «l’autoritarisme», c’est à dire l’appel à un pouvoir fort. D’ailleurs, «si être “gilet jaune”, c’est vouloir moins de parlementaires et que le travail paie mieux, moi aussi je suis “gilet
jaune”!» Sous cette contradiction apparente, le chef de l’État perçoit l’aspiration à une «besoin de commandement» qui reposerait sur deux piliers: la restauration de l’autorité et de la crédibilité de la parole politique, d’une part ; une meilleure
association à la prise de décision, d’autre part.

«Si être “gilet jaune”, c’est vouloir moins de parlementaires et que le travail paie mieux, moi aussi je suis “gilet jaune” !»

C’est sur ce volet là avant tout qu’il attend les lumières du grand débat. Donc il ne faut pas attendre de l’après 15 mars un nouveau train de mesures financières ou sociales. En la matière, la réponse est dans les annonces du 10 décembre ou,
plus encore, dans les réformes antérieures visant à «revaloriser le travail». Le volet autorité de la parole publique s’exprime à ses yeux au travers de sa détermination à ne pas revenir sur tout ce qui a été fait depuis dix-huit mois – pas de retour
plein à l’ISF, par exemple. Le «nouveau souffle» qu’il promet portera donc sur cette «démocratie délibérative» qui reste à définir. Tout comme Édouard Philippe s’est dit «hérissé» par le RIC, Emmanuel Macron ne croit pas à un système qui mettrait
en opposition cette «démocratie délibérative» et la «démocratie représentative», c’est-à-dire celle du Parlement. Le contre-exemple absolu, c’est le traité européen massivement rejeté par référendum en 2005, et adopté deux ans plus tard, quasiment
à l’identique par le Parlement. Si référendum il doit y avoir, «il faut faire en sorte que le Parlement ne puisse pas revenir pendant au moins quelques années sur le choix des Français», estime-t-il. Pas question que le Parlement invalide le vote
des Français donc ; mais pas question non plus que le vote populaire, invalide ce que le Parlement vient de voter. C’est pour cela qu’il n’y aura pas de référendum sur l’ISF.

Pour le reste, le président «n’exclut rien». Ce qui laisse la porte ouverte à une consultation sur la réduction du nombre de parlementaires ou la dose de proportionnelle, à propose de laquelle «il faudra aller plus loin que ce que le gouvernement avait
prévu», à avoir 15 %. Un référendum le même jour que les Européennes, le 26 mai? Là encore rien n’est exclu. Ce qui est sûr c’est que Macron fait le lien entre la sortie de la crise des «gilets jaunes» et la campagne européenne qu’il veut
elle aussi placer sous le signe de la «reprise de contrôle» par les citoyens. En expliquant que sur des sujets comme l’immigration ou le numérique, seule une réponse européenne permettra de résister à des vagues menaçant «l’identité de notre peuple».
Percevant le danger électoral qu’il y aurait à conserver l’image d’une fuite en avant fédérale, il entend ainsi faire campagne sur la nécessité de «changer l’Europe» afin de préserver «l’âme des peuple», à laquelle il dit «croire profondément», ce
qu’ont longtemps contesté ses adversaires.

De fait, de cette crise et du grand débat, Macron retient l’urgence qu’il y a à redorer le blason des «forces organiques» qui constituent «notre identité de peuple»: la famille, les communes, les territoires, l’État. Ironie de l’histoire politique: lui
qui fut présenté comme «le président des métropoles» et l’ennemi des territoires, ne jure plus que par les départements et les communes, les deux échelons les plus anciens du maillage territorial français, fustigeant des grandes régions souvent sans
identité et une intercommunalité gâchée par la loi Notre votée sous Hollande. Retour au socle français traditionnel en quelque sorte. Pas de grand soir en vue cependant, mais la recherche des meilleurs ajustements possibles.

C’est l’état de sa réflexion actuelle: se préparer à ajuster au fil du temps les réponses à la crise existentielle de la société. «Si je voulais faire comme on fait toujours pour régler une crise, je ferai un «Grenelle», une dissolution et un changement
de gouvernement». Mais «jouer sur le clavier institutionnel classique, c’est se défausser de sa responsabilité. En conscience, je ne le ferai pas. Un expédient immédiat n’est pas une réponse à une crise qui va durer». Le «débat permanent» et la restauration
des échelons intermédiaires (maires, syndicats, partis, médias, intellectuels…), voilà sa ligne directrice.

Il y en a un que cette vision rassurera, c’est Édouard Philippe. Balayant la «légende» de désaccords entre l’Élysée et Matignon, y compris sur les 80 km/h, Emmanuel Macron précise que «le premier ministre n’a pas vocation à être un fusible» et que
«ni sur le plan personnel, ni sur le plan politique», il n’y a le moindre différent. Du moins à ce jour. «Après, il y a la vie politique et ce que permet la Constitution».

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