Turquie: nouvelle vague répressive avant les élections


Turquie: nouvelle vague répressive avant les élections:

Un procureur a requis la prison à perpétuité contre une figure majeure de la société civile.

Correspondante à Istanbul

«Le journalisme n’est pas un crime!» Tel un ultime mantra face à l’étau qui se resserre dans la nouvelle Turquie d’Erdogan, la petite
formule s’entend de-ci, de-là sur les marches du palais de justice de Çaglayan. Regards sombres, visages figés et lèvres gercées par le froid, ils sont quelques dizaines de journalistes et avocats à faire le pied de grue, ce jeudi midi, devant l’imposante
bâtisse quadrillée par la police, pour dire «non» aux nouvelles atteintes à la liberté d’expression. L’avant-veille, un tribunal turc a confirmé en appel des peines de prison ferme contre d’anciens collaborateurs de Cumhuriyet, l’un des derniers
bastions de la presse indépendante. Parmi les six journalistes condamnés à retourner derrière les barreaux figurent Kadri Gürsel, une des plus grandes plumes de Turquie, et le caricaturiste Musa Kart.

«Le pouvoir cherche à museler les voix critiques. Aujourd’hui, l’appareil judiciaire exécute les décisions politiques visant l’opposition»

Erol Önderoglu, représentant de Reporters sans frontières en Turquie

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Arrêtés et incarcérés fin 2016 pour «propagande terroriste» et «assistance à une organisation terroriste» -puis libérés sous conditionnelle en 2017-, ils avaient reçu en avril 2018 des sentences allant de deux ans et demi à huit ans de prison. Le
micro collé au menton, l’avocate Gülendam San ne pèse pas ses mots devant les caméras: «Les mêmes personnes qui ont été envoyées en prison sans aucun fondement légal sont aujourd’hui renvoyées en prison! […] Ceci n’est pas une décision de justice,
c’est une décision politique!» L’allusion au contexte préélectoral est à peine voilée. «À l’approche du scrutin municipal du 31 mars, le pouvoir cherche à museler les voix critiques. Aujourd’hui, l’appareil judiciaire exécute les décisions politiques
visant l’opposition, qu’il s’agisse de membres du Parlement, de représentants des médias ou de la société civile», déplore ouvertement Erol Önderoglu, le représentant de Reporters sans frontières en Turquie.

Faire diversion

Dans un pays qui compte déjà plus de 150 journalistes derrière les barreaux, ce nouveau rebondissement dans l’affaire Cumhuriyet s’apparente aussi, pour certains observateurs, à une volonté du pouvoir de faire diversion à l’heure où la Turquie
traverse une sévère crise économique: en un an, la livre turque a perdu près de la moitié de sa valeur face au dollar. Il coïncide également avec une autre décision de justice encore plus draconienne: mercredi, un procureur turc a requis la prison
à perpétuité contre seize personnalités, dont le philanthrope Osman Kavala.

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Figure majeure de la société civile, cet homme engagé dans le dialogue interculturel est accusé de «tentative de renversement du gouvernement» pour son soutien aux manifestations de Gezi de 2013. À l’époque, ce mouvement de contestation -le premier du
genre contre l’islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan (alors premier ministre) depuis l’arrivée au pouvoir en 2004 du Parti de la justice et du développement (AKP)- avait été fermement réprimé.

«Dans cette histoire, c’est l’AKP qui est coupable. Un jour, ce sont eux qui finiront en prison»

Ahmet Sik, ex-journaliste star de «Cumhuriyet»

Depuis, les autorités n’ont cessé de renforcer leur contrôle sur leurs opposants potentiels, qui s’est accéléré à l’été 2016 après la tentative de putsch raté. «Ressortir l’affaire Gezi et imputer injustement la responsabilité à quelques figures, c’est
chercher à intimider la société civile et à empêcher toute tentative de mobilisation contre le pouvoir», lâche sans retenue Ahmet Sik. Casquette sur la tête, l’ex-journaliste star de Cumhuriyet, et actuel député HDP (parti laïc prokurde) a
fait jeudi spécialement le déplacement d’Ankara, la capitale, pour soutenir ses anciens confrères. «Nous n’avons pas peur, car nous savons que nous ne sommes pas coupables», prévient-il. Avant d’ajouter, fidèle à son franc-parler: «Dans cette histoire,
c’est l’AKP qui est coupable. Un jour, ce sont eux qui finiront en prison.»

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